Croissance en roue libre, trésoreries qui tirent la langue, chefs d’entreprises qui gardent le moral malgré la tempête : le dernier baromètre éco de la CCI Bayonne Pays Basque dresse un portrait contrasté de l’économie locale. Pas folichon, mais pas foutu non plus. Bref, l’économie basque, c’est un peu comme un surfeur à marée basse : ça tangue, ça frotte, mais ça tient debout
Le premier semestre 2025 a eu le goût d’un café trop long : tiède et sans peps. La croissance française rame à +0,8 %, et la conso des ménages fait grise mine. Heureusement, au Pays Basque, les entreprises gardent le cap… pas sans secousses, mais avec du répondant.
« Une économie en panne d’élan, mais des entreprises agiles et combatives », résume André Garreta, président de la CCI Bayonne Pays Basque. Pas faux : malgré la crise de confiance, l’inflation qui colle aux basques (+1,9 %), et la demande qui fait le mort, les patrons du coin ne se laissent pas abattre.
Le Baromètre Éco, réalisé auprès de 3 953 entreprises de Nouvelle-Aquitaine, dont 214 du Pays Basque, révèle une conjoncture molle, mais pas cassée. La moitié des boîtes gardent leur chiffre d’affaires à flot, 22 % seulement le voient grimper. Pas de quoi sabrer le cidre, mais au moins, ça tient.
Le moral des patrons : ça grince, mais ça bosse
Côté moral, les chefs d’entreprises basques ont le cuir solide. 70 % se disent confiants pour l’avenir de leur boîte, même si ça baisse de 8 points par rapport au semestre dernier.
« Quand seulement 17 % des entreprises prévoient d’investir, c’est mauvais signe », avertit André Garreta.
Et pour cause : moins d’investissement, c’est moins d’avenir. D’où son appel à « gérer avec la rigueur d’un chef d’entreprise ». Traduction : faut arrêter de cramer la caisse publique et remettre un peu d’huile dans le moteur productif.
Les trois boulets du moment ?
* La baisse de la demande (31 %),
* L’inflation (29 %),
* Et le poids des charges (27 %).
Une trilogie qui flingue les marges et serre les trésoreries. Résultat : les boîtes carburent à la prudence, en mode “on avance, mais on garde un œil sur le tableau de bord”.
Les chiffres à la louche : entre hausse, casse et angoisse
Côté immatriculations, ça frétille (+13 % sur le semestre), mais côté radiations, ça pique : +75 % de fermetures par rapport à 2024.
Au final, le solde reste positif (+256 boîtes), mais loin du feu d’artifice des années précédentes (+730 en 2024).
Bref, le tissu économique respire encore, mais on entend les coutures craquer.
Les entreprises en difficulté suivent la même pente : redressements judiciaires +48 %, liquidations +27 %. Pas glorieux, mais dans la région, c’est la même chanson.
Heureusement, côté emploi, pas de panique : les effectifs salariés bougent à peine (-0,1 %). L’industrie sauve les meubles (+1,5 %) pendant que la construction se prend un mur (-1,9 %).
Et le salaire moyen ? En hausse de 2,3 %, sauf pour l’intérim, qui se prend une claque (-12,9 %). Autant dire que la paye grimpe, mais pas assez vite pour faire oublier les notes d’électricité.

Le boulot : toujours preneur, jamais simple
Le Pays Basque reste le deuxième bassin d’emploi le plus recruteur de la région, juste derrière Bordeaux. Mais faut pas rêver : 61 % des embauches sont jugées “difficiles à pourvoir”.
Les patrons cherchent des bras, mais les bras cherchent autre chose. Peut-être un peu de vacances avant de signer un CDI.
Le taux de chômage, lui, reste planqué sous la barre des 6 %, à 5,8 % exactement. Pas mal, surtout quand on compare à la moyenne nationale.
Mais derrière les chiffres, y’a les gens : +14,7 % de jeunes au chômage, +14,6 % de cadres, et +8 % de diplômés. Autrement dit, même les têtes bien faites galèrent à décrocher la bonne place.
Sur la plateforme Emploi Pays Basque, on compte 6 133 offres par jour. Moins d’offres qu’en 2024, mais plus de mises en relation (+38 %). Le BTP et l’industrie restent les gros recruteurs, mais les CDI s’effritent (40 % seulement). L’intérim recule aussi, au profit des CDD et des contrats saisonniers. L’économie locale vit au rythme du court terme, et ça finit par fatiguer.
Ports et aéroports : entre bitume et turbulence
Côté Port de Bayonne, c’est la marée basse.
Un peu plus d’un million de tonnes ont transité au premier semestre, soit 69 000 de moins qu’en 2024. Le bitume et le maïs se portent bien (+68 % et +32 %), mais les brames plongent (-35 %). Objectif de l’année : 2,179 millions de tonnes. Pas la mer à boire, mais faut que ça reparte sec.
À l’aéroport de Biarritz, même refrain : trafic global en baisse de 5,5 % l’an passé. Les vols internationaux cartonnent (+17 %), mais les lignes intérieures font la gueule (-14 %).
Heureusement, quatre nouvelles destinations arrivent en 2025 : Amsterdam, Milan, Bastia et Figari. De quoi offrir un peu d’air à ceux qui veulent fuir la grisaille budgétaire.
Industrie : les costauds de la reprise
L’industrie basque, c’est le rugbyman du coin : cabossé mais increvable.
Les carnets de commandes se remplissent enfin, et le chiffre d’affaires frissonne (+13 de solde d’opinion).
Mais derrière la muscu, les finances tirent la langue : marges à -19, trésorerie dans le rouge pour 38 % des industriels.
Les patrons embauchent (27 % ont recruté), mais les candidats se font rares.
Côté avenir, les pros du secteur misent sur le maintien du cap, pas sur la folie des grandeurs. Investir ? Oui, mais pas plus que nécessaire.
BTP : béton armé, mais trésorerie en carton
Dans la construction, on rame avec un seau percé.
Les commandes stagnent (-14 de solde), les marges fondent (-25), et les trésoreries transpirent.
Les boîtes limitent la casse grâce à des délais de paiement moins catastrophiques, mais l’investissement s’écroule (20 % seulement ont investi).
Les pros du BTP avancent à tâtons : prudence avant tout, même si certains rêvent encore de poser la première pierre d’un vrai rebond.
Commerce : vitrines vides et poches percées
Dans le commerce de gros, c’est pas la grosse marrade : -26 sur les commandes.
Le commerce de détail survit, mais les ventes stagnent. Résultat : le secteur accuse la plus forte baisse de chiffre d’affaires (-17).
Les marges ? En chute libre. La trésorerie ? À sec pour 36 % des commerçants.
Les investissements fondent (16 % seulement ont sorti le chéquier).
Les commerçants espèrent un miracle estival, mais pour l’instant, les clients jouent les fantômes.
En centre-ville, la déprime est palpable : fréquentation en baisse pour 29 % des boutiques, trésoreries exsangues. Paradoxalement, certains ont quand même investi (29 %).
À l’inverse, les zones commerciales périphériques s’en sortent mieux : +40 % de fréquentation, meilleures marges, mais chute des investissements (de 35 % à 8 %).
Bref, le client file en périphérie, et le petit commerce trinque au comptoir.
Services : l’embellie prudente
Heureusement, dans le secteur des services, le ciel se dégage un peu.
La demande se maintient, le chiffre d’affaires remonte (23 % en hausse), et la trésorerie respire.
Les patrons y croient, recrutent, et investissent (30 % ont bougé).
Mais prudence : la fréquentation clients reste un mystère, et la confiance se dose à la pipette. Les pros espèrent une fin d’année plus cash que crash.
CHR et tourisme : les tables et les chambres font grise mine
Les cafés-hôtels-restaurants trinquent à leur tour : fréquentation en baisse, marges dans le rouge, trésoreries déprimées.
33 à 35 % des établissements voient leurs comptes se dégrader.
Pourtant, les patrons continuent d’embaucher et d’investir, misant sur la saison estivale pour renflouer les caisses.
Mais gare au retour de bâton si les touristes ne suivent pas.
Côté tourisme, c’est la gadoue : fréquentation encore en berne (-15), marges en chute (-15), trésorerie en souffrance (-25).
Les pros serrent les dents, recrutent un peu (9 %), et prient pour que le soleil fasse revenir les vacanciers.
L’avenir Flou, mais pas foutu
Au final, 70 % des dirigeants gardent confiance dans leur boîte, mais seulement 29 % dans l’économie française.
Le message d’André Garreta sonne comme une piqûre de rappel :
« Les entreprises basques, bien qu’éprouvées, restent debout. Et plus que jamais, elles doivent pouvoir compter sur un appui solide pour franchir ce cap. »
Autrement dit : la tempête n’est pas finie, mais le bateau tient bon.
Le Pays Basque a beau naviguer à vue, il le fait avec panache, et une bonne dose de résilience locale.
Parce qu’ici, même quand le baromètre annonce la pluie, on sait encore lever le coude… pour trinquer à la prochaine embellie.
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