Dr Osasuna : les certificats médicaux, ordonnance pour un mal bien français




Bientôt la rentrée ! Les cartables flambant neufs, les cahiers qui sentent encore l’usine à papier, les baskets prêtes à fouler le stade… et les files d’attente interminables devant les cabinets médicaux. Non pas pour sauver des vies, mais pour décrocher le sésame le plus convoité de septembre : le certificat médical. Véritable épidémie de paperasse, cette tradition nationale colle aux médecins comme une ventouse de ventoline, au grand dam des praticiens qui en ont ras le stétho

Figurez-vous que malgré les évolutions réglementaires, la France reste engluée dans sa passion pour le petit papier tamponné. Un fétichisme administratif qui ferait pâlir de jalousie un collectionneur de timbres. Clubs de sport, assurances, écoles… tout le monde veut son bout de papier signé d’un toubib. Sauf que côté médecine, ça coince grave : « consultations absurdes », « perte de temps médical », « hyperadministration »… les médecins n’y vont pas par quatre chemins pour dire qu’ils en ont marre.

Un diagnostic clair : syndrome de la paperassite aiguë

Jean-Philippe Platel, président de l’ordre des médecins du Nord, a pris la température de la situation : verdict, fièvre carabinée d’absurdités. Les certificats qui n’ont rien à voir avec un vrai soin, comme ceux exigés par certains clubs sportifs ou pour couvrir un jour de carence, plombent les agendas. Ce ne sont pas des soins, ce sont des pansements sur l’ego administratif. Et comme tout bon pansement inutile, ça coûte un bras.

Même rengaine chez Mickael Rochoy, généraliste à Outreau, à deux doigts du procès, qui alerte sur l’engorgement. Deux millions de consultations par an partiraient directement dans les limbes des certificats absurdes. Deux millions ! C’est l’équivalent de bourrer la salle d’attente avec des sportifs du dimanche et des parents inquiets, pendant que les cancéreux, diabétiques et cardiaques patientent au fond du couloir. Autant dire que dans la salle d’attente, le temps médical se fait la malle.

L’agenda médical : entre cancer et claquettes-chaussettes

Je vous plante le décor chers patients. Le Dr Delarue, en Charente, reçoit son 40ᵉ patient de la journée. Il n’est pas venu parce qu’il tousse sang et eau, ni parce qu’il suspecte un mélanome, non. Il vient pour prouver… qu’il peut taper dans un ballon rond sans faire un arrêt cardiaque. À force, certains médecins rêvent de prescrire un certificat pour « arrêt de certificats ».

Et ce n’est pas faute de rappeler qu’en mars 2022, le Code du sport a fait sa révolution : plus besoin de certificat systématique pour les fédérations. Mais, tel un bouton de fièvre qui revient toujours, certaines associations continuent à réclamer le fameux tampon. Résultat, le médecin signe, soupire, et pense intérieurement : « Voilà encore dix minutes de vie que je ne passerai pas à dépister un infarctus. »

Le paradoxe sportif : courir après la signature

Le Collège de la médecine générale a sorti la calculette. Petit exercice d’arithmétique sanitaire : avec 200 000 associations sportives non affiliées, si seulement 10 adhérents par club demandent un certificat, paf, ça fait 2 millions d’actes médicaux par an. Autrement dit, l’équivalent de l’activité de 400 médecins généralistes à plein temps. On ne parle plus d’un mal de tête, on est sur une véritable tumeur bureaucratique.

Le plus cocasse ? C’est qu’une personne pratiquant exactement le même sport devra, selon l’affiliation de son club, fournir ou pas un certificat. En médecine, on appelle ça une schizophrénie réglementaire. Les médecins, eux, appellent ça « absurde ».

Une ordonnance de bon sens : la prévention en libre-service

Alors, que faire ? Un vaccin contre la paperassite ? Pas encore disponible. En revanche, il existe une alternative : le Parcours Prévention Santé, mis en place par la fédération française d’athlétisme. Quatre étapes pour sensibiliser les sportifs aux risques, avec au bout une attestation en bonne et due forme. Pas besoin de squatter le cabinet du docteur Osasuna pour ça. Et si le coureur découvre une douleur suspecte, il est toujours libre de consulter.

Un dispositif simple, malin, qui dégonfle la bulle administrative tout en donnant une piqûre de rappel sur la prévention. Bref, un vaccin papier contre la sur-prescription de tampons médicaux.

Des chiffres qui donnent la migraine

En 2023, la France a distribué plus de 8 millions de licences sportives, dont 2,1 millions pour le foot et 1 million pour le tennis. Imaginez le nombre de certificats potentiels qui auraient pu remplir les classeurs : de quoi bâtir un mur de dossiers plus solide que la muraille de Chine.

À l’échelle du cabinet médical, cela se traduit par des heures entières passées à cocher des cases, au lieu de palper des ventres ou d’écouter des cœurs. C’est comme demander à un pompier de passer sa journée à remplir des formulaires d’autorisation pour allumer sa lance, plutôt que d’éteindre l’incendie.

Vers une médecine de triage administratif ?

Si rien ne change, certains praticiens redoutent l’émergence d’une nouvelle spécialité : la « certifi-catologie ». Des médecins formés uniquement pour tamponner les certificats sportifs et scolaires. Le stéthoscope ? Optionnel. La blouse ? Pour faire sérieux. L’ordonnance ? Remplacée par un tampon encreur. Un cauchemar digne des pires dystopies médicales.

Les patients, eux, ne comprennent plus. « J’ai dû appeler vingt médecins pour un certificat de piscine », racontent certains. À ce rythme-là, se faire prescrire un traitement contre l’anxiété de ne pas avoir son papier risque de devenir la norme.

Le pronostic vital de la médecine générale

Alors oui, il est temps de rappeler que la médecine n’est pas un guichet de supermarché administratif. La vraie médecine, c’est diagnostiquer un diabète avant qu’il ne cloue un patient au lit, dépister un mélanome avant qu’il ne s’étende, traiter une dépression avant qu’elle n’empire. Pas de tamponner à la chaîne pour savoir si Kevin peut jouer arrière gauche dimanche matin dans le club de la deuxième division de la Garenne Colombes.

Les médecins n’ont pas signé Hippocrate pour devenir scribes. Ils l’ont signé pour soigner. Et si on continue à les embourber dans la paperasse, c’est toute la chaîne de soins qui se grippe.

L’ordonnance du Docteur Osasuna

Alors voilà ma prescription :

  • Un sevrage immédiat des certificats absurdes. Comme pour l’alcool, on arrête d’un coup.
  • Une cure de prévention bien dosée, type Parcours Prévention Santé.
  • Un rappel de bon sens pour les clubs et associations : le foot du dimanche ne nécessite pas la même batterie d’examens qu’une entrée au marathon de New York.
  • Et enfin, une bonne dose de confiance dans les patients. Après tout, chacun connaît son état de santé mieux que le tampon d’un médecin pressé.

Conclusion : la France, championne du monde… du tampon

On est forts en foot, on est bons en rugby, mais notre vrai titre mondial, c’est celui de champions du tampon administratif. Un record qui ne fait pas franchement rêver. Et si, pour une fois, on décidait de rendre la médecine aux malades plutôt qu’aux clubs de pétanque ?

Après tout, il y a une ordonnance universelle que tout le monde comprend : moins de paperasse, plus de soins. Et ça, croyez-moi, c’est bon pour la tension, le cœur et même le moral.

Docteur Osasuna, qui prescrit trois cachets de bon sens matin, midi et soir, et un arrêt immédiat des certificats bidons.


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