« Ángela » : la mini-série espagnole qui nous scotche au canapé




Y’a des séries qu’on mate comme on grignote des chips : sans grande conviction, en attendant que ça passe. Et puis y’a celles qui débarquent, claquent la porte comme un cliffhanger de fin de saison, et te tiennent par le col jusqu’au générique. « Ángela », arrivée le 26 septembre sur Netflix, c’est exactement ça : une mini-série ibérique qui n’a besoin que de six épisodes pour t’enfiler des montagnes russes émotionnelles. Pas étonnant qu’elle squatte déjà le podium des tendances, à peine 24 heures après son atterrissage

Imaginez une sorte de crossover entre Big Little Lies et La Casa de Papel, mais sans les cagoules rouges et avec beaucoup plus de regards lourds dans des cuisines froides. Du thriller psychologique bien serré, avec un soupçon de drame familial qui ferait pleurer même un abonné d’Amazon Prime. Ben voilà ! Z’êtes bien tombé !

Le pitch façon bande-annonce

« Ángela Recarte menait une vie parfaite… jusqu’au jour où la vérité a débarqué avec ses gros sabots. » Voilà comment on résumerait la série si on devait écrire la voix off de la bande-annonce. La dame, mère de deux filles, se coltine en réalité un mari toxique, Gonzalo, qui n’est pas vraiment le prince charmant mais plutôt le cousin éloigné de Joe dans You. Entre manipulations, violences psychologiques et une disparition mystérieuse dans le placard familial (la fille aînée disparue trois ans plus tôt), l’ambiance est plus glauque qu’un épisode de Black Mirror tourné un lundi matin pluvieux.

Et comme si ça ne suffisait pas, un ancien camarade de classe débarque, Eduardo. Sauf que dans ce genre de script, le pote d’hier est rarement l’ange gardien d’aujourd’hui. Suspense, trahisons, retournements de veste : bref, un buffet à volonté de twists, comme Netflix sait si bien en servir.

Casting : les Avengers du drama ibérique

Côté casting, c’est pas les figurants de téléfilm du dimanche après-midi :

  • Verónica Sánchez (qu’on a déjà vue cogner dans Sky Rojo et pleurer dans The Pier) est bluffante en mère paumée, coincée entre survie et syndrome de Stockholm.
  • Daniel Grao, en mari qui passe du sourire Colgate au regard glaçant en deux secondes, a de quoi filer des cauchemars plus solides qu’un marathon American Horror Story.
  • Et puis y’a toute une ribambelle de seconds rôles qui, à la manière d’un Game of Thrones, pourraient presque mériter leur spin-off : Jaime Zatarain en pote ambivalent, Lucía Jiménez en Esther la mystérieuse, et même Ane Gabarain (qu’on a déjà adorée dans Patria).

Bref, un casting où personne ne joue faux, où même les silences ont l’air écrits par un scénariste sous perfusion de café.

Mise en scène : quand Bilbao se prend pour Twin Peaks

La série est tournée en grande partie au Pays basque espagnol, dans la province de Bizkaia. Et ça se sent. Chaque plan a l’air de te murmurer : « Attention, quelque chose de pas net se trame derrière ce joli pont de pierre ». Les falaises, la brume, les villages qui ont l’air trop jolis pour être honnêtes : tout participe à l’ambiance. C’est comme si les décors avaient été castés au même titre que les acteurs. On dirait presque un personnage supplémentaire, un peu comme Baltimore dans The Wire ou Albuquerque dans Breaking Bad.

Résultat : même quand il ne se passe rien, on flippe. Et quand il se passe quelque chose, on flippe encore plus.

Le scénario est adapté de la série britannique Angela Black (2021), signée Harry et Jack Williams. Les Espagnols ont repris la recette mais en y ajoutant leur petite touche de paprika dramatique. Les six épisodes filent à la vitesse d’une saison entière de 24h Chrono, sauf qu’ici, le compte à rebours est surtout psychologique.

Chaque épisode s’ouvre comme un nouveau chapitre, avec ses moments WTF (tu cries « Mais pourquoi tu fais ça Ángela ?! » devant ton écran), ses respirations trompeuses, et ses cliffhangers qui t’empêchent d’aller te coucher à une heure décente.

Violence conjugale : le vrai boss final

Sous ses airs de thriller à suspense, « Ángela » parle surtout de violences domestiques. C’est là toute sa force : pas besoin de flingues ou de mafieux pour instiller la peur, juste un mari qui manipule mieux que Walter White ses formules de chimie. Daniel Grao arrive à rendre Gonzalo séduisant et terrifiant à la fois, ce qui nous met dans la même galère que la pauvre Ángela : on sait qu’il est toxique, mais on reste scotchés à chacune de ses apparitions.

Le spectateur se transforme un peu en psy de comptoir, hurlant à l’écran : « Mais quitte-le enfin ! »… avant de réaliser que justement, c’est pas si simple.

Dès la première scène (un bateau, une ambiance lourde, un silence qui pèse une tonne), on comprend que la série ne va pas nous caresser dans le sens du poil. Chaque épisode monte en puissance, comme une saison de Breaking Bad compressée en version shot d’espresso.

La scène du repas du premier épisode est un bijou de malaise : on ne sait plus ce qui est vrai, ce qui est inventé, si Gonzalo dit la vérité ou s’il réécrit la réalité minute par minute. C’est exactement le genre de séquence qui rappelle les meilleurs moments de The Handmaid’s Tale, où la tension tient à un mot, un regard, un plat mal posé sur la table.


Six épisodes, pas un de plus, pas un de moins. C’est comme une mini-saison que tu peux torcher en deux soirées de binge, avec le sentiment d’avoir vu une histoire complète, sans les longueurs inutiles de certaines séries qui tirent à la ligne façon Walking Dead saison 7. Ici, tout est tendu, calibré, sans gras.

On pourrait même dire que « Ángela » c’est le True Detective espagnol : court, intense, noir, et qui laisse une trace.

Le verdict du critique

Alors, est-ce que ça vaut le coup de sacrifier tes soirées d’automne pour cette mini-série espagnole ? Clairement oui. Parce qu’en six épisodes, tu vis une expérience plus forte que dix saisons de sitcom américaines. Parce que Verónica Sánchez et Daniel Grao livrent un duel digne d’un House of Cards domestique. Et parce que Netflix prouve encore qu’entre deux productions génériques, ils savent aussi dégoter des pépites qui mettent la barre très haut.

C’est pas parfait : certains twists sont un peu attendus, et les amateurs de happy ends vont ressortir avec la mine d’un fan de Game of Thrones après la saison 8. Mais l’ensemble est tellement efficace qu’on pardonne tout.

Note finale : ★★★★☆

4 étoiles sur 5.
Parce que comme dans Lost, on en redemande, même si parfois on se dit « mais où ils vont avec ce scénario ? ».
Parce que comme dans The Crown, on reste scotchés par le jeu des acteurs.
Et parce que comme dans Stranger Things, on se dit que Netflix a encore réussi son coup.


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