Nous voici dans l’Espagne du XVIIe siècle ! Soleil, tapas, processions… et bûchers en série pour cramer tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une sorcière. Pas franchement la movida de Pedro Almodóvar, mais un festival noir de suie, de flammes et de procès interminables où l’Inquisition avait sorti son carnet à souches comme un contrôleur de la RENFE. Et au cœur de cette fiesta macabre : Zugarramurdi, petit village navarrais au nom imprononçable, mais à la réputation infernale
Ici, les grottes ne servaient pas à faire mûrir le fromage de brebis, mais à organiser des sabbats où, paraît-il, tout le Pays Basque venait danser la jota avec Belzébuth en guest star. Ambiance after médiéval, musique du diable et pactes en veux-tu en voilà. Du coup, les voisins, jaloux ou bigots, se sont mis à dénoncer tout ce qui bougeait, et l’Inquisition s’est pointée comme les flics à une rave non déclarée : projecteurs, interrogatoires, procès et condamnations façon menu dégustation.
Le festival de Logroño 1610 : plus de flammes que dans un feu d’artifice à Pampelune
L’affaire a culminé avec le grand procès de Logroño en 1610. Là, on n’était plus dans la petite procédure de campagne. On a déroulé le tapis rouge de la terreur : plus de 7 000 personnes citées, auditionnées, soupçonnées. Sur l’estrade : le tribunal de l’Inquisition, qui n’avait rien d’un jury de « The Voice ». Dans les coulisses : des archives remplies de délations, de confessions extorquées et d’imaginations délirantes.
Résultat ? Une vingtaine de condamnés, dont onze envoyés au barbecue collectif sur la Plaza Mayor de Logroño, devant une foule ravie d’avoir trouvé un spectacle gratuit. Le tout sous prétexte qu’ils avaient soi-disant volé la lune, dansé avec le diable et distribué des sorts comme des flyers de discothèque.
Imagine-toi mon amiii ! Un auto-da-fé plus flamboyant qu’un feu de San Juan, avec des torches, des flammes, de la musique et un parfum de chair grillée dans l’air. Le cauchemar pour les narines, mais une vraie fête pour les fanatiques persuadés d’avoir purifié le pays.
Les grottes de Zugarramurdi : boîte de nuit diabolique ou simple grange améliorée ?
Parlons un peu du décor. La grotte de Zugarramurdi, immense cavité de calcaire, est devenue l’épicentre du mythe. Selon les rumeurs, on y organisait des orgies avec le diable, des banquets de chair humaine, et des bals où les sorcières se trémoussaient à la lumière des bougies. Bref, la version médiévale de Berghain, mais sans DJ berlinois.
En vrai ? Probablement des réunions villageoises, des repas partagés, un peu de danse et beaucoup de vin local. Mais pour l’Inquisition, qui voyait le mal partout, c’était forcément un club satanique VIP. Et pour les historiens modernes, c’est devenu un site touristique incontournable : tu peux visiter la grotte aujourd’hui, avec audioguide qui t’explique où Belzébuth aurait posé son trône. L’Espagne a transformé la terreur en attraction : business is business.
Quand l’Inquisition jouait au loto avec les accusations
Il faut dire que la machine inquisitoriale carburait à la dénonciation. Un gosse qui tombe malade ? Hop, la voisine est sorcière. Un troupeau qui crève ? C’est sûrement la faute de cette vieille qui marmonne dans son coin. Les gens balançaient leurs voisins comme aujourd’hui on bloque quelqu’un sur WhatsApp : réflexe immédiat, zéro scrupule.
Résultat : une avalanche d’accusations absurdes. Certaines femmes « avouaient » avoir chevauché des boucs volants, d’autres disaient avoir participé à des banquets où on servait des enfants en ragoût. On nageait dans la fantasmagorie morbide, alimentée par la peur et par les juges qui mettaient la pression pour obtenir des aveux. Et plus tu racontais de conneries, plus ça passait pour crédible.
L’Espagne, championne du monde de l’auto-da-fé
Là où la France avait son Pierre de Lancre en mode one-man-show, l’Espagne a fait les choses en grand, en version blockbuster. L’Inquisition espagnole, installée depuis les Rois Catholiques, avait une logistique bien huilée : tribunaux itinérants, notaires zélés, bourreaux motivés. Et surtout, une propagande impeccable. Les procès de sorcellerie étaient mis en scène comme des pièces de théâtre, avec décors, sermons, processions et final pyrotechnique.
On pourrait presque parler de téléréalité avant l’heure : les accusés pleuraient, se reniaient, le public criait « à mort », et à la fin, boum, bûcher. La saison 1610 de Logroño a battu des records d’audience.
Mais au final, plus de peur que de mal ?
Paradoxalement, le procès de 1610 a été un tournant. Les juges eux-mêmes ont fini par trouver que tout ça partait un peu en sucette. Trop de témoignages bidons, trop de contradictions. À force de traquer la moindre commère, on risquait de vider tout le village. Certains inquisiteurs plus modérés (eh oui, ça existait !) ont commencé à douter de l’existence réelle des sabbats.
Résultat : après le grand feu d’artifice de Logroño, les procès pour sorcellerie en Espagne ont commencé à se calmer. Pas parce qu’on aimait plus les sorcières, mais parce que la paperasse inquisitoriale devenait trop lourde. Comme quoi, même l’administration peut sauver des vies, par simple fatigue bureaucratique.
Verdict
Les sorcières de Zugarramurdi n’étaient sans doute que des femmes marginales, des guérisseuses, des commères un peu libres dans une société corsetée. Mais l’Espagne en a fait un symbole du mal absolu, et l’Inquisition a grillé sa réputation (au propre comme au figuré). Aujourd’hui, le village vit du tourisme sorcier, vend des souvenirs avec des chapeaux pointus et accueille un musée de la sorcellerie. Ironie ultime : ce qui a coûté la vie à des innocents fait désormais tourner l’économie locale.
Moralité : le diable a peut-être perdu ses fidèles, mais pas son sens du business.
