C’est pas du pipeau : au Pays basque, la sorcière n’a pas juste laissé des cendres dans les cheminées de l’Histoire, elle a aussi foutu le dawa dans les esprits, les croyances et les habitudes sociales. Bref, ces dames en capes et chapeaux pointus ont pesé plus lourd dans la balance collective que les sermons du curé ou les discours du roi. Et c’est pas moi qui le dis, c’est les archives
Le poids de la rumeur
Les procès de sorcellerie n’étaient pas juste des faits divers sanglants, c’était de vrais feuilletons à épisodes. Un accusé, un voisin qui bave, et hop, toute la vallée s’enflammait comme un feu de Saint-Jean. L’historienne Régine Pernoud résumait ça en une formule bien balancée :
> « La sorcellerie n’est pas tant un crime qu’un miroir : celui de la peur d’une communauté. »
(Source : Pernoud, R., Les femmes au temps des cathédrales, 1980)
La sorcière, épouvantail social
Au XVIIᵉ siècle, au Pays basque, on désignait facilement les sorcières pour tout et n’importe quoi : la vache qui crève, la récolte qui foire, le gamin qui tousse. Comme l’a écrit Gustave Henningsen, grand spécialiste des bûchers ibériques :
> « Au Pays basque, le sabbat était moins une réunion de démons qu’un théâtre de la peur paysanne. »
(Source : Henningsen, G., The Witches’ Advocate: Basque Witchcraft and the Spanish Inquisition, 1980)
Résultat : la sorcière, c’était l’arme fatale pour maintenir l’ordre social. Tu l’ouvres trop ? Sorcière. Tu contestes le voisin notable ? Sorcière. Tu veux pas filer ta parcelle ? Sorcière. Un label qui faisait taire les récalcitrants plus vite qu’une matraque de gendarme.
Entre peur et fascination
Mais attention, fallait pas croire que tout le monde leur crachait dessus. Certaines sorcières étaient aussi consultées en douce pour des breuvages ou des prédictions. Comme l’écrivait Pierre de Lancre, ce juge obsédé qui a fait brûler des centaines de Basques :
> « Ces sorcières, tout en étant haïes, sont aussi aimées, car le peuple a coutume d’aller à elles pour ses maladies, ses pertes et ses curiosités. »
(Source : de Lancre, P., Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons, 1612)
Bref, c’était l’équivalent médiéval du guérisseur 2.0 : t’allais voir la vieille Margot pour un filtre d’amour après l’avoir insultée au marché. Une schizophrénie sociale à la sauce basque.
Des traces jusqu’à aujourd’hui
Encore aujourd’hui, certaines superstitions collent au bitume. On évite de balayer la maison le soir, on se méfie des chats noirs et on jette un œil aux akelarres folkloriques comme si c’était du spectacle… mais avec une petite arrière-pensée. Comme dit Julio Caro Baroja, le grand ethnologue basque :
> « La sorcière, au Pays basque, n’a jamais été seulement un personnage imaginaire : elle a été une actrice de la vie quotidienne. »
(Source : Caro Baroja, J., Las brujas y su mundo, 1961)
Verdict du chroniqueur
En gros, la sorcière, c’était l’Instagram de l’époque : tout le monde la suivait, tout le monde la critiquait, mais personne n’osait s’en passer. Un personnage craint, détesté, mais indispensable à l’équilibre des communautés. Et ça, même les juges à perruques poudrées n’ont jamais réussi à l’effacer.
