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Dossier Nation basque – 3 : Un Pays Basque uni : qui paie quoi ? Les inégalités Nord/Sud au cœur du débat




Un pied dans l’usine, l’autre dans le pré : si l’Euskadi carbure aux pistons de Mercedes et aux turbines d’Iberdrola, le Pays Basque Nord mise encore sur les piments, le surf, les estivants et le jambon de Bayonne. Une union des deux côtés de la Bidassoa, ça ferait joli sur la carte, mais qui sort le portefeuille pour équilibrer la fiesta ? Parce qu’à vue de nez la facture risque de piquer

1. Portrait économique contrasté : Euskadi (industrie) vs Pays Basque Nord (tourisme/agri)

D’un côté, l’Euskadi et la Navarre : les rois de la machine-outil, des biotechs et des bagnoles qui roulent. Un PIB de costaud, autour de 100 milliards d’euros, avec un chômage plus bas que les falaises de Zumaia à marée haute. Bref, une région qui bosse dans la cour des grands.

De l’autre, le Pays Basque Nord, alias Iparralde : 300 000 habitants, des vaches, du fromage et des planches de surf à Biarritz. Son PIB, c’est environ 25 à 30 milliards. Pas ridicule, mais beaucoup plus porté sur le tourisme chic et l’agriculture terroir que sur les industries lourdes. En gros, quand au Sud on fabrique des avions, au Nord on vend des billets d’avion pour venir bronzer sur la Côte des Basques.

Ce grand écart économique, c’est le premier défi d’un Pays Basque unifié. D’un côté les ouvriers casqués de Bilbao, de l’autre les bergers bérets vissées et les surfeurs en combinaison. Faudra bien trouver une façon de faire matcher les hôtels-resto avec les rouages de la machine-outil.

2. Mécanismes possibles de péréquation

Dans un État basque flambant neuf, impossible de laisser Iparralde se débrouiller avec ses seules cartes postales. Faudra des transferts, des subventions, des coups de pouce. Bref, un bon gros système de péréquation interne, version basque.

Quelques pistes :

Fonds de cohésion interne : une cagnotte alimentée par les impôts prélevés au Sud (là où ça turbine) pour arroser les projets du Nord (là où ça patauge un peu plus).

Investissements en infrastructures : moderniser routes, rails et fibre dans le Pays Basque Nord pour connecter le berger de Saint-Jean-Pied-de-Port à la start-up de Bilbao.

Transferts ciblés : aides à la formation, soutien aux PME touristiques, et pourquoi pas un fonds spécial pour maintenir les exploitations agricoles familiales.

En clair, il faudrait inventer un “Concierto Económico made in Euskadi 2.0” où le Sud sort les billets et le Nord trinque au Txakoli. Mais gare au mal de crâne quand viendra le moment de savoir combien chacun met dans le pot commun.

3. Effets sur le budget national

Faisons un petit calcul de comptoir (mais sérieux quand même). Supposons que le Nord, avec ses 300 000 habitants et son PIB de 25 milliards, ait besoin d’un petit coup de pouce pour rattraper son retard : disons 1 à 2 % de PIB transféré du Sud chaque année, soit environ 1 à 2 milliards d’euros.

Un milliard par-ci, deux par-là : ça peut paraître peanuts, mais pour un État naissant qui doit déjà financer une armée, une diplomatie, une sécurité sociale et des pintxos officiels pour les réceptions, ça fait mal. On risque de se retrouver avec un budget aussi serré qu’une combinaison de surf taille S après trois taloas à la txistorra.

Et puis il ne suffit pas de filer des sous : faudra aussi accompagner par des programmes de formation, d’innovation et de soutien au tourisme durable. En gros, créer une dynamique qui évite au Nord de devenir le “petit cousin assisté” du Sud.

4. Risques politiques : ressentiment, migrations internes, perte d’emplois locaux

Évidemment, qui dit transferts dit jalousies. Les industriels de Bilbao pourraient râler : “On bosse dur et c’est pour payer les vacances à Biarritz !” Pendant que les maires du Labourd rétorqueront : “Sans nos plages, vos usines tourneraient pour des prunes !

Il y a aussi le risque de migrations internes : les jeunes d’Iparralde pourraient descendre bosser à Vitoria ou Pampelune, laissant derrière eux un territoire de retraités et de vaches. Bonjour la désertification rurale et les villages transformés en musées du jambon.

Et si la redistribution est mal foutue, gare au ressentiment politique. On pourrait voir émerger un “parti du Nord” criant à l’injustice, pendant que le Sud demanderait l’autonomie budgétaire dans… l’État indépendant qui venait juste de naître. Un vrai sketch de Groland à la sauce basque.

5. Exemples comparatifs : comment d’autres petits pays gèrent les déséquilibres régionaux

Y’a pas que chez les Basques que ça coince entre régions riches et régions plus rurales.

Italie : le Nord industriel râle depuis des décennies de payer pour le Sud agricole. Résultat : tensions politiques à gogo.

Allemagne : après la réunification, l’Ouest a craché au bassinet pour reconstruire l’Est. Des centaines de milliards d’euros, des transferts qui continuent encore aujourd’hui. Moralité : ça coûte un bras, mais ça finit par marcher.

Espagne : l’État central redistribue entre communautés autonomes, avec des gueulantes mémorables à chaque budget.

Irlande : a su investir dans ses régions périphériques avec des fonds européens, transformant un pays pauvre en tigre celtique.

Bref, l’exemple à suivre pour le Pays Basque unifié, ce serait l’Allemagne post-réunification (mais à taille XS). Prévoir une bonne dose de patience, des milliards de transferts et un discours politique qui fait avaler la pilule. Sinon, ça risque de finir en concours de lancer de bérets entre Bayonne et Bilbao.

Bref, un Pays Basque uni, sur le papier, ça fait rêver : force industrielle au Sud, charme touristique au Nord, et un drapeau rouge-vert-blanc flottant de Bayonne à Pampelune. Mais la réalité, c’est que derrière la fête de la tamborrada, y’a des factures à payer.

La clé, ce sera une péréquation intelligente : assez de transferts pour que le Nord ne décroche pas, mais pas trop pour que le Sud ne se sente pas plumé. Un équilibre aussi délicat que de jouer de la txalaparta en équilibre sur une planche de surf.

Alors, un Pays Basque uni ? Oui, mais seulement si tout le monde accepte que l’addition soit salée. Et que, pour une fois, ce soit pas toujours le voisin qui paie la tournée.

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