À Ossès, la librairie Menta ne veut pas finir en tragédie littéraire. Malgré un passage à vide, elle imagine déjà un nouveau chapitre… sur roues. Dans le monde des librairies indépendantes, ouvrir boutique dans un petit village, c’est un peu comme publier un premier roman sans piston : faut avoir du cran, un brin de folie et espérer que ça prenne. À Ossès, Menta a tenté le coup en 2021. Et contre toute attente – ou presque – le pari a été relevé haut la main. Sauf que voilà, même les plus belles histoires connaissent parfois des passages un peu plus sombres. Et aujourd’hui, entre pages qui jaunissent et caisse qui fait grise mine, la librairie lance un appel… sans faire de chichis ni jouer les tragédiennes
Depuis son ouverture, Menta s’est imposée comme un vrai petit repaire à bouquins, un endroit où l’on vient autant pour feuilleter un roman que pour papoter autour d’un café. Une librairie bilingue, français-euskara, avec du choix pour tous les âges et tous les goûts. Bref, un lieu vivant, pas une bibliothèque poussiéreuse où même les livres s’ennuient.
Et clairement, le public a répondu présent. Beaucoup ont salué le culot d’avoir lancé une librairie dans un coin où l’offre culturelle n’était pas franchement débordante. Un défi ? Oui. Mais un défi relevé, et même plutôt bien torché.
Quand la réalité remet un marque-page
Sauf que depuis plusieurs mois, le vent a tourné. Moins de passage, moins d’achats, moins de bruit dans les rayons. La faute à qui ? À un peu tout le monde et à personne à la fois : météo capricieuse, inflation qui pique, quotidien qui file à toute allure… et boum, la fréquentation prend un coup dans l’aile.
Résultat : le chiffre d’affaires dégringole. Et dans le monde du livre, ça pardonne pas. Parce que derrière la poésie des étagères bien rangées, la réalité est beaucoup moins glamour.
Une librairie, c’est un business fragile. Les marges sont maigres comme un marque-page oublié. Sur un livre vendu, la librairie récupère à peine un tiers du prix… et encore, avant de payer les frais de transport, les charges et tout le bazar. Autant dire qu’il faut en vendre des piles de bouquins avant de commencer à respirer.
Pas de violons, mais un appel sincère
Alors non, pas question ici de faire pleurer dans les chaumières. Chez Menta, on reste lucide : tout le monde galère, les budgets sont serrés, et les livres coûtent cher. Pas besoin d’en rajouter une couche.
Mais voilà, l’idée, c’est d’éviter le fameux point de non-retour. Celui où, du jour au lendemain, la boutique ferme sans prévenir, et où les habitués se retrouvent comme des lecteurs sans fin.
Du coup, l’équipe balance un message simple : si vous voulez que l’histoire continue, faut filer un coup de main. Et pas forcément en vidant son porte-monnaie. Passer boire un café, parler de la librairie, partager une publication… ça compte déjà.
Parce qu’une librairie, ça vit grâce à ses lecteurs. Sinon, c’est juste des murs avec des bouquins qui prennent la poussière.
Un nouveau chapitre… sur roues
Mais attention, Menta ne compte pas rester coincée dans un récit qui tourne en rond. En 2025, un nouveau projet a débarqué : une librairie itinérante.
Oui, oui. Un camion rempli de livres, qui sillonne les routes du Pays Basque intérieur comme un roman d’aventure. L’idée ? Aller directement à la rencontre des lecteurs qui trouvent Ossès un peu paumé ou pas sur leur trajet.
Parce qu’en discutant avec les clients et en participant à des marchés ou événements, un constat s’est imposé : même avec plusieurs librairies indépendantes ouvertes dans le coin, certains territoires restent à la traîne niveau accès aux livres.
Du coup, plutôt que d’attendre que les lecteurs viennent, Menta est allé les chercher. Une stratégie simple, mais efficace.
Une librairie qui se déplace, mais pas à moitié
Le projet est bien ficelé. Le camion est aménagé pour accueillir du monde et surtout du bouquin. À l’intérieur : environ 600 références, soigneusement choisies, dans la continuité de la librairie physique.
Du français, de l’euskara, de la jeunesse, de la BD, des essais… un vrai petit condensé de culture sur quatre roues. Et bien sûr, toujours du conseil personnalisé. Parce qu’acheter un livre sans échange, c’est comme lire sans comprendre : ça manque de sel.
Et quand le temps le permet, hop, on sort les tables et les chaises pour recréer l’ambiance conviviale. Une mini terrasse, quelques boissons, et voilà un coin lecture improvisé en pleine campagne.
Plus qu’un commerce, un lieu de vie
Car au fond, Menta ne se voit pas juste comme une boutique. C’est un outil pour créer du lien. Dans des villages où les commerces se font rares, chaque rendez-vous devient une occasion de se retrouver.
Le camion ne sert pas uniquement à vendre des livres. Il est aussi là pour dynamiser la vie culturelle, soutenir les initiatives locales et créer des moments d’échange.
Bibliothèques, écoles, associations… tout le monde peut y trouver son compte. Et même imaginer des projets communs.
Le truc malin, c’est que cette librairie itinérante ne veut pas débarquer comme un cheveu sur la soupe. L’idée, c’est de construire les tournées avec les habitants et les acteurs locaux.
Certains arrêts sont déjà dans les tuyaux : Larceveau, la vallée de Banca-Aldudes-Urepel, Isturitz ou encore Saint-Palais. Mais le reste reste à écrire.
Une histoire qui ne demande qu’à continuer
Au final, Menta, c’est un peu comme ces romans qu’on n’a pas envie de lâcher. Une histoire simple, ancrée dans son territoire, mais avec une vraie envie de faire bouger les lignes.
Oui, le contexte est compliqué. Oui, les librairies indépendantes jouent souvent à quitte ou double. Mais avec un peu de soutien et beaucoup d’idées, le livre n’est pas encore refermé.
Et si tout se passe comme prévu, bientôt, dans les villages du Pays Basque intérieur, on verra peut-être débarquer un drôle de camion. Pas un food truck, non. Un “book truck”. Chargé d’histoires, de rencontres et de pages à tourner. Et honnêtement, ça, c’est un chapitre qu’on a bien envie de lire jusqu’au bout.
