À défaut de surfer la houle automnale, voilà qu’on se retrouve à surfer… l’urgence. L’association Hermione – La Fayette lance un appel qui ressemble furieusement à un “MAYDAY MAYDAY MAYDAY”, version historique et un brin désespérée. Depuis quatre ans, l’équipe rame comme des fous pour restaurer la “cathédrale des mers” et avec déjà 5 millions d’euros investis dans le Grand Carénage, on peut dire qu’ils ont envoyé du bois. Littéralement
Sauf qu’aujourd’hui, la frégate en est à mi-chemin, coque rafistolée à 50 %, et elle doit trouver fissa de quoi financer la seconde moitié du chantier. Pas une broutille : sans ces fonds, c’est simple, le navire coule. Pas en mer, heureusement, mais dans les comptes. Et quand on parle d’un symbole national, on évite si possible de le laisser sombrer comme une vieille planche en mousse oubliée sur la dune.
Dans le genre “on garde le cap même avec la houle dans la tronche”, l’association donne une leçon de persévérance. Mais la persévérance, ça ne remplace pas les euros. Et 2026 arrive comme une série de vagues un peu velues : entretenir, accueillir, former… ça demande du monde, du temps, et un budget qui ne tient pas tout seul en équilibre sur la vague. Peut-être appeler Zelensky pour mendier quelques dollars…
Week-end portes ouvertes : L’Hermione, toutes voiles… pas encore dehors
Alors on sort les rames, les sourires, les outils, les chanteurs et même les DJs. Les 22 et 23 novembre 2025, le chantier naval d’Anglet ouvre ses portes, façon village surf mais en version “gros bateau historique posé à sec au port de Bayonne”. Les visiteurs, eux, débarqueront comme dans un surf camp où l’on remplace les boards par des bordés de chêne et les cours de wax par des cours… de restauration de frégate.
Accès libre, animations musicales, odeur de copeaux et de souvenirs marins : l’Hermione déroule le tapis pour rappeler au public que la frégate mérite leur soutien autant qu’un spot mérite sa dune. Maxime Diribarne offrira ses chansons pleines d’humour et de douceur, pendant que DJ Fred KROM enverra un set qui risque de faire hocher la tête à plus d’un gabier. Une manière de prouver qu’on peut être sérieux sans arrêter de rigoler, et qu’on peut restaurer un symbole national en gardant le groove.
Et si certains se demandaient encore ce qu’on fait dans un carénage, ils pourront mater les charpentiers à l’œuvre. Rien à voir avec la bricole du dimanche : ici, on remet d’équerre un navire du XVIIIe siècle, le tout sous les yeux du public. De quoi impressionner même les habitués des gros swells.
Rochefort en mode capitaine
Pendant ce temps-là, à Rochefort, on dégaine l’artillerie au sens propre. Les bénévoles montent la garde et proposent tout un tas d’animations gratuites. Démonstration de canons, expo photo, théâtre, chorale, conférence… C’est un peu comme un super festival maritime, mais sans stand de tacos et sans gobelets réutilisables estampillés “Mayday 2025”.
Le club Photo17 vend ses clichés au profit de la restauration : autant dire que chaque photo achetée est l’équivalent d’un bon bottom turn pour la frégate. Samedi 22, le marquis de La Fayette et son sergent d’armes débarquent en déambulation théâtrale version “Bilout revisite le XVIIIe en mode impro”. Le public risque de se marrer autant qu’il apprendra.
La chorale L’Écume des mers prend ensuite le relais… normal, dans une histoire où tout le monde finit par écumer quelque chose. Le lendemain, conférence et projection du documentaire L’Aventure Hermione : une vraie session de rattrapage pour ceux qui veulent comprendre pourquoi toute cette affaire sent aussi fort l’urgence.
Une histoire longue comme une houle d’hiver
L’Hermione, c’est plus qu’un bateau : c’est un morceau de mémoire nationale qui flotte entre deux siècles. Réplique fidèle d’une frégate de 1780, elle rappelle le voyage mythique vers les États-Unis, quand La Fayette venait filer un coup de main aux insurgés. Et on ne parle pas d’un petit bateau de plaisance bricolé dans un garage : la reconstruction, débutée en 1997 et achevée en 2014, a demandé un savoir-faire qu’on ne trouve pas dans la caisse à outils d’un bricoleur du dimanche.
Puis 2021 est arrivé. Mauvaise nouvelle : la coque avait besoin d’un gros lifting. Pas un petit ponçage, hein. Un carénage monumental. Résultat : direction Anglet, mise à sec, diagnostics, Leroy Merlin (?), pose d’étais, découpes, réparations, visites pédagogiques entre deux coups de scie. On a vu plus simple comme spa pour navire.
Depuis, 5 millions d’euros ont été investis pour remettre la moitié du navire d’équerre. Mais il en manque autant pour finir le boulot. Et comme si ce n’était pas assez rock’n’roll, la frégate est entrée dans une procédure de redressement judiciaire à partir du 18 septembre 2025. Bonne nouvelle : ce n’est pas un naufrage, mais une bouée. Le tribunal estime que le projet peut encore tenir la vague si tout le monde rame dans le même sens.
Et ça bouge, justement. Depuis le lancement du Manifeste pour sauver L’Hermione, on assiste à une jolie montée des eaux, la bonne, celle de la solidarité.
- Plus de 4 000 signatures,
- 500 000 € récoltés ces trois derniers mois,
- un public plus nombreux sur le chantier d’Anglet cet été,
- des marches de mobilisation dans plein de villes, jusqu’aux États-Unis,
- plus de 50 entreprises qui se mouillent.
L’Hermione n’est pas un vieux rafiot que trois passionnés essaient de sauver dans leur coin : c’est une frégate aimée, suivie, admirée. Une barque mythique, version historique, à laquelle les gens tiennent vraiment.

La houle des soutiens
Marc de Briançon, président de l’association, envoie :
« La coque est réparable, réparée à plus de 50 %. Il n’est pas imaginable que ce chef-d’œuvre disparaisse. J’appelle tous les marins et amoureux du patrimoine à se mobiliser. »
Alain Rousset tonne la même chose, version politique :
« La Région est fière de soutenir l’aventure. J’invite tous les acteurs néo-aquitains à se rapprocher de l’association. »
Sylvie Marcilly embraye :
« Nous espérons une issue favorable pour les entreprises, les salariés et les bénévoles impliqués. »
Et Hervé Blanché conclut façon cri du cœur :
« Nous soutiendrons l’association, mais elle a besoin de nouveaux partenaires pour cette opération de sauvegarde. »
Quand les élus, les mécènes et le grand public disent tous la même chose, c’est que la vague monte. Et qu’il ne faut pas la rater.
Ne pas finir les travaux reviendrait à laisser la frégate moisir comme une vieille planche oubliée dans un garage humide. On perdrait un savoir-faire, un symbole, des emplois, du patrimoine et un chantier pédagogique unique. Mauvais karma, comme diraient les surfeurs.
Mais si tout le monde se bouge, la “cathédrale des mers” peut revenir à Rochefort, reprendre la mer, en mettre plein les mirettes dans les fêtes maritimes et, pourquoi pas, retraverser l’Atlantique pour jouer les navires-passeurs en 2028. L’image : L’Hermione, majestueuse, reliant symboliquement France et États-Unis pendant les JO.
C’est certes la galère, mais tous à la rame
On est peut-être dans une tempête, mais la houle n’est pas ingérable. L’Hermione peut encore sortir de cette zone de turbulences, pour peu que chacun mette un coup de pagaie. L’association bosse, s’accroche, invente, fédère. Les bénévoles se sortent les doigts pour éviter le naufrage. Les visiteurs viennent. Les mécènes hésitent, mais ils arrivent. La vague monte.
C’est maintenant ou jamais.
La frégate peut repartir.
Mais seulement si tout le monde rame ensemble.
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