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Iparralde 2040 : quand le futur passe à la moulinette des stats




Vous le sentez, ce petit parfum de fin d’année ? Celui des tableurs qui chauffent, des graphiques qui clignotent et des bilans qu’on sort comme des tickets de caisse XXL. Décembre, c’est la saison officielle du “on en est où ?”, du “ça a performé ou ça a planté ?”. Et au Pays basque nord, pendant que certains comptent les jours avant les fêtes, d’autres ont sorti la calculette lourde. Résultat : Iparralde 2040 – Bideari ekin, un manifeste d’une trentaine de pages adopté le 13 décembre par le Conseil de développement du Pays basque (CDPB). Trente pages, oui, mais pas pour faire joli : pour regarder le territoire droit dans les chiffres et se demander où on met les pieds d’ici quinze piges

Depuis trente ans, le CDPB alias Garapen Kontseilua pour les amateurs d’euskara, fait un boulot un peu à part. Pas de tampon officiel, pas de bouton rouge pour décider, mais une vraie mission : faire remonter la voix de la société civile. En clair, prendre le pouls du terrain, écouter ceux qui bossent, vivent, s’engagent ici, et mettre tout ça sur la table quand il s’agit de penser l’avenir. Pas du blabla hors-sol, mais du vécu mis en équations.

Un territoire qui bouge, et pas qu’un peu

Premier constat posé noir sur blanc : Iparralde est en pleine mutation. Démographie qui s’emballe, économie qui se transforme, société qui évolue, culture qui cherche l’équilibre… bref, la courbe n’est pas plate. Et quand la courbe monte, descend ou fait des zigzags, mieux vaut sortir le radar avant de se prendre le mur.

La démarche Iparralde 2040 ne joue pas les voyantes extra-lucides. Ici, pas de boule de cristal ni de prophétie à la louche. L’idée, c’est plutôt de comprendre les trajectoires, d’identifier les points de tension, les fragilités, mais aussi les atouts planqués dans les marges. Parce que le futur, spoiler alert, ne tombe pas du ciel : il se fabrique à coups de décisions, d’inactions aussi, et de compromis parfois un peu bancals.

Sur le papier, Iparralde coche pas mal de cases. Attractif, dynamique, vivant. La courbe de l’attrait est clairement orientée à la hausse. Mais comme en économie, quand ça grimpe trop vite, il y a toujours une ligne “coûts cachés” en bas du tableau. Pression foncière, logements hors de prix, services publics sous tension… L’attractivité, c’est cool, mais ça se paie cash.

Le document ne fait pas semblant de ne pas voir l’addition. Il pose la question qui gratte : comment accueillir sans dégager ceux qui sont déjà là ? Comment rester ouvert sans se faire bouffer par ses propres succès ? Pas de réponse miracle, mais une invitation à regarder les chiffres en face, sans panique ni lunettes roses. En gros : oui, ça attire, mais non, on ne peut pas laisser le marché faire la loi tout seul, sinon le territoire risque de finir en produit de luxe hors budget.

Iparralde, ce n’est pas qu’un périmètre, c’est un projet

Entre deux stats et trois projections, une idée revient en boucle : Iparralde n’est pas juste une zone sur une carte. C’est un projet collectif, un truc vivant, façonné par une histoire, une langue, des pratiques culturelles et un solide réseau de solidarités. Pas un PowerPoint hors-sol, mais un territoire qui a une gueule et un accent.

La place de l’euskara, la transmission culturelle, les liens entre générations, entre villes et campagnes… tout ça n’est pas rangé dans la colonne “optionnel”. C’est du capital immatériel, du patrimoine vivant, un actif stratégique en quelque sorte. Sans ça, les chiffres sont peut-être bons, mais le sens est à zéro.

Iparralde 2040 ne vend pas du rêve en kit. Le document assume que tout ne va pas toujours dans le même sens. Développement économique, transition écologique, justice sociale : sur le papier, tout le monde est pour. Dans la vraie vie, ça demande des arbitrages, parfois des choix qui font grincer des dents.

Préserver les ressources naturelles tout en maintenant de l’activité ? Limiter l’artificialisation sans bloquer tout projet ? Accompagner les transitions sans flinguer les dynamiques locales ? C’est là que le tableau Excel devient sportif. Pas de solution clé en main, mais une ligne directrice : responsabilité collective. En clair, chacun met un peu les mains dans le cambouis.

La méthode : du collectif, pas du prêt-à-penser

L’un des gros points forts d’Iparralde 2040, c’est sa méthode. Pas un plan figé gravé dans le marbre, mais une base de discussion, un socle commun pour nourrir le débat public. Le document est le fruit de regards multiples, parfois convergents, parfois contradictoires. Et c’est assumé.

Cette pluralité, c’est un peu l’ADN du territoire. Ici, on n’est pas toujours d’accord, mais on parle. On discute, on argumente, on se chamaille parfois, mais le dialogue reste une valeur sûre. Pas de recette magique, mais une invitation à construire dans la durée, sans brûler les étapes.

Pourquoi 2040 ? Parce que c’est suffisamment loin pour sortir du court-termisme et suffisamment proche pour rester crédible. Pas une deadline administrative, pas une ligne d’arrivée, mais un point d’horizon. Un repère pour penser sans confisquer l’avenir.

Iparralde 2040 se veut à la fois outil d’aide à la décision et levier de mobilisation. Il s’adresse aux élus, aux acteurs économiques, aux associations, aux citoyens. Parce que le futur du Pays basque nord, ce n’est pas une décision tombée d’en haut : c’est un chantier collectif.

Au final, Iparralde 2040, ce n’est pas un exercice de style pour amateurs de graphiques. C’est une manière de dire : “On sait que ça bouge, alors autant anticiper plutôt que courir derrière.” Entre transmission et transformation, entre enracinement et ouverture, le territoire est invité à tenir sa ligne, comme un marin face au vent.

Les chiffres sont là, les tendances aussi. Reste à transformer l’essai, à passer de la projection à l’action. Parce qu’en économie comme dans la vie, les stats ne font pas tout, mais elles évitent quand même de foncer dans le décor les yeux fermés. Et à Iparralde, visiblement, on préfère compter avant de trébucher.

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