Longtemps, la frontière entre la France et l’Espagne a été vue comme une ligne rouge, un trait épais sur la carte où l’on ralentit, où l’on montre patte blanche, où l’on change de panneau et parfois de mauvaise humeur. Mais ça, c’était avant. Avant que le vélo ne débarque, guidon droit, mollets affûtés et sourire en coin. Avec le projet Mugaziklo, la frontière ne bloque plus : elle roule, elle glisse, elle pédale. Et pas à moitié
Lancé officiellement avec la participation du Département des Pyrénées-Atlantiques et du Syndicat des Mobilités Pays Basque-Adour, Mugaziklo débarque comme un grand coup de sonnette dans le peloton de la mobilité transfrontalière. Objectif affiché : transformer les déplacements entre Gipuzkoa, Navarre et Pyrénées-Atlantiques en une aventure plus douce, plus verte et franchement moins polluante. En clair, troquer le tout-bagnole grinçant contre un modèle où le vélo devient roi.
Changer de braquet pour la mobilité du quotidien
Sélectionné par l’Union européenne, Mugaziklo ne roule pas sans filet. Le projet est financé à 65 % par l’Europe via le programme Interreg POCTEFA, appel à projets AFOMEF. Traduction en langage de bistrot : Bruxelles sort le chéquier pour que Français et Espagnols arrêtent de se regarder en chiens de faïence et se mettent à pédaler ensemble. Résultat : près de 3,9 millions d’euros de financement européen sur un budget total avoisinant les 6 millions d’euros. Et tout ça sur quatre ans, de mai 2025 à mai 2029. Autant dire qu’on n’est pas sur une balade dominicale improvisée, mais sur un vrai Tour transfrontalier de la mobilité durable.
Derrière cet investissement, une ambition claire : renforcer l’intégration économique et sociale de la zone frontalière. Autrement dit, faire en sorte que passer la Bidassoa ou les Pyrénées ne ressemble plus à une expédition polaire, mais à un simple changement de paysage.
Mugaziklo, ce n’est pas juste poser trois coups de peinture verte sur l’asphalte et dire « voilà, piste cyclable ». Le projet veut carrément changer de braquet. Il s’attaque au modèle même de la mobilité transfrontalière, avec l’idée de favoriser des déplacements plus actifs, plus durables et surtout mieux connectés entre les territoires.
Le vélo devient ici un outil de cohésion territoriale. Oui, un vélo. Deux roues, un cadre, indexé Shimano, parfois une assistance électrique, et une capacité étonnante à rapprocher les gens. L’idée est de créer une continuité cyclable là où, jusqu’ici, les itinéraires s’arrêtaient net comme un pneu crevé au poste-frontière.
Le vélo, c’est bien. Le vélo + le train, c’est mieux
Concrètement, Mugaziklo, c’est du tangible, du mesurable, du pédalable. Des kilomètres de nouvelles pistes cyclables vont sortir de terre, ou plutôt s’étirer sur le bitume, pour relier les territoires et gommer les ruptures de réseau. On parle de dizaines de kilomètres d’itinéraires flambant neufs, pensés pour le quotidien autant que pour le plaisir.
À cela s’ajoutent des parkings vélos sécurisés, histoire que le fidèle destrier à deux roues ne finisse pas attaché à un poteau bancal avec un antivol en carton. Ces équipements seront stratégiquement placés près des gares et des pôles d’échanges multimodaux, parce que oui, le vélo n’est pas un loup solitaire : il aime bien bosser avec le train et le bus.
L’un des gros nerfs de la guerre, c’est l’intermodalité. Mugaziklo ne vend pas le vélo comme une solution miracle qui remplace tout le reste. Au contraire, il mise sur la combinaison gagnante : pédaler quand c’est pertinent, embarquer quand c’est plus malin. Relier le vélo aux transports collectifs, c’est permettre à chacun de composer son trajet sans se sentir coincé.
Et comme personne ne naît cycliste convaincu, le projet met aussi le paquet sur la sensibilisation. Campagnes de communication, actions éducatives, programmes à destination des jeunes et des publics plus fragiles : l’idée est de faire entrer la mobilité active dans les têtes avant de la faire entrer dans les habitudes.
Le Syndicat des Mobilités met la main au guidon
Côté français, le Département des Pyrénées-Atlantiques ne reste pas en roue libre. Il s’engage notamment dans l’aménagement d’un nouveau tronçon cyclable prolongeant la voie verte de la Nive entre Ustaritz et Cambo-les-Bains. Une continuité logique avec les projets précédents, notamment EDERBIDEA, qui avait déjà commencé à tracer la route… ou plutôt la piste.
Le Département mise aussi sur l’éducation, avec des programmes comme « À vélo, c’est la classe ! », histoire d’apprendre aux collégiens que pédaler, ce n’est pas juste pour faire des roues arrière, mais aussi pour se déplacer intelligemment. Des actions spécifiques sont également prévues pour les personnes à mobilité réduite, parce que la mobilité durable, ce n’est pas réservé aux mollets en béton.
De son côté, le Syndicat des Mobilités Pays Basque-Adour joue un rôle clé dans la mécanique Mugaziklo. Dans son périmètre, il prévoit l’installation de huit parkings vélos sécurisés, le déploiement d’un programme éducatif baptisé « Mugi Mouv » pour sensibiliser les plus jeunes, et même une étude pour tester un service de location longue durée de vélos électriques.
L’idée est claire : lever les freins, qu’ils soient physiques, économiques ou culturels. Parce qu’entre l’envie de pédaler et le passage à l’acte, il y a parfois un sacré faux plat.
Une coopération qui ne date pas d’hier
Mugaziklo ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans la continuité de plus de douze ans de coopération transfrontalière entre les territoires, dans le sillage de projets comme BICIMUGI ou BIZI-CONNECT. Autrement dit, ce n’est pas un coup de com’ ou un projet gadget. C’est une étape de plus dans une dynamique déjà bien lancée.
Le partenariat qui porte Mugaziklo est solide, huilé, rodé. NASUVINSA en chef de file, aux côtés du Département des Pyrénées-Atlantiques, du Syndicat des Mobilités Pays Basque-Adour, de Bidasoa Activa, de la Diputación Foral de Gipuzkoa et du Gouvernement de Navarre. Un peloton bien groupé, sans échappée solitaire.
Au fond, Mugaziklo raconte une histoire simple : celle d’une frontière qui arrête de couper pour commencer à relier. Une frontière qu’on traverse sans s’en rendre compte, le nez au vent, les jambes qui tournent et la tête un peu plus légère.
En misant sur le vélo, les territoires de Gipuzkoa, de Navarre et des Pyrénées-Atlantiques font le pari d’une mobilité plus humaine, plus durable et franchement plus cool. Une mobilité où l’on prend le temps, où l’on respire, et où l’on avance ensemble.
Alors oui, ça demande des investissements, de la coordination, de la pédagogie. Mais à l’arrivée, c’est une Europe qui roule droit, qui pédale en cadence et qui prouve que parfois, pour aller loin, il suffit juste de changer de braquet.
