L’économie, on l’a vu, peut tenir la route avec ses pintxos et ses usines de turbines. Mais le vrai chantier, c’est pas la thune, c’est les papiers. Sans l’Union européenne et sans l’euro, le futur État basque se retrouverait comme un pelotari sans main gauche : handicapé dès le coup d’envoi. Entre négociation diplomatique et saut dans le vide façon saut dans la vague Belharra, voici le grand décryptage des embrouilles politico-juridiques d’une indépendance made in Euskadi
1. Bref rappel : le statut actuel
Aujourd’hui, les Basques jouent déjà à la belote avec deux jeux de cartes différents :
Côté sud (encore Espagne), le Concierto Económico donne une autonomie fiscale quasi royale à la sauce Bilbao : la région collecte ses impôts, verse un “cupo” (quote-part) à Madrid, et basta cosi. Résultat : une liberté de manœuvre budgétaire digne d’un chef de cuadrilla qui gère la tournée des tapas.
Côté nord (encore la France), en revanche, c’est menu du jour imposé : impôts, normes et subventions made in Paris. Pas de régime spécial, sauf les dossiers régionaux. Bref, les Basques du nord restent attachés au cordon ombilical tricolore.
Cette schizophrénie institutionnelle, c’est déjà un sacré micmac. Mais en cas d’indépendance, il faudrait tout réécrire, en mode “passe-moi le stylo bic européen”.
2. Scénario A : indépendance négociée
Imaginons un divorce « à l’amiable », avec champagne, txakoli, talo-txistorra et signatures officielles. Dans ce cas, l’État basque peut frapper à la porte de Bruxelles. Mais attention : adhérer à l’UE, c’est pas comme s’inscrire au club de mus du quartier. Ça prend des années, ça demande d’être carré sur les critères de Copenhague (démocratie, économie de marché, respect des droits de l’homme, etc.), et ça se négocie article par article comme une vente d’ardi gasna au marché de Bayonne.
Procédure : demande officielle, avis de la Commission, vote du Conseil, ratifications des 27. Autant dire qu’entre un pintxo et un autre, y’aura le temps de voir passer plusieurs gouvernements espagnols et français.
Délais : dix ans dans le meilleur des cas. Les Croates ont mis 10 ans, les Roumains encore plus. Faudra être patient, même avec un kalimotxo à la main.
Conditions : reconnaître les frontières, respecter les règles fiscales, et surtout ne pas braquer Madrid ni Paris. Parce que chaque pays a son droit de veto. Autrement dit : si l’Espagne dit “no pasarán”, c’est rideau.
Bref, scénario A, c’est la voie lente, mais diplomatiquement propre. Une partie de pelote sans faute, mais avec beaucoup d’échanges.

3. Scénario B : indépendance unilatérale
Là, c’est la grande sortie en douce, façon “je claque la porte et je pars avec le chien“.
Conséquences immédiates :
Adieu fonds européens : plus de FEDER, plus de subventions agricoles, plus de fric pour retaper les routes de montagne ou les digues de Saint Jean de Luz. Un coup de massue direct dans le budget.
Frontières rétablies : aduanas à Ondarroa et Bayonne, camions bloqués, touristes coincés avec leur jambon Serrano et leurs bouteilles de Patxaran. Bonjour la galère pour les exportateurs.
Problème monétaire : sans l’euro officiel, deux choix moisis. Soit créer une nouvelle monnaie (appelons-la l'”eusko+”), avec les risques de spéculation et d’inflation dignes d’un ballon de baudruche, soit utiliser l’euro “clandestinement”, comme au Kosovo ou au Monténégro, mais sans siège à la BCE. Bref, un euro sans oreiller.
En clair : scénario B, c’est un rodéo juridique et financier. Les entreprises locales seraient obligées de jouer les acrobates fiscaux pour continuer à exporter leurs produits. Et les citoyens ? Ils risqueraient de voir grimper le prix de la baguette.
4. Impacts sur les entreprises
Pour les boîtes basques, ça serait pas une partie de pelote :
Contrats : que valent les contrats signés sous droit espagnol ou français ? Faudrait tout renégocier, et les avocats d’affaires se frotteraient les mains comme devant une assiette de chipirons.
Réglementation : les normes européennes, sans appartenance formelle, deviennent des obstacles. Exporter du fromage Idiazabal ou du jambon de Bayonne vers l’UE ? Il faudra des certificats, des inspections, des tampons à gogo.
Export/import : les flux avec l’Espagne et la France représentent 70 % des échanges. Si les barrières tombent, c’est tout un pan de l’économie qui se prend un fronton en pleine tête.
Un ancien diplomate nous glisse : « Les entreprises n’aiment pas l’incertitude. Elles veulent savoir si demain elles paient leurs salariés en euros ou en coquillages. »
5. Solutions politiques possibles et analogies historiques
Heureusement, il existe des stratégies de contournement :
Option Kosovo/Monténégro : utiliser l’euro sans autorisation officielle. Avantage : stabilité monétaire. Inconvénient : zéro influence sur la BCE, et impossibilité de planche à billets. Bref, c’est comme surfer sans planche : tu flottes, mais tu contrôles rien.
Accords bilatéraux : négocier avec Bruxelles des accords sectoriels (commerce, énergie, recherche). La Suisse le fait bien, même si elle galère parfois. Pourquoi pas Euskadi ?
Zone grise : rester dans un entre-deux flou, en attendant une vraie adhésion. Mais ça suppose de ménager la chèvre (bruxelloise) et le chou (madrilène et parisien).
Un juriste européen nous souffle : « L’Espagne défendra son intégrité territoriale comme un taureau défend son enclos. Si le Pays Basque veut avancer, il devra sortir le grand jeu diplomatique. »
En résumé :
Scénario A = long mais propre, avec un futur siège au Parlement européen.
Scénario B = immédiat mais brutal, avec douanes, perte de fonds et monnaie bancale.
Pour les Basques, la vraie partie se jouera pas sur un fronton, mais dans les couloirs de Bruxelles et les salons diplomatiques. Et autant dire que là, pas question de crier « Aupa » : il faudra plutôt négocier en costard-cravate, pintxo dans une main, traité dans l’autre.
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