« The Beast in Me » : quand le voisin te fait flipper




On entre dans The Beast in Me comme dans une salle obscure : on s’assied, on s’installe, on croit être tranquille… et bam, le premier fondu au noir vous saute à la gorge. À peine le générique lâche ses lettres qu’on comprend qu’on n’est pas là pour siroter un petit patxaran cosy. Le décor se pose comme un travelling nerveux : Aggie Wiggs (Claire Danes), écrivaine en berne et cœur en mille morceaux depuis la perte de son fils, tente de retrouver une histoire à raconter. À défaut d’inspiration, c’est son voisin Nile Jarvis (Matthew Rhys), richissime magnat de l’immobilier, qui lui en sert une toute faite. Version hémoglobine

Tout se passe dans une banlieue de Long Island si chic qu’on s’attend presque à voir un majordome sortir d’un hors-champ inutile, plateau d’argent à la main. Mais derrière les façades dignes d’un catalogue de luxe, ça sent la naphtaline et les secrets bien crados. Rien que le quartier mérite un César du meilleur décor : un personnage à part entière, tellement soyeux en surface que le malaise s’incruste. Dans The Beast in Me, le glamour devient un filtre Instagram un peu trop flatteur : ça brille, mais ça cache des choses.

La mini-série se prend pour un blockbuster

Côté technique, la série sort la totale : Claire Danes, Matthew Rhys, Natalie Morales, Brittany Snow… ça a beau être du petit écran, l’affiche fait presque concurrence à un tapis rouge. Aux manettes : Gabe Rotter à la création, Howard Gordon, oui, celui qui a mené Homeland comme un chef d’orchestre sous amphétamines… bref, du beau monde.
Au montage, ça carbure : la caméra file comme un drone ivre qui aurait fait l’école de cinéma, et la musique joue la surenchère façon “bande-annonce dramatique où même ouvrir une porte a un son de fin du monde”. Sur le plan visuel, rien à dire : les plans sont propres.

Mais derrière le vernis, le scénario cale parfois. Les transitions tirent en longueur, les scènes quotidiennes prennent des airs de plan-séquence interminable dont on peine à percevoir l’intérêt. Le cœur du récit, à savoir l’affrontement psychologique Danes/Rhys, tient la route comme une vraie scène de duel filmée en format cinémascope. Le reste ? Ça flirte parfois avec le remplissage. Le Guardian résume la chose d’un revers de plume : « duel puissant, mais scénario qui s’éparpille comme un storyboard trop bavard ». Difficile de faire mieux.

Acteurs à l’affiche : Danes et Rhys, un duel de haute voltige

Claire Danes, impératrice des rôles émotionnellement fissurés, ne déçoit pas : elle pleure, elle tremble, elle hallucine, elle crie au loup intérieur… bref, elle déroule toute la palette de l’actrice qui a lu la consigne “drame émotionnel” trois fois de suite. Certains grincent des dents, estimant que son « tremblement de lèvres niveau Oscar » est un poil trop fréquent. Mais difficile de nier qu’elle installe une tension qui colle à la peau.

Matthew Rhys, de son côté, déploie un charme inquiétant qui ferait passer un sourire de Joker pour une tape amicale. Il joue le voisin impeccable, presque trop lisse, le gusse flippant.
Le tandem fonctionne à plein régime : deux comédiens capables de porter une intrigue entière sur leurs épaules. Dommage que les seconds rôles, eux, semblent avoir été écrits entre deux cafés, chacun réduit à une silhouette narrative : la police fédérale qui déboule comme dans une série du dimanche, les voisins transparents, les parents secondaires dont on oublie presque le prénom. Mention spéciale aux personnages qui n’existent que pour poser la question « Aggie, ça va ? » quand la réponse est évidemment non. Il te suffit de regarder sa tronche, pas besoin qu’elle parle !

Du rebondissement au kilomètre… et quelques creux scénaristiques

Le rythme général reste agréable. On passe d’un cliffhanger à l’autre avec un premier tiers de la série qui est un modèle du genre : tension, mystère, petites révélations bien calibrées.
Puis, au milieu, ben ça commence à tirer un peu à la ligne, comme si elle avait signé un contrat pour huit épisodes et qu’il fallait meubler entre deux séquences fortes. Les dialogues deviennent parfois aussi légers qu’un brouillon d’étudiant en école de scénariste et certaines scènes auraient mérité un passage express en salle de montage.

Rotten Tomatoes affiche un solide 84 %. C’est mérité : la série est clairement au-dessus de la mêlée. Mais elle hérite du syndrome « film de genre déjà vu mais très bien emballé ». On est dans du premium, pas dans de l’iconique. Le final, quant à lui, arrive vite, presque trop : une résolution en accéléré comme si la production avait entendu le technicien sonner l’heure de fermeture du plateau.

Dans les coulisses : l’ambiance fait tout, même quand le scénario joue les divas

L’une des grandes réussites de The Beast in Me réside dans son ambiance.
Chaque épisode distille ce parfum de thriller américain à l’ancienne, avec cette patine qui rappelle les films de la fin des années 90, où la tension se jouait davantage dans les silences.
La série sait parfaitement cadrer son malaise, installer un doute constant, jouer avec les ombres et les déformations du réel comme si tout n’était qu’une projection mentale gigantesque. Aggie, perdue dans son chagrin, devient l’œil de la caméra, et tout spectateur cinéphile savourera ces références discrètes au cinéma paranoïaque : Polanski, Fincher, Hitchcock, un soupçon de Gone Girl, un pincement de The Others.

Ce n’est pas du pastiche, mais un hommage assumé, presque doux, presque nostalgique. Le genre de série qui vous souffle : « Tu te souviens quand les thrillers psychologiques faisaient un tabac au box-office ? »

Une série qui aurait pu être un film… mais qui aurait gagné à durer 2h au lieu de 7h

À plusieurs moments, The Beast in Me donne la sensation de vouloir être un film mais de devoir étirer ses mouvements pendant huit épisodes. D’où une impression fréquente de dédoublement : un rythme pensé cinéma mais un format pensé plateforme.
Si cette mini-série avait été un long-métrage de deux heures, elle aurait peut-être décoché davantage d’étoiles critiques : plus tendue, plus compacte, plus acérée.

Mais elle reste ce qu’elle est : une bonne série, techniquement maîtrisée, ambitieuse, parfois un peu bavarde, mais toujours regardable.
Les cinéphiles lèvent parfois les yeux au ciel, mais reviennent quand même parce que le duo Danes/Rhys fonctionne comme un vieux couple hollywoodien qui vous accroche encore au fauteuil.

VERDICT

Les points forts

  • Duo d’acteurs solide comme un plan fixe bien éclairé
  • Esthétique travaillée, luxe anxiogène maîtrisé
  • Tension efficace et ambiance cinéma très référencée

Les points faibles

  • Scénario parfois étiré comme un format IMAX pour un court-métrage
  • Personnages secondaires en carton pâte
  • Quelques longueurs qui tirent sur la pellicule

Note finale : 3,5 / 5

Un thriller psychologique bien ficelé, qui se regarde comme un bon film de soirée, avec du style, du suspense et une interprétation solide. Pas un chef-d’œuvre, pas un futur classique des cinémathèques, mais assurément un ticket valable pour une nuit frissonnante devant l’écran.
Bref : une bête qui ne mord pas toujours, mais qui rugit quand il faut.


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