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Wall Street fait grise mine : l’inflation se dégonfle, les traders se renfrognent




À quelques minutes de l’ouverture, ça sentait déjà le café froid et la mine chiffonnée du côté de Wall Street. Les futures sur le S&P 500 lâchent 0,21 %, ceux du Nasdaq 0,29 %. Pas l’effondrement de la planète finance, non. Plutôt le petit coup de mou du trader qui a trop regardé Bloomberg et pas assez dormi. Pourtant, sur le papier, l’inflation américaine a ralenti plus que prévu en janvier. Oui, ralenti. Mais en Bourse, même une bonne nouvelle peut faire plouf si elle ne rentre pas pile-poil dans le scénario écrit par les marchés

À 14h30 tapantes, le Département du Travail a dégainé son indice des prix à la consommation. Verdict : +2,4 % sur un an en janvier, contre 2,7 % en décembre. Le consensus attendait 2,5 %. Autrement dit, l’inflation a mis un coup de frein un peu plus appuyé que prévu. Les prix montent toujours, mais ils montent moins vite. En données sous-jacentes, sans l’énergie et l’alimentaire, les deux divas imprévisibles du panier, on est à 2,5 % sur un an.

Sur un mois, la hausse s’établit à 0,2 % en données totales et 0,3 % en sous-jacent. En décembre, c’était 0,3 % et 0,2 %. Bref, ça tourne, ça ajuste, ça tricote. Le marché, lui, fait ses comptes comme un comptable sous amphétamines : chaque dixième de point devient un mini-séisme.

La Fed en chef d’orchestre… et les marchés au garde-à-vous

Pourquoi ce petit air de repli alors que l’inflation se tasse ? Parce que la Bourse n’aime pas les surprises, même quand elles sentent bon la désinflation. Les investisseurs avaient déjà digéré des chiffres de l’emploi bien plus costauds qu’attendu – 130 000 créations de postes contre 75 000 espérées. Du solide, du costaud, du « ça carbure encore ».

Résultat : l’économie américaine ne donne pas franchement l’impression d’être en train de caler. Et quand la machine tourne encore rond, la Fed n’a pas forcément envie de sortir la seringue à liquidités. L’assouplissement monétaire, que certains espéraient voir débarquer comme le Père Noël en plein printemps, semble s’éloigner. La banque centrale garde la main sur le robinet des taux, et les marchés, ces grands enfants gâtés, font la moue.

En clair : moins d’inflation, c’est bien. Mais si ça ne suffit pas à convaincre la Fed de baisser les taux rapidement, les traders remballent leur euphorie. La Bourse, c’est un peu comme un marché aux puces géant : on négocie des anticipations, pas des certitudes.

Résultats à gogo : le bal des publications fait vibrer la cote

Heureusement, la séance ne se résume pas à un duel CPI contre Fed. Après la cloche de la veille, les entreprises ont sorti l’artillerie lourde : chiffres, perspectives, promesses. Du cash-flow à la pelle, du BPA qui clignote, du chiffre d’affaires qui swingue.

Applied Materials, poids lourd des équipements pour semi-conducteurs, pourrait faire un joli rally. Le groupe table sur environ 7,65 milliards de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre, à plus ou moins 500 millions, quand les analystes visaient 7,01 milliards. Autant dire que la boussole du consensus s’est retrouvée un poil déréglée.

Sur le premier trimestre, la société affiche 7,01 milliards de dollars de revenus, au-dessus des attentes, et un bénéfice ajusté par action de 2,38 dollars contre 2,20 anticipés. L’essor de l’intelligence artificielle et la pénurie mondiale de mémoire dopent la demande en équipements. Quand l’IA fait chauffer les serveurs, Applied Materials encaisse les tickets. La techno, ça reste le nerf de la guerre boursière.

Rivian, de son côté, donne un coup d’accélérateur. Le constructeur de véhicules électriques a publié des résultats supérieurs aux attentes et vise entre 62 000 et 67 000 livraisons cette année, soit une progression de 47 % à 59 % par rapport à 2025. Ça envoie du watt. Les revenus trimestriels atteignent 1,7 milliard de dollars, pour un chiffre d’affaires annuel en hausse de 8 % à plus de 5,3 milliards. La perte nette annuelle recule à 3,6 milliards contre 4,75 milliards en 2024. On reste dans le rouge, mais le rouge pâlit un peu. En Bourse, c’est déjà un motif pour sortir les confettis.

Instacart, le spécialiste de la livraison de produits alimentaires, devrait aussi bondir à l’ouverture. Son chiffre d’affaires trimestriel atteint 992 millions de dollars, au-dessus des 974 millions attendus. Le bénéfice par action ressort à 0,30 dollar, en dessous des 0,52 escomptés, mais le marché semble davantage regarder le tableau d’ensemble. Le bénéfice net s’établit à 81 millions de dollars et l’Ebitda ajusté grimpe à 303 millions, au-dessus des prévisions. Les courses livrées à domicile continuent de faire tourner la caisse.

Airbnb n’est pas en reste. Le titre progresse de 6 % en pré-ouverture. Au quatrième trimestre, le chiffre d’affaires atteint 2,78 milliards de dollars, mieux que les 2,72 milliards anticipés. Le bénéfice par action recule à 0,56 dollar contre 0,66 attendu, et le bénéfice net ressort à 341 millions de dollars, en baisse par rapport aux 461 millions un an plus tôt. Des investissements stratégiques et des charges exceptionnelles expliquent ce repli. Mais les perspectives pour le trimestre en cours, avec des revenus attendus entre 2,59 et 2,63 milliards de dollars, dépassent le consensus de 2,53 milliards. Les marchés aiment quand les carnets de réservation sonnent plein.

Tout n’est pas rose pour autant. Pinterest devrait accuser le coup à l’ouverture. Son bénéfice par action ressort à 0,67 dollar au quatrième trimestre, un poil sous les 0,69 attendus. Le chiffre d’affaires, à 1,32 milliard de dollars, est conforme aux attentes. Mais les prévisions pour le premier trimestre, entre 951 et 971 millions de dollars, sont inférieures aux 980 millions espérés par les analystes. Et en Bourse, la déception, même microscopique, peut coûter cher. Les investisseurs ont la gâchette facile.

Entre désinflation et désillusion, la valse des anticipations

Au fond, cette séance ressemble à un parquet en équilibre sur un fil. D’un côté, une inflation qui se calme un peu, de l’autre, une économie qui ne s’écroule pas et une Fed qui pourrait temporiser avant de sortir le grand jeu monétaire. Les marchés naviguent à vue, scrutant chaque statistique comme s’il s’agissait du dernier indice avant le gong final.

La finance adore les métaphores guerrières : bataille des taux, munitions budgétaires, front de l’inflation. Mais en ce vendredi, c’est surtout une histoire de tempo. L’économie américaine ne donne pas de signes d’asphyxie, l’inflation ralentit plus qu’attendu, et pourtant la Bourse recule. Parce que les investisseurs ne jouent pas le présent, ils spéculent sur le prochain coup de sifflet de la Fed.

En attendant, les écrans clignotent, les courbes s’agitent et les traders jonglent avec leurs positions comme des forains avec des billets verts. Ça shorte, ça couvre, ça hedge à tout-va. L’argent n’a pas d’odeur, mais il a parfois des sueurs froides.

Wall Street, fidèle à elle-même, oscille entre euphorie et paranoïa. Un dixième de point d’inflation en moins, et ça rêve de détente monétaire. Un marché de l’emploi trop robuste, et ça redoute un statu quo prolongé. La Bourse, c’est un peu un film à suspense permanent : on connaît les chiffres, mais jamais vraiment la réaction.

Ce vendredi, le scénario est clair : inflation en recul à 2,4 %, cœur de l’inflation à 2,5 %, marchés en léger repli, résultats d’entreprises qui mettent l’ambiance, et Fed en arbitre silencieux. Le reste ? Une question de psychologie collective, de flux de capitaux et de paris plus ou moins audacieux.

En somme, le grand casino boursier continue de tourner. Les jetons passent de main en main, les indices vacillent, et chacun essaie de lire entre les lignes des communiqués économiques. L’inflation a levé le pied, mais la prudence, elle, garde le pied sur le frein. Et à Wall Street, même quand les prix se calment, le cœur des marchés, lui, continue de battre à cent à l’heure.

Source : Zone Bourse

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