Si les sorcières basques ont laissé des traces dans les vallées, les bergeries et l’imaginaire collectif, elles ont surtout cramé dans les registres de l’Inquisition, où le papier valait parfois plus cher que leur peau. Parce que oui, amigo, entre deux saignées et trois chapelets, les curés et juges du coin se sont fait un malin plaisir de dérouler les minutes judiciaires comme d’autres épluchent des patates : à la chaîne et sans tendresse
On est au XVIIe siècle, et les procès de sorcellerie dans le Labourd font la une des chroniques locales. Le juge Pierre de Lancre débarque en 1609, mandaté par Henri IV. Son job ? Nettoyer la côte basque de ses “superstitions”. Traduction : foutre un joyeux souk en accusant à peu près tout ce qui bougeait d’avoir dansé avec le diable.
Dans son bouquin de 1612, Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons, le gars balance :
– « Il n’est village en Labourd qui ne contienne des sorciers et des sorcières… »
Bref, pour lui, c’était open-bar de la sorcellerie, une happy hour sans fin. Résultat : plus de 70 personnes envoyées au barbecue judiciaire. Ambiance feu de camp, sauf que les chamallows, c’était les accusés.
Les minutes qui sentent le souffre
Les archives judiciaires sont pleines de perles. Genre cet aveu sous la torture (Ouais les gars, on fait quand même des recherches) :
– « J’ay volé de nuict par-dessus mer, chevauchant un bâton graissé de pommade, et j’ay dansé à la prairie avecques l’ennemy. » (témoignage recueilli à Bayonne, 1609, archives départementales)
Là, t’imagines la pauvre bergère qui se retrouve à confesser qu’elle a fait un Paris-San Sebastián en mode EasyJet astral, le tout parce qu’un inquisiteur lui pressait les pouces dans des étaux.

L’Inquisition espagnole : même rengaine, autre accent
Côté espagnol, rebelote. Les procès de Zugarramurdi (Navarre) sont les plus célèbres. En 1610, l’Inquisition de Logroño organise un auto-da-fé monumental. Bilan ? 11 accusés finissent en rôtissoire, 5 autres en effigie (leurs cadavres ou effigies de paille), et plus de 20 condamnés à des peines “light” (pèlerinages forcés, confiscations, etc.).
Dans le rapport inquisitorial, on lit :
– « Fue cosa espantosa ver tantas personas de ambos sexos, de varias edades, confesar haber hecho pacto con el demonio… » (Auto-da-fé de Logroño, 1610)
Traduction maison : « C’était flippant de voir autant de monde, hommes, femmes, jeunes et vieux, avouer avoir signé un contrat en CDI avec le Diable. »
Le délire collectif
Les historiens modernes y voient moins des “sabbats sataniques” que des crises de panique collective, nourries par la misère, les rancunes de voisinage et les hivers rudes. Mais à l’époque, on appelait ça “chasse aux sorcières”, et ça faisait bosser pas mal de monde : scribes, bourreaux, confesseurs… Une vraie PME du Malin.
Les registres de l’Inquisition, conservés à Madrid ou à Pau, en disent long sur cette mécanique huilée :
Témoignage d’un voisin jaloux → accusation.
Passage à la question (la torture) → aveu de sorcellerie.
Lecture publique des “crimes” → condamnation.
Feu de joie sur la place du marché → purification.
Un cycle aussi rôdé qu’une recette de piperade.
Verdict du chroniqueur
À la fin, les sorcières basques, c’était moins du “Sorcier, sors de ce corps !” que “On va te faire payer ta différence, ton accent, ton rôle de guérisseuse“. Les procès, eux, c’était surtout un théâtre macabre où le pouvoir réglait ses comptes en faisant danser les flammes. Et si on devait résumer, ça donnerait : un cocktail explosif de croyances, de paranoïa et de ragots de voisinage, secoué par un juge en mal de carrière.
Et nous, plusieurs siècles après, on en reste baba, entre deux larmes et trois éclats de rire noir, devant cette machine judiciaire qui carburait au fantasme plus qu’à la vérité.
Discover more from baskroom.fr
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

