Ils portent nos journées, encaissent nos heures sup’ et se prennent les coups à la place du reste du corps. Les pieds, c’est la main-d’œuvre invisible du salariat, les ouvriers de l’ombre, les oubliés du bilan social. Huit heures debout, parfois plus, coincés dans des pompes de sécurité ou plantés derrière un comptoir, ils prennent cher sans jamais ouvrir leur clapet. Jusqu’au jour où ça chauffe sous la plante, où le talon couine, où la voûte s’affaisse comme un moral de fin de mois. Et là, le corps entier suit : dos en vrac, jambes lourdes, fatigue qui colle aux baskets. Quand l’ergonomie est à côté de la plaque, ce sont toujours les appuis qui dégustent. À force de marcher sur la pointe des contraintes pro, beaucoup finissent par perdre pied. Littéralement
Face à ce chantier bien enraciné dans le quotidien de millions de travailleurs, certains ont décidé de repartir de la base. Pas du sommet, pas du blabla managérial, mais du sol. À Bidart, la boîte Print Your Feet a choisi de prendre le problème à bras-le-corps… ou plutôt à pieds nus. En s’attaquant à l’empreinte, à l’appui, à la posture, l’entreprise trace une nouvelle trajectoire entre santé, bien-être et performance au boulot. Une piqûre de rappel simple comme bonjour : avant d’aller loin, encore faut-il être bien chaussé.
Les pieds en PLS, les stats aussi
Le tableau clinique est limpide. Selon les spécialistes, près de 10 millions de Français traînent des pépins liés aux pieds : douleurs plantaires, soucis de dos, circulation à la traîne, fatigue chronique qui s’incruste. Un paquet de monde qui bosse en mode serrage de dents. Dans l’industrie, la grande distribution, la santé, la logistique, l’artisanat, bref partout où on piétine du matin au soir, la station debout prolongée fait des dégâts. Et pourtant, côté prévention, c’est souvent le désert médical. On attend que ça casse pour sortir la boîte à outils.
C’est précisément ce que ne voulait plus voir Julien Legoupil, podologue et posturologue, plus de vingt ans de métier dans les arpions humains. À force de voir débarquer des patients rincés, il a compris qu’arriver avec des semelles quand la douleur est déjà installée, c’est un peu comme poser un pansement sur une entorse chronique. Trop tard, coco. Alors il a décidé d’agir en amont, avant que les pieds ne déclarent forfait.
Print Your Feet, ou comment remettre les salariés d’équerre
Née en 2021 à Bidart, Print Your Feet est une startup qui a les deux pieds bien ancrés dans le réel. Le principe est aussi malin qu’efficace : proposer des semelles sur mesure anti-fatigue, conçues grâce à l’impression 3D, pensées pour ceux qui bossent debout toute la sainte journée. Pas de parcours du combattant, pas de rendez-vous à rallonge. Le salarié sort son smartphone, prend quelques photos de ses panards via une appli dédiée, et le tour est joué. En moins de dix minutes, la modélisation est bouclée, la semelle est prête à être imprimée, pile-poil à la bonne pointure.
Les résultats annoncés donnent envie de lever le pied… mais dans le bon sens. Jusqu’à 80 % de confort en plus, 25 % d’amélioration de la circulation sanguine, 60 % de fatigue en moins. Des chiffres qui parlent aux pieds, mais aussi aux employeurs. Car un salarié moins rincé, c’est un salarié plus stable, plus concentré, moins absent. En clair, un bon appui pour toute la boîte.

Quand les gros poissons enfilent la semelle
Et ce n’est pas qu’une lubie de podologue en chaussons. Depuis un an, près de 300 salariés ont déjà été équipés par Print Your Feet. Parmi les clients, on trouve du solide : SNCF, Véolia, Ikea, le centre hospitalier d’Arcachon. Des structures qui ne signent pas sur un coup de tête. Si ces mastodontes ont sauté à pieds joints dans l’aventure, c’est parce que la promesse est claire : moins de douleurs, moins d’accidents, plus de confort. Du concret, pas du baratin.
La reconnaissance est aussi venue d’en haut. L’an dernier, la mutuelle Harmony a récompensé Print Your Feet pour son engagement en faveur de la santé au travail. Une médaille qui vient confirmer que s’occuper des pieds, ce n’est pas un gadget, mais un vrai levier de prévention.
Du local, du propre, du durable : le pied basque
Autre point qui fait mouche : la fabrication. Les semelles Print Your Feet sont fabriquées localement au Pays Basque, à la demande. Pas de surproduction, pas de stock qui prend la poussière. L’impression 3D par frittage sélectif de poudre permet une précision chirurgicale et limite sévèrement les déchets. La base est conçue à partir de matériaux biosourcés, et le revêtement textile est interchangeable, lavable, fabriqué à partir de mousse recyclée et recyclable. Quand il est usé, il ne finit pas à la benne : il est valorisé en isolant. Boucle bouclée, empreinte carbone allégée.
Cette logique de circuit court n’est pas un slogan plaqué à la va-vite. Print Your Feet bosse avec des fournisseurs locaux, soutient l’économie du coin et garantit une traçabilité béton. Un pied dans la tech, l’autre dans le territoire.
Marcher mieux pour vieillir moins mal
Derrière la techno et les chiffres, il y a surtout une vision. Celle d’un travail qui ne broie pas les corps à petit feu. En soulageant les pieds, Print Your Feet cherche à préserver l’ensemble de la mécanique humaine. Moins de douleurs aujourd’hui, c’est moins de galères demain. Une manière de permettre aux pros de durer, sans finir sur les rotules avant l’heure.
Et l’histoire est loin d’être terminée. Après avoir chaussé les salariés, l’entreprise prévoit de s’adresser au grand public en 2025. Autrement dit, démocratiser une solution jusqu’ici réservée au monde pro et rappeler à tout le monde que le confort, ce n’est pas du luxe, c’est de la santé préventive.
À Bidart, Print Your Feet prouve qu’une innovation peut être à la fois pointue, utile et profondément ancrée dans le quotidien. En redonnant de la dignité aux pieds fatigués, la startup remet aussi du bon sens dans le monde du travail. Parce qu’un salarié qui tient debout, c’est une entreprise qui avance droit. Et parce qu’au final, pour aller loin, mieux vaut ne pas marcher de travers.
Moralité : avant de vouloir courir après la performance, commencez par regarder vos pieds. Eux, ça fait longtemps qu’ils tirent la sonnette d’alarme.
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