On y va tous. Plusieurs fois par jour. En douce, en urgence, parfois pour réfléchir à la vie, parfois juste pour envoyer un message planqué. Les toilettes, c’est le QG discret de l’humanité. Et pourtant, ce petit coin tranquille est aussi un énorme trou dans la raquette écologique. Chaque jour, 35 litres d’eau potable par personne partent direct dans la cuvette. Glouglou, merci, bonsoir. Résultat : 20 % de la conso d’eau d’un foyer sert à évacuer ce que notre corps produit de plus naturel. À l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine, ça représente 76 milliards de mètres cubes d’eau par an consacrés aux WC. Oui, des milliards. De quoi remplir des océans… pour tirer des chasses
Autrement dit, on boit de l’eau potable, on la traite, on la transporte, et on s’en sert pour pousser du pipi-caca jusqu’à une station d’épuration. Si ça, ce n’est pas marcher sur la tête, cul nu. Depuis des décennies, on a normalisé ce grand gâchis, sans même lever un sourcil. Les WC sont devenus un tabou technique : ça coule, donc tout va bien. Sauf que non. Et au Pays Basque, certains ont décidé d’arrêter de faire l’autruche… ou plutôt de faire l’andouille.
Changer l’image des chiottes
Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur les toilettes sèches. Le cabanon qui sent la mort, la sciure qui vole, la vue plongeante sur l’enfer, le moment de solitude totale. Tout ça, c’est has been, périmé, bon pour les cartes postales des années 80. Aujourd’hui, une nouvelle génération de WC débarque, lookée, connectée, propre sur elle, et surtout sans eau, sans odeur et sans copeaux. Oui madame. Oui monsieur.
À Itxassou, depuis cinq ans, la société BERECHA bosse à réconcilier l’humanité avec son transit. Son credo : concevoir, louer et vendre des toilettes sèches design, autonomes, ambulantes, pensées pour les usages intensifs. Mariages, festivals, chantiers du BTP, lieux publics, sentiers de rando, campings, aires de jeux… partout où l’humain a envie et besoin de se soulager sans ruiner la planète. Le tout en B to B, made in France, made in Nouvelle-Aquitaine, made in Pays Basque. La triple chasse gagnante.
Kollect Tech : quand les WC deviennent futés
Le joyau de la couronne s’appelle Kollect Tech. Une assise innovante, fruit de deux ans de recherche et développement, pensée pour réinventer totalement l’expérience sanitaire. Ici, on ne parle pas juste d’un trône. On parle d’un bloc tout-en-un, autonome, automatisé, connecté, sans raccordement, qui gère tout comme un grand. Une vraie Formule 1 du petit coin pour caguer et pisser peinard.
Le principe clé, c’est la collecte séparative à la source. Dit comme ça, ça fait sérieux, presque médical. En clair : le pipi et le caca ne se mélangent pas. Jamais. Parce que l’urine, contrairement à ce qu’on croit, est stérile, riche en nutriments, et surtout extrêmement précieuse. Ce sont les fèces qui contiennent les bactéries pathogènes. Les mélanger, comme dans les WC classiques, c’est foutre le bazar dès le départ. Kollect Tech, lui, sépare proprement, dès la sortie du tuyau. Net, sans bavure.
Résultat : pas d’odeur, pas de vue, pas de contact, pas besoin d’ajouter quoi que ce soit. Tout est géré par des détecteurs de mouvement : éclairage, ventilation, ouverture de trappe, nettoyage, collecte, audio-guidage… même la maintenance est automatisée. L’utilisateur entre, fait sa vie, ressort. Fluide, discret, presque chic. Une expérience WC digne du XXIᵉ siècle.
Toilettes sans eau, sans embrouille
Là où les toilettes classiques engloutissent 6 à 12 litres d’eau potable à chaque chasse, Kollect Tech consomme zéro litre. Nada. Que dalle. 0 litre d’eau utilisée = 0 litre gaspillé. Et qui dit zéro rejet dans les eaux usées dit aussi zéro pollution bactériologique. Les stations d’épuration respirent, les nappes phréatiques aussi.
Et ce n’est pas juste une lubie écolo pour bobos en sandales. C’est une solution résiliente, adaptée aux usages intensifs et publics, pensée pour ceux qui les gèrent autant que pour ceux qui les utilisent. Installation sans raccordement, logistique réduite, maintenance simplifiée : les collectivités, les organisateurs d’événements et les pros du BTP y trouvent leur compte. Finis les camions de flotte, les produits chimiques, les WC chimiques qui puent à dix mètres.
Pipi, caca : le trésor caché
On l’avait compris il y a des millénaires, puis on a tout oublié à force de tirer la chasse. Nos déjections sont des ressources. De l’or brun et jaune, version économie circulaire. L’urine, par exemple, est un fertilisant naturel ultra-puissant, riche en azote, phosphore et potassium. Du NPK local, gratuit, renouvelable. En période de pénurie d’engrais chimiques, et depuis la guerre en Ukraine, on sait de quoi on parle, le pipi redevient stratégique.
Mais ce n’est pas tout. L’urine peut aussi produire de l’électricité. Oui, avec un pipi, on peut recharger un téléphone ou allumer une ampoule pendant des semaines. Des projets comme Pee Power ou Waterlight l’ont déjà prouvé. Elle peut même servir à produire de l’hydrogène ou du biogaz. Autrement dit, aller aux toilettes pourrait devenir un geste énergétique. Le passage aux WC, nouvelle contribution citoyenne.
Les fèces, elles, ne sont pas en reste. Une fois traitées correctement, elles deviennent un excellent compost, un amendement pour les sols, ou une matière première pour la méthanisation, produisant du gaz et de la chaleur. Chaque mois, en France, on produit l’équivalent du poids de la tour Eiffel en excréments. Une manne énergétique colossale, aujourd’hui sous-exploitée. Certains agriculteurs gagnent déjà plus avec leurs méthaniseurs qu’avec leurs élevages. Comme quoi, le caca peut rapporter gros.
Même l’eau peut revenir au robinet
Cerise sur le gâteau (façon toilettes) : l’urine est composée à 95 % d’eau. Avec les bons procédés, à savoir évaporation, filtration, osmose inverse, cette eau peut être récupérée et réutilisée, voire rendue potable. Des villes comme Los Angeles recyclent déjà leurs eaux noires pour les remettre dans le circuit. Oui, boire de l’eau qui est passée par les WC, c’est possible. Et non, ce n’est pas dégueu quand c’est bien fait. C’est juste intelligent.
Aujourd’hui, 20 % de la facture d’eau des foyers, c’est la chasse d’eau. Au Pays Basque, cela représente 16 millions d’euros par an juste pour tirer la chasse. Si seulement 1 % de la population s’équipait de solutions comme Kollect Tech, 180 000 euros par an pourraient être réinjectés dans la santé, l’éducation ou la transition écologique. Et ce sans compter les économies pour les stations d’épuration ni la pression en moins sur les nappes phréatiques.
Autrement dit, continuer comme avant, ça coûte un pognon de dingue. Changer de toilettes, c’est aussi changer de modèle économique.
Du local, du concret, du politique
Avec la Chambre d’agriculture du Pays Basque, une première filière urine territoriale est en test. 25 m³ collectés, 6 hectares fertilisés. Quand on sait que le territoire compte 125 000 hectares, le potentiel donne le tournis. Le projet est déjà soutenu par plusieurs députés, et l’Agence de l’eau peut financer jusqu’à 70 % de l’équipement pour les collectivités. Kollect Tech gère ensuite la collecte et la valorisation. La boucle est bouclée.
L’objectif pour 2026 est clair : changer d’échelle, structurer une filière locale, circulaire, sociale, créatrice d’emplois. Une économie du bon sens, où rien ne se perd, surtout pas ce qu’on a longtemps considéré comme de la merde.
Bref, on parle souvent de transition écologique, de grands discours, de petits gestes. Mais parfois, la révolution commence au fond du couloir, porte fermée. Repenser nos toilettes, ce n’est pas glamour, mais c’est fondamental. Kollect Tech montre qu’on peut faire propre, moderne, confortable, sans eau et sans bullshit. Que nos WC peuvent devenir des alliés plutôt que des gouffres.
Alors oui, ça parle de pipi et de caca. Mais surtout d’avenir, de ressources, d’intelligence collective. Comme quoi, même au fond des chiottes, il y a de l’espoir.
