Artotekafé : à Bayonne, le resto solidaire qui refuse de mettre la clé sous la porte




Dans le quartier des Hauts de Sainte-Croix à Bayonne, il existe un endroit où l’on ne vient pas seulement boire un café ou casser la croûte. On y refait le monde autour d’un plat chaud, on papote avec les voisins, on organise des projets, on fête les anniversaires et parfois même on se serre les coudes quand la vie met un coup de pression. Ce lieu s’appelle Artotekafé, et pour beaucoup d’habitants de la ZUP, c’est un peu la cantine du cœur, la salle commune du quartier, le bistrot où la solidarité se sert à la louche

Depuis 2013, ce café-restaurant associatif fait battre le cœur social du coin. Un endroit hybride, moitié auberge populaire, moitié laboratoire de citoyenneté, où l’on mijote autant des repas que des idées. Sauf qu’aujourd’hui, le boui-boui du partage se retrouve en plein coup de chaud financier. Si rien ne bouge dans les prochaines semaines, le rideau pourrait tomber.

Et ça, dans le quartier, personne n’a franchement envie de voir le four s’éteindre.

Une auberge sociale où chacun a sa place à table

Artotekafé, c’est un drôle de bistrot. Pas le genre d’endroit où l’on vient juste avaler un café en vitesse avant de filer au boulot. Ici, on s’installe, on discute, on rencontre du monde.

Ouvert du mardi au vendredi, de 8 h à 14 h 30, ce café-restaurant associatif fonctionne un peu comme une grande table de famille. Les habitués viennent boire leur petit noir, les voisins passent dire bonjour, des bénévoles filent un coup de main et les jeunes du quartier viennent parfois mettre les mains dans la pâte.

Et quand on parle de pâte, ce n’est pas seulement pour la cuisine.

Parce qu’Artotekafé est aussi un lieu-lien, comme disent ses animateurs. Un endroit où se croisent habitants, associations, structures éducatives, travailleurs sociaux, bénévoles et partenaires culturels.

En clair : un sacré melting-pot humain.

Un quartier, un café, et beaucoup d’huile de coude

Dans la ZUP de Bayonne, ce lieu n’est pas qu’un simple resto associatif. C’est un espace de rencontres et d’éducation populaire où les habitants peuvent se retrouver, monter des projets ou simplement souffler un peu.

On y accueille des stagiaires, des apprentis, des volontaires en service civique et des bénévoles. Certains viennent apprendre un métier, d’autres découvrir la vie associative. Et beaucoup repartent avec un peu plus de confiance dans les poches.

La grande cuisine du lieu sert d’ailleurs à bien plus qu’à préparer le déjeuner. On y organise des ateliers culinaires, des repas collectifs, des formations et des projets pour les jeunes.

Bref, c’est un peu la cuisine centrale de la solidarité locale.

Le QG des initiatives du quartier

Au fil des années, Artotekafé est devenu un véritable point de ralliement pour les habitants des Hauts de Sainte-Croix.

Le lieu accueille des réunions d’associations, des événements familiaux, des anniversaires, des baptêmes ou parfois même des moments plus délicats comme des veillées ou des hommages.

On peut aussi y organiser des rencontres ou des projets culturels avec les nombreuses structures partenaires du quartier : le centre social ESCM, la médiathèque Sainte-Croix, la Mission Locale, le lycée Lycée Etxepare, le collège Collège Albert Camus, ou encore des associations sportives et artistiques.

En gros, c’est un peu le salon commun de tout un quartier.

Des événements qui mettent l’ambiance dans la ZUP

Artotekafé ne se contente pas de servir des cafés et des assiettes. Le lieu est aussi à l’origine d’événements qui font vibrer le quartier.

Parmi eux, les rendez-vous du Zuper Collectif, qui organisent plusieurs temps forts populaires : la ZUPER FÊTE, les ZUP’HERBES MERCREDIS, le ZUPER CARNAVAL ou encore le festival hip-hop 6.4 SON.

Des événements qui attirent petits et grands, jeunes et anciens, amateurs de rap ou voisins venus juste profiter de l’ambiance.

Dans un quartier souvent caricaturé de l’extérieur, ces moments festifs rappellent une évidence : la ZUP, ce n’est pas qu’un ensemble d’immeubles. C’est aussi une communauté vivante.

Mais la caisse est presque vide

Malgré son rôle central dans la vie du quartier, Artotekafé traverse aujourd’hui une période compliquée.

Depuis 2023, l’association doit composer avec une baisse de plusieurs aides publiques et la disparition de certains dispositifs d’emplois aidés.

Résultat : le modèle économique du lieu s’est retrouvé sérieusement secoué.

Là où l’équipe espérait développer ses activités et même doubler le nombre de salariés en 2024, elle a finalement dû faire l’inverse : réduire la voilure.

Autrement dit, le resto solidaire se retrouve à cuisiner avec moins de bras et un budget qui fait la grimace.

Les habitants montent au créneau

Face à cette situation, le quartier ne s’est pas contenté de regarder la marmite se vider.

Un comité d’habitants s’est mobilisé et une pétition a déjà récolté plus de 300 signatures pour soutenir le lieu.

Preuve que l’attachement à Artotekafé dépasse largement les murs de la cuisine.

Parce que pour beaucoup d’habitants, perdre cet espace serait un sacré coup dur. Un peu comme si on fermait le salon du quartier.

Une période décisive pour l’avenir

La situation devient d’autant plus sensible qu’un autre moment charnière approche.

Le contrat de la cheffe cuisinière du lieu doit s’achever en juillet 2026. Autant dire que les prochains mois seront déterminants pour savoir si le restaurant social pourra continuer à tourner.

La période entre avril et décembre sera donc cruciale pour stabiliser la situation et préparer la suite.

Car l’objectif ne se limite pas à sauver l’année 2026. Il s’agit aussi d’imaginer l’avenir du lieu pour les années 2027 à 2032.

Une cagnotte pour éviter la fermeture

Pour éviter de voir la casserole sociale se renverser, l’association a lancé une collecte participative.

L’objectif est clair : réunir 34 000 euros afin d’assurer la continuité du projet pendant cette période délicate.

La somme permettra notamment de financer l’embauche d’un éducateur ou médiateur chargé de soutenir les activités du café-restaurant et d’accompagner les projets des habitants.

Une personne au service et à l’accueil doit également être recrutée pour épauler l’équipe pendant plusieurs mois.

Une partie du financement servira aussi à payer les charges fixes du lieu – loyer, eau, électricité, internet – et à travailler sur la construction du projet futur.

Autrement dit, de quoi remettre un peu de carburant dans la machine associative.

Un projet qui veut continuer à grandir

Car Artotekafé ne part pas de zéro. Avec treize ans d’existence, l’association a déjà tissé un solide réseau de partenaires et d’initiatives.

Un diagnostic récent réalisé dans le cadre d’un dispositif d’accompagnement a d’ailleurs permis d’identifier plusieurs pistes pour renforcer le projet.

Parmi elles : développer encore davantage la gouvernance collective et impliquer plus largement les habitants dans les décisions.

Une manière de faire évoluer le lieu vers un fonctionnement encore plus participatif.

Une page qui se tourne… et une autre à écrire

Le projet entre aussi dans une phase de transition humaine.

Plusieurs figures importantes du lieu s’apprêtent à passer le relais, dont le président Fabien Nogué, engagé depuis longtemps dans la vie associative locale.

D’autres membres historiques, comme Hélène Senmartin ou Dany Nougaro, vont également quitter leurs fonctions.

Des départs qui marquent la fin d’un chapitre… mais aussi l’ouverture d’une nouvelle étape.

Un appel à la solidarité

Aujourd’hui, Artotekafé se retrouve un peu dans la position d’un petit resto de quartier qui aurait besoin d’un coup de main pour continuer à servir la soupe.

La différence, c’est que la soupe en question nourrit aussi le lien social, la culture et la solidarité.

Alors si le quartier veut continuer à trinquer ensemble autour d’un café, il va falloir remettre un peu de monnaie dans le jukebox.

Parce qu’au fond, ce bistrot associatif n’est pas seulement un restaurant.

C’est un endroit où l’on partage bien plus qu’un repas.

C’est un lieu où l’on fabrique du collectif, où l’on cuisine du lien social et où la solidarité reste toujours au menu.

Et dans un quartier comme les Hauts de Sainte-Croix, ça vaut largement quelques tournées de soutien.


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