Faut pas croire, parce qu’il y en a qui croivent, mais Anglet, c’est pas que les rouleaux de la Chambre d’Amour, les combis qui sentent le wax et les joggers du matin avec leurs baskets fluo. Non, Anglet c’est aussi un coin où, chaque mois de septembre, ça se met à vibrer autrement qu’au son des mouettes : ça groove sévère, ça swingue à mort, bref… ça balance ! Et tout ça grâce à un rendez-vous qui a pris ses quartiers depuis 2008 : l’Anglet Jazz Festival
À l’origine, c’était une histoire de pique-nique musical, un petit délire entre copains sous les arbres, avec nappes à carreaux et trompettes à gogo. Baptisé « Jazz sur l’herbe », le truc a poussé comme une bonne vieille impro de sax : d’un riff discret, c’est devenu un solo magistral. Et depuis 2014, le machin s’appelle carrément « Anglet Jazz Festival ». Une évolution logique : un peu comme un batteur qui troque ses balais contre des baguettes en acier, ça tape plus fort, ça prend de la place, ça s’entend jusqu’à Bayonne.
En 2025, rebelote du 18 au 21 septembre : quatre jours d’orgie sonore, d’émotions cuivrées et de décibels bien élevés. Aux manettes, l’association Clef de Jazz, née en 2024, qui s’est mise en tête de filer au territoire Sud Nouvelle-Aquitaine sa dose annuelle de swing. Une bande de passionnés qui veulent que le jazz, ce soit pas un truc de vieux schnocks en veston froissé, mais bien une musique qui parle à tout le monde, du gosse curieux au mélomane barbu qui collectionne les vinyles de Coltrane en première édition.
Le festival, c’est un peu comme un bon jam : on sait où ça commence, mais on sait jamais trop où ça finit. D’abord trois soirées au Théâtre Quintaou, la scène classe du coin, où ça envoie du lourd sans pluie ni moustiques. Puis, pour finir, direction le Domaine de Quintaou avec « Jazz sur l’herbe » : ambiance pique-nique musical, tartine de pâté dans une main, contrebasse dans l’autre. Un dimanche comme on les aime, version sud-ouest sauce swing.
Une prog’ qui fait le grand écart
Le directeur artistique, Marc Tambourindéguy (ça ne s’invente pas, un blaze pareil, on dirait déjà une ligne de basse !), l’explique bien : ici, le jazz, c’est l’ouverture totale. Pas de chapelle, pas de cloison, pas de garde-barrière. Ça joue de tout : du flamenco qui flambe, du cubain qui chaloupe, du vocal qui envoie, du guitariste qui s’acoquine avec un violoncelle… Bref, c’est comme une carte de tapas : y en a pour tous les goûts et on ressort repu.
Jeudi 18 septembre, bim, on ouvre le bal avec Shades, un groupe de vocalistes qui revisitent les vieux standards. Imagine Sinatra qui aurait pris le métro B ligne moderne : ça sonne, ça brille, et ça envoie de l’énergie comme une jam improvisée dans une cave de Harlem. Et derrière, grosse claque ibérique avec le Daniel Garcia Diego Trio. Ça sent l’Andalousie, les talons qui frappent et les nuits d’été brûlantes. Du piano qui chaloupe, du flamenco qui copule avec le jazz… bref, un cocktail qui te file des envies de tapas à minuit.
Vendredi 19, deuxième manche. On attaque avec Jean-Pierre Como 4tet : là, on est dans le sérieux, le solide, le costaud qui pose ses notes comme un maçon pose des briques. Son dernier album, « Infinite 2 », c’est de l’orfèvrerie. Et pour finir la soirée, gros détour par Madrid avec le Cuban Jazz Syndicate. Attention, là c’est pas du toc : des cubains de Madrid qui balancent des rythmes Yoruba, de la rumba sauce jazz, le genre de son qui te donne envie de bouger même si t’as les deux pieds coincés dans le béton.
Samedi 20, on sort les gros calibres. Pierre Tereygeol, chanteur et guitariste, débarque avec son pote Guillaume Latil au violoncelle. Le duo balance des créations inédites, tout en finesse, tout en complicité. Et juste après, bam, on monte encore d’un cran avec The Hookup, un quatuor flambant neuf qui réunit la fine fleur du jazz français et international. Les mecs reprennent des standards, mais les tordent, les triturent, les refont à leur sauce. Le résultat ? Ça dépote, ça groove, ça te colle la banane. Et pour les plus résistants, la soirée file jusqu’aux Écuries de Baroja pour une jam session. Ambiance moite, musiciens qui se relaient au pied levé, bière à la main et notes qui s’entrechoquent. Bref, la vraie vie.
Dimanche 21, retour aux sources avec « Jazz sur l’herbe ». Ça se passe au Parc de Baroja (et si la pluie s’invite, pas de panique, repli direct au Théâtre Quintaou). On commence avec Vowski, lauréat du tremplin 2025 d’Action Jazz Nouvelle-Aquitaine et primé FIP, autant dire que le gars, c’est du sérieux. Ensuite, place au Jean-Luc Fabre 4tet, qui fait déjà son petit chemin sur les scènes hexagonales. Et pour finir, le trio d’Étienne Manchon, déjà reconnu comme l’un des plus prometteurs du moment et loin d’être un manchot. Résultat : une aprem entière à chiller sur l’herbe, sandwich au jambon dans une main, groove dans l’autre oreille.
De « Jazz sur l’herbe » à festival qui envoie du lourd
L’histoire, c’est un peu celle d’un jam qui aurait trop bien pris. En 2008, une poignée de mordus de jazz se disent qu’un dimanche à Anglet, ça pourrait être sympa d’écouter autre chose que les vagues et les scooters. Ils sortent les nappes, installent deux enceintes et baptisent ça « Jazz sur l’herbe ». Un petit délire de pique-nique musical, tranquille, ambiance guitare sèche et saucisson.
Sauf qu’ici, on est au Pays basque. Et au Pays basque, quand un truc prend, ça prend grave. Résultat : le machin attire vite plus de monde qu’un concours de force basque avec bière gratuite. Les années passent, la mayonnaise monte, les musiciens affluent, le public grossit. Et en 2014, paf, changement de nom, changement de dimension : c’est plus un pique-nique, c’est un festival. Et pas n’importe lequel : l’Anglet Jazz Festival, qui va devenir un des gros rendez-vous culturels du coin.
Aujourd’hui, on en est à la 17e édition. Et le festival, c’est devenu une sorte d’ovni : à la fois hyper pointu, avec des artistes internationaux qui claquent, et hyper familial, où tu peux débarquer avec tes gosses, ta glacière et ton chapeau de paille. C’est ça, le mojo : un festival de ouf, mais sans chichi, sans tapis rouge, sans sécurité qui te fouille le sac à dos comme à Bercy. Ici, le jazz se vit au naturel, comme une bonne txuleta à la braise : simple, efficace, généreux.
Clef de Jazz : les allumés derrière la machine
Pour comprendre l’énergie du festival, faut mater du côté de l’asso qui pilote : Clef de Jazz. Créée en 2024, elle a repris le flambeau comme une section rythmique qui reprend le groove au pied levé. Leur credo ? « Développer la culture jazz en Sud Nouvelle-Aquitaine ». Dit comme ça, ça sonne sérieux. Mais en vrai, ça veut dire : foutre du swing dans les oreilles de tout le monde, partout, tout le temps.
Et ces gens-là, c’est pas des guignols. Ils organisent le festival, gèrent les tremplins pour jeunes artistes, mettent en place des concerts toute l’année et bossent main dans la main avec les écoles de musique, les assos locales, les institutions. Bref, ils jouent collectif. Et dans leur partition, y a un leitmotiv : transmettre. Que le jazz soit pas un musée avec Coltrane en vitrine, mais bien une musique vivante, en mouvement.
Tarifs coolos et accessibilité max
Autre truc qui fait plaisir : ici, t’as pas besoin de braquer une banque pour aller écouter du son. Les concerts du Théâtre Quintaou sont payants, ouais, mais les tarifs restent super accessibles : 22 balles pour un soir, 55 si tu veux le pass trois soirs. Et pour les étudiants, les mômes et les touristes, c’est encore moins cher. Bref, de quoi t’en mettre plein les oreilles sans finir en PLS devant ton banquier.
Et cerise sur le gâteau : le dimanche, c’est gratos. « Jazz sur l’herbe », c’est open bar pour tout le monde, sauf pour les bières, évidemment. Là, tu viens, tu poses ta nappe, tu tends l’oreille et tu profites. Y a des gamins qui dansent, des mamies qui battent la mesure, des ados qui découvrent que le jazz, c’est pas juste la BO de La La Land. Un vrai moment populaire, dans le bon sens du terme.
Un état d’esprit
Au fond, l’Anglet Jazz Festival, c’est une ambiance de ouf comme dirait ma fille. C’est le plaisir de voir un public hétéroclite, du surfeur en tongues au quinqua costard-cravate, taper du pied ensemble. C’est des bénévoles qui s’arrachent pour monter la scène, des technos qui bricolent des réglages improbables et des musiciens qui, une fois leur set terminé, descendent dans le public pour boire un verre.
Ça respire la simplicité, la convivialité. Pas de posture, pas de star-system. Le jazz, ici, c’est une fête. Et c’est sûrement pour ça que ça marche : parce qu’on a tous besoin, une fois l’été qui décline, d’un shoot de chaleur humaine.
Infos pratiques pour pas rater le groove
– Dates : du 18 au 21 septembre 2025, Théâtre Quintaou à Anglet, et le 22 septembre pour « Jazz sur l’herbe ».
– Tarifs : 22 € la soirée, 55 € le pass 3 soirs. Réductions pour les jeunes, étudiants et autres publics. Et bien sûr, dimanche, c’est cadeau.
– Lieu : Théâtre Quintaou (pour les concerts), puis parc pour le final champêtre.
– Ambiance : conviviale, populaire, festive. Ramène ta nappe, ton chapeau et ta bonne humeur.
Pourquoi faut pas louper ça ?
Parce qu’un festival comme ça, t’en trouves pas à tous les coins de rue. C’est à taille humaine, mais avec une programmation de malade. C’est pointu, mais jamais chiant. C’est festif, mais pas beauf. C’est basque, mais ouvert sur le monde. Bref, c’est un concentré de ce qui fait qu’on aime la musique : la rencontre, l’émotion, le partage.
Alors ouais, tu pourrais rester chez toi à mater Netflix. Mais franchement, entre un solo de contrebasse au coucher de soleil et une énième série sur des flics dépressifs, le choix est vite fait.
