Eurorégion sans frontières : quand l’innovation passe la douane sans montrer son passeport




Dans le grand foutoir mondial où les frontières servent parfois plus à bloquer qu’à relier, il y a des territoires qui ont décidé d’arrêter de jouer les douaniers grincheux pour passer en mode pont, passerelle et poignée de main. L’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine Euskadi Navarre fait clairement partie de cette bande-là. En 2025, elle remet une pièce dans la machine transfrontalière et balance 400 000 euros sur la table pour soutenir sept projets innovants, bien décidés à prouver que quand on bosse ensemble, ça carbure plus fort que chacun dans son coin

L’annonce a été officialisée par le bureau de l’Eurorégion, réunissant les représentants des trois gouvernements membres. Traduction en langage courant : Français, Basques et Navarrais se sont mis d’accord sans s’étriper, et ça mérite presque une médaille. Résultat : sept projets retenus parmi vingt-deux candidatures, tous portés par des consortiums trilatéraux, tous ancrés dans des secteurs qui sentent l’avenir plutôt que la naphtaline. Santé, fabrication avancée, agroalimentaire, énergies renouvelables, industries créatives… bref, de quoi bâtir un futur commun sans mur, sans barbelés et sans paperasse inutile.

Quand l’innovation traverse la frontière en claquettes

L’appel à projets « Innovation eurorégionale » 2025, c’est un peu l’autoroute de l’innovation sans péage. L’idée est simple : faire bosser ensemble des entreprises, des centres de recherche et des acteurs économiques de Nouvelle-Aquitaine, d’Euskadi et de Navarre, histoire de mutualiser les cerveaux, les machines et les bonnes idées. Pas question ici de chauvinisme économique ou de concours de quéquettes territoriales. Le mot d’ordre, c’est coopération, complémentarité et efficacité.

Et manifestement, la recette fonctionne. Les projets sélectionnés témoignent d’un tissu d’acteurs qui ne se contente pas de théoriser l’innovation autour d’un café tiède. Ici, on imprime en 3D, on analyse des données, on planche sur la santé, on bidouille des solutions énergétiques et on accompagne des start-up prêtes à sortir du nid. Le tout, version transfrontalière, avec accents qui chantent et idées qui circulent librement.

Impression 3D : quand l’aluminium parle trois langues

Côté fabrication avancée, on est clairement sur du lourd, du précis, du high-tech qui sent la limaille et l’avenir. Le projet CAST3D s’attaque à la fonderie d’aluminium avec une idée simple mais sacrément futée : remplacer la bonne vieille cire perdue par des modèles en résine imprimés en 3D. Résultat attendu ? Produire plus vite, plus propre, moins cher, et surtout avec une précision chirurgicale pour des pièces à haute valeur ajoutée, notamment dans l’aéronautique et la mobilité électrique.

Même vibe pour CIRCE, qui joue dans la cour des grands avec des composants pour satellites, radars et réseaux 5G. Là aussi, l’impression 3D est au cœur du game, permettant de réduire les coûts, de raccourcir les délais et d’explorer des géométries que l’usinage classique regarde encore de travers. Quand la techno passe la frontière, elle ne demande pas son visa : elle s’imprime direct.

Culture et créativité : le design et le basque branchés sur secteur

Mais l’Eurorégion ne se résume pas à des machines et des labos. Elle a aussi du style, du verbe et de la créativité plein les poches. Avec EUROHUB DESIGN, un véritable réseau transfrontalier du design est en train de se structurer. Entreprises, experts, centres de formation : tout le monde est invité à la même table pour booster la créativité, l’innovation et l’emploi. L’objectif est clair : faire du design un moteur économique commun, et pas juste une jolie cerise sur le gâteau.

Dans un autre registre, HEDABIL s’attaque à un enjeu culturel et médiatique de taille : mieux comprendre l’audience des médias en langue basque. Fini le pifomètre et les estimations à l’arrache. Place à un outil commun capable d’analyser, de croiser et d’exploiter des données aujourd’hui dispersées. Une vision à 360 degrés pour renforcer un secteur qui fait vivre une langue, une culture et un territoire, de part et d’autre de la frontière.

Énergies renouvelables : brancher la prise sans couper le lien

La transition énergétique aussi se la joue transfrontalière. Le projet EKIMUGI entend démontrer que mobilité électrique et énergies renouvelables peuvent faire équipe sans se marcher sur les câbles. Véhicules électriques, autopartage, infrastructures de recharge, production locale d’énergie : tout est passé au crible pour identifier les freins, les leviers et les solutions concrètes à l’échelle de communautés énergétiques locales.

L’idée n’est pas de réinventer la roue, mais de la faire tourner intelligemment, ensemble, et avec une recharge bien calée sur les capacités du réseau. Quand l’électricité circule mieux que les idées reçues, tout le monde y gagne.

Santé : quand la nutrition traverse les frontières pour améliorer la vie

Dans le champ de la santé, le projet EINEM joue une partition plus sensible mais tout aussi stratégique. Il s’intéresse à l’impact de l’alimentation sur des personnes atteintes de sclérose en plaques. En analysant des échantillons biologiques à différents moments, les chercheurs cherchent à comprendre comment la nutrition peut influer sur l’inflammation, le microbiote et, in fine, la qualité de vie des patients.

Ici, pas de promesses miracles ni de poudre de perlimpinpin. Juste de la recherche appliquée, sérieuse, collaborative, et profondément humaine. Un exemple concret de ce que peut produire une coopération scientifique transfrontalière quand elle est bien huilée.

Agroalimentaire : incubateur sans frontières et idées qui poussent

Enfin, l’agroalimentaire et l’environnement ne sont pas en reste avec INKUBA SAREA 2. Ce projet vise à accompagner la création de nouvelles entreprises dans les secteurs agricole, agroalimentaire et environnemental. Start-up, porteurs de projets, initiatives émergentes : tout ce petit monde bénéficie d’un accompagnement collectif pour transformer des idées en activités viables, utiles et durables.

Dans un contexte où l’alimentation saine et durable n’est plus un luxe mais une nécessité, ce type d’initiative joue un rôle clé pour structurer un écosystème économique cohérent à l’échelle de l’Eurorégion.

Une mécanique bien huilée depuis dix ans

Depuis sa création en 2015, l’Appel à projets « Innovation Eurorégionale » a soutenu 52 initiatives pour un total de 2,9 millions d’euros. Ce n’est pas un coup d’éclat ponctuel, mais une stratégie au long cours. Fabrication avancée, santé, agroalimentaire, énergies renouvelables, habitat durable, industries créatives : les secteurs ciblés dessinent une économie eurorégionale plus compétitive, plus numérique et clairement tournée vers l’avenir.

En s’appuyant sur des synergies réelles, des expertises complémentaires et des infrastructures partagées, l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine Euskadi Navarre montre que la coopération transfrontalière n’est pas un concept fumeux réservé aux discours institutionnels. C’est du concret, du palpable, du mesurable.

Au final, ces sept projets racontent tous la même histoire : celle d’un territoire qui refuse de voir la frontière comme une ligne d’arrêt. Ici, elle devient une ligne de départ, un espace de circulation, un terrain de jeu pour l’innovation. Et pendant que certains dressent des murs, l’Eurorégion, elle, construit des passerelles.

Des projets qui parlent trois langues, qui bossent à plusieurs mains, et qui prouvent que l’avenir ne se fabrique pas en vase clos. Dans ce coin d’Europe, l’innovation traverse la frontière en sifflotant, le passeport dans la poche et l’envie d’aller loin. Ensemble.


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