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Empleo Egunak : le plein-emploi de la paperasse à Hendaye




Hendaye, mi-novembre. Tandis que certains comptent leurs RTT comme des jetons de poker, d’autres vont tenter de remettre un peu d’huile dans la machine à galérer : l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine Euskadi Navarre (NAEN) relance ses Journées d’Information Transfrontalière – Empleo Egunak, les 17 et 18 novembre

Derrière ce nom qui sonne comme une incantation magique pour décrocher un contrat de rêve se cache un rendez-vous sérieux, concret, et franchement utile pour quiconque bosse, vit ou galère des deux côtés de la Bidassoa.

Mais attention, ici on ne vend pas du rêve ni des jobs en télétravail au soleil. Non, on vient dépoussiérer les rouages du système, histoire que les travailleurs frontaliers arrêtent de passer leurs soirées à se battre avec l’URSSAF d’un côté et la Hacienda de l’autre. Bref, un genre de thérapie de couple administratif, où chaque paperasse apprend à parler la langue de l’autre sans finir en burn-out.

Le guichet unique

Pendant deux jours, les habitants du grand bazar eurorégional auront droit à un guichet unique : un mot doux pour dire “toutes les administrations sous le même toit”. L’idée ? Éviter aux travailleurs de jongler entre quinze numéros verts, six guichets fermés et trois rendez-vous reportés pour cause de grève du clavier.

URSSAF, DGFIP, France Travail, Lanbide, CPAM, CAF, CARSAT, Diputación, Hacienda… la bande est au complet. On dirait presque une dream team, si les sigles n’étaient pas aussi angoissants que des avis d’imposition. Les visiteurs pourront venir poser toutes les questions qui les empêchent de dormir : “je cotise où ?”, “je paie quoi ?”, “je touche combien ?”, “et si je télétravaille du salon de ma belle-mère à Irun, j’suis imposé où ?”.

Des entretiens gratuits et individuels sont proposés, sur rendez-vous, histoire d’éviter la cohue. L’an dernier, plus de 250 rendez-vous ont été casés avec une efficacité rare dans le monde de la paperasse. Une performance à saluer : réunir autant d’administrations dans la même pièce sans incident diplomatique, c’est déjà un petit miracle européen.

Un responsable glisse avec un sourire fatigué : « Empleo Egunak, c’est le guichet unique. Les gens viennent, posent leurs questions, et repartent avec des réponses claires et coordonnées. Enfin… la plupart du temps. »
On sent que l’homme a vécu quelques sessions tendues sur les subtilités de la double fiscalité.

Quand l’Europe met la main à la poche

Derrière cette belle organisation se cache un projet costaud : LANEAN – AFOMEF POCTEFA, un machin européen dont même les acronymes mériteraient un traducteur. C’est du sérieux : un budget de 2,7 millions d’euros, dont 1,77 million sort directement du tiroir-caisse de Bruxelles, via le Fonds européen de développement régional.
En gros, c’est l’Europe qui régale, et pas pour financer un buffet froid : l’objectif est de fluidifier le marché de l’emploi transfrontalier, histoire que bosser d’un côté ou de l’autre ne ressemble plus à un parcours du combattant fiscal.

LANEAN (qu’on pourrait traduire par “au boulot !” en basque) s’appuie sur trois piliers : un diagnostic commun du marché du taf, la création d’un réseau d’acteurs publics, et surtout, la mise en place de services concrets pour les travailleurs.

Les Empleo Egunak, justement, c’est l’une des pièces maîtresses du puzzle : du concret, du palpable, du guichet qui répond quand on frappe.

Comme le résume un fonctionnaire basque au verbe précis : « Avec LANEAN, on fédère tout le monde : France Travail, Lanbide, le Servicio Navarro de Empleo, Cap Emploi, Mission Locale, Bidasoa Activa, la Diputación… »
Une vraie multinationale de la paperasse, mais version coopérative. Le but, lui, reste simple : aider les travailleurs à bosser sans s’arracher les cheveux à chaque passage de frontière.

Des frontières, oui, mais pas dans les têtes

L’air de rien, ce genre d’événement cache un enjeu majeur : faire exister un service public transfrontalier digne de ce nom.
Parce que sur le terrain, entre ceux qui vivent à Hendaye et bossent à Irun, ceux qui habitent à Pampelune mais envoient leurs CV à Bayonne, ou les Français qui cotisent en Espagne sans comprendre pourquoi, le système a longtemps ressemblé à une salle d’attente sans porte de sortie.

Empleo Egunak tente de remettre un peu d’ordre là-dedans : clarifier, coordonner, et surtout coopérer.
Car derrière la façade administrative, il y a des vies réelles : des boulots à mi-temps, des familles écartelées entre deux régimes fiscaux, des retraites qui se calculent à la louche, et des travailleurs qui, faute d’infos, laissent filer des droits.

C’est tout l’intérêt de ces deux jours : rapprocher les administrations, faire parler les sigles, et éviter que le citoyen serve encore une fois de tampon entre deux machines à tamponner.

L’Europe du travail, ou l’art de l’équilibrisme

On dit souvent que “l’emploi n’a pas de frontières”. C’est joli, mais ça reste un slogan. Dans la vraie vie, les travailleurs frontaliers connaissent surtout la paperasse sans frontières, les délais qui s’étirent, et les impôts qui se croisent comme deux trains sans freins.

D’un point de vue économique, le bassin transfrontalier est une vraie pépite : des milliers de postes, un tissu d’entreprises binationales, et une main-d’œuvre qui circule sans complexe.
Mais côté administratif, c’est une autre chanson. On se croirait dans une bourse du travail kafkaïenne : chacun a sa grille, son code, son barème.

Les Empleo Egunak, c’est donc un peu la Bourse du Travail revisité façon marché commun : on y parle dividendes de coopération, cotations sociales et obligations fiscales, avec un humour qu’on espère moins plombé que le taux de chômage des jeunes.

Et pour une fois, les institutions jouent collectif : la Région Nouvelle-Aquitaine, le Gouvernement basque, la Navarre, tous mettent la main à la pâte. On pourrait presque croire à une fusion-acquisition réussie : celle de l’intelligence collective.

Des chiffres, mais pas que

Les Empleo Egunak, ce n’est pas juste une foire à la paperasse. C’est aussi une vitrine de coopération, une démonstration qu’à force de se parler, même des administrations peuvent finir par s’entendre.
Et les chiffres de 2024 parlent d’eux-mêmes : plus de 150 participants, 250 rendez-vous individuels, et un taux de satisfaction qu’on ne retrouve même pas sur les applis de rencontre.
Les gens ressortent avec des infos claires, des solutions, et parfois même le sentiment d’être enfin pris au sérieux.

Un responsable régional conclut avec flegme : « Ces journées permettent de résoudre des dossiers concrets, de rapprocher les institutions et les citoyens, et de montrer que l’Europe, ce n’est pas qu’un mot sur un drapeau. »
Bref, ici, on fait du social rentable : du capital humain qui rapporte du sens.

En résumé, ces deux jours à Hendaye, c’est la Bourse du travail version XXIe siècle, mais sans les cris de courtiers.
Un endroit où les gens viennent chercher des infos, pas des dividendes, et où l’on prouve que la coopération, ce n’est pas un mot creux.

Entre deux stands, certains visiteurs rêveront peut-être encore du “grand marché de l’emploi sans frontières”. Mais à défaut d’utopie, ils auront trouvé ici un guichet qui répond, un visage derrière un sigle, et peut-être, soyons fous, un peu d’espoir.

Et si tout ça permet à un travailleur frontalier de dormir tranquille sans cauchemarder de formulaires, alors oui, Empleo Egunak aura valu le coup.

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