C’est la soupe à la grimace sur les marchés américains. Après avoir déjà pris une belle tôle la veille, Wall Street a remis ça pour la dernière séance de la semaine. Les indices faisaient la tronche avant même le coup d’envoi : le S&P 500 recule de 0,36 %, le Nasdaq de 0,51 %. En clair, ça sent le repli général et le moral des investisseurs vaut à peu près celui d’un ticket de loto perdant. Pour ne rien arranger, le très attendu indice de confiance du Michigan s’invite à la fête dans l’après-midi, pendant que les chiffres de l’emploi restent planqués sous le tapis à cause du shutdown. Et comme si ça ne suffisait pas, la saison des résultats tire sa révérence avec un bouquet final aussi contrasté qu’un tableau de Mondrian
La veille, les boursicoteurs avaient déjà pris une claque monumentale. Le Dow Jones a perdu 0,84 % à 46 912 points, pendant que le Nasdaq s’écrasait à -1,9 % pour atterrir à 23 053 points. En cause : les valeurs techno, qui ont fait plouf façon Titanic. Une étude signée Challenger, Gray & Christmas a mis le feu aux poudres en annonçant la destruction de 153 074 postes le mois dernier, soit une hausse de 183 % par rapport à septembre. Autant dire que les investisseurs ont eu un petit coup de chaud. Seule éclaircie dans la tempête : Snap, qui a fait le show grâce à des résultats meilleurs qu’attendu et un partenariat clinquant avec la start-up d’IA générative Perplexity. De quoi redonner un peu le sourire aux traders, entre deux cafés bien serrés.
Le Michigan en arbitre du moral des foules
Tout le monde a les yeux rivés sur l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan, attendu à 16 heures pétantes. Ce baromètre, c’est un peu la météo du moral américain : s’il pique du nez, Wall Street tousse ; s’il remonte, les traders sabrent le champagne. Sauf que cette fois, le contexte n’a rien d’un long fleuve tranquille : entre inflation encore collée aux basques, emploi en dents de scie et politique monétaire sur le fil, les investisseurs naviguent à vue. En somme, le marché joue les montagnes russes, et pas sûr que tout le monde ait bien attaché sa ceinture.
Airbnb : la maison est belle, mais pas fofolle non plus
Chez Airbnb, le troisième trimestre sent la stabilité tranquille. Le géant de la location a empoché 1,4 milliard de dollars de bénéfice net, soit kif-kif bourricot par rapport à l’an dernier. Le bénéfice par action grimpe gentiment de 4 % à 2,21 dollars, là où les analystes misaient sur un peu plus (2,31). Pas de quoi sauter au plafond, mais pas non plus de quoi pleurer dans son verre. Le chiffre d’affaires, lui, gonfle de 10 % à 4,1 milliards, porté par un joli +9 % sur le nombre de nuits réservées. En gros, la boîte reste rentable, même si elle n’enflamme plus les foules comme à ses plus beaux jours de post-COVID.
Block : la machine à cash fait tousser
Pour Block (ex-Square), c’est la gueule de bois. Le groupe a bien sorti 462 millions de dollars de bénéfice net, contre 284 millions un an plus tôt, mais les chiffres ne font pas frétiller la Bourse. Le bénéfice par action (0,54 dollar) se paie même le luxe d’être 9 cents sous le consensus. Résultat : les investisseurs font la moue. Le chiffre d’affaires grimpe mollement de 2,3 %, à 6,11 milliards, alors que le marché espérait 6,34 milliards. Bref, la croissance patine un peu. Certes, les paiements traités bondissent de 12 %, mais à Wall Street, la patience n’est pas une vertu boursière : quand ça ne dépasse pas les attentes, ça dévisse.
Comcast lorgne la perf anglaise
Du côté de Comcast, on a les crocs. Le géant américain, propriétaire de Sky, se verrait bien gober la branche médias d’ITV pour la modique somme de 2,15 milliards de dollars. Une broutille, dira-t-on, pour un groupe qui rêve de devenir le boss de la télé commerciale au Royaume-Uni. Mais attention : l’affaire va sûrement se taper un contrôle réglementaire XXL. Parce que si Comcast met la main sur ITV, il pourrait devenir le parrain du marché publicitaire anglais, et ça, ça fait tiquer les autorités. En attendant, les spéculateurs, eux, se régalent : l’action ITV s’est déjà offert un petit rallye boursier sur la rumeur.
✈️Expedia décolle sans turbulence
Expedia, c’est le bon élève de la classe. Son résultat net bondit de 40 % à 959 millions de dollars, son bénéfice par action grimpe de 23 % à 7,57 dollars, et le chiffre d’affaires file à 4,412 milliards, bien au-dessus des prévisions. Bref, la boîte de voyages en ligne carbure à plein régime. Les réservations brutes montent de 12 %, et les investisseurs en redemandent. Dans un marché où tout le monde fait la tronche, Expedia, elle, se la coule douce en première classe, cocktail à la main.
NewsCorp : Murdoch junior fait ses comptes
Chez NewsCorp, on sabre le champagne (en plastique, crise oblige). Le groupe de médias piloté par Lachlan Murdoch, fiston de l’inoxydable Rupert, a sorti des résultats au-dessus du consensus. Le bénéfice par action atteint 22 cents, contre 21 attendus, et le chiffre d’affaires grimpe à 2,14 milliards. Pas de révolution, mais assez pour rassurer les actionnaires. Les segments Dow Jones et immobilier numérique tirent la baraque, pendant que le reste du conglomérat fait le dos rond. Murdoch fils prouve qu’il sait encore manier la calculette, même si la presse papier n’a plus vraiment la cote.
Take Two : GTA VI fait encore de la résistance
C’est reparti pour un tour ! Take Two Interactive a encore repoussé la sortie de son messie vidéoludique, Grand Theft Auto VI. Initialement prévu pour mai 2026, le jeu sortira finalement en novembre 2026. Rockstar Games joue la montre et promet que ces six mois de rab permettront de peaufiner la bête « pour atteindre le niveau d’exigence que les fans méritent ». Les gamers, eux, ont envie de casser leur manette, mais les investisseurs relativisent : mieux vaut un GTA en retard qu’un fiasco technique façon Cyberpunk 2077. Patience, donc, le jackpot n’en sera que plus sucré.
Tesla : Musk empoche le pactole
Chez Tesla, c’est Noël avant l’heure pour Elon Musk. Les actionnaires ont validé à 75 % une rémunération astronomique de près de 1 000 milliards de dollars pour leur gourou électrique. Un pactole à débloquer sous forme d’actions, bien sûr, et conditionné à des objectifs plus perchés qu’une fusée SpaceX. En prime, le conseil d’administration a eu le feu vert pour investir dans xAI, la start-up d’intelligence artificielle du même Musk. Autant dire que le bonhomme continue de se gaver de stock-options comme d’autres de nachos. Pendant ce temps, les petits porteurs se consolent en se disant qu’ils possèdent un bout du rêve… même si ce bout-là fond aussi vite qu’une batterie en plein désert du Nevada.
Et maintenant ?
Bref, la Bourse américaine a un peu la gueule de bois, coincée entre des résultats inégaux, un moral économique en berne et une confiance des consommateurs sous haute surveillance. Les traders scrutent les chiffres du Michigan comme d’autres guettent la météo avant un krach. Si l’indice rebondit, les cours suivront peut-être le mouvement. Sinon, préparez les parachutes : les portefeuilles risquent de continuer leur descente aux enfers. En attendant, le seul indice qui reste vraiment à la hausse… c’est le niveau de stress.
