Entre deux réunions de traders stressés, trois cafés serrés et une avalanche de courbes qui piquent les yeux, la semaine boursière s’est achevée comme un vieux soufflé : en retombant doucement mais sûrement. Presque toutes les places financières européennes ont terminé en mode « ventre mou », un peu comme un portefeuille qui aurait abusé de l’effet de levier. Seules Paris et Londres ont tenté un petit numéro de funambules, évitant de peu de finir au tapis
Petit état des lieux : le CAC 40, en mode radin de performance, a sorti un minuscule +0,02 %. Autant dire que même un livret A aurait pu lui coller une fessée. Avec un repli hebdomadaire de 2,29 %, l’indice parisien signe sa plus mauvaise cuvée depuis la fin août, une véritable piquette boursière. Pendant ce temps, l’EuroStoxx 50 s’est pris un -0,99 % dans les dents, plombé par les valeurs de la défense et de la tech, comme si les fusées avaient décidé de ne plus décoller et que les microprocesseurs faisaient une grève surprise.
Derrière ces montagnes poutiniennes de fin de semaine, l’ombre qui plane s’appelle IA. Pas l’IA qui vous raconte des histoires ou génère des photos de chatons géants : celle qui fout les jetons aux investisseurs, persuadés que tout le secteur va se prendre une claque monumentale si la Fed éternue. Car oui, l’autre marinade qui parfume les marchés, c’est la politique monétaire américaine. La question du moment : la Fed va-t-elle baisser les taux, maintenir, grimper dessus comme sur un trampoline ? Les marchés, eux, spéculent à tout-va. Et pour couronner le tout, les publications macro-économiques américaines reprennent tout juste après le « shutdown ». Résultat : c’est un peu comme si Wall Street retrouvait une boîte aux lettres pleine de factures… avec des relances et quelques mises en demeure.
Un Dow Jones qui carbure et un Nasdaq qui s’écrase
Outre-Atlantique, l’ambiance n’est guère plus sereine. Après une grosse gamelle la veille, les indices ont fini la semaine chacun dans leur coin, comme trois frères qui ne peuvent plus se blairer. Le Dow Jones reprend un petit +0,33 %, mine de rien, histoire de montrer qu’il existe encore. Le S&P 500 reste droit dans ses bottes, égal à lui-même, à 6 538 points. En revanche, le Nasdaq, lui, continue sa descente façon toboggan du parc municipal : -0,30 %. La tech, en ce moment, c’est un peu comme un ado contrarié : ça passe du rire aux larmes sans prévenir.
Côté chiffres, les investisseurs ont dû digérer le rapport sur l’emploi de septembre. Et autant dire qu’il avait un goût bizarre : d’un côté, des créations d’emplois bien meilleures que prévu (champagne !) mais de l’autre, un taux de chômage qui remonte à 4,4 %, son plus haut niveau depuis octobre 2021. Là c’est l’eau pétillante tiède. Un cocktail étrange, à mi-chemin entre la fête et la gueule de bois. Ces données en dents de scie ont néanmoins ouvert la porte à un petit miracle : John Williams, patron de la Fed de New York, a prononcé les mots magiques… « baisse des taux à court terme ». Forcément, les marchés ont relevé la tête plus vite qu’un escroc reniflant un bon plan.
Il n’en fallait pas plus pour faire exploser les probabilités calculées par le FedWatch Tool de CME Group : la chance d’un statu quo en décembre s’est écrasée de 60,9 % à seulement 26,6 %. Une dégringolade digne d’un mauvais penny stock. Bref, tout le monde s’est remis à espérer un assouplissement monétaire façon Père Noël avant l’heure, après des semaines à broyer du noir. Et pourtant… derrière cette euphorie soudaine, une autre victime ramasse les pots cassés : les cryptomonnaies.
Bitcoin dans la tourmente
La semaine a été rude pour les crypto-accros. Le Bitcoin, déjà en petite forme, s’est pris un énorme gadin : -10 % en quelques jours. Et si l’on regarde depuis son record du 6 octobre dernier (un majestueux 124 723 dollars en clôture), l’effondrement atteint environ 33 %. Une chute libre. Une vraie. Pas le petit frisson d’ascenseur en panne. Le Bitcoin, en ce moment, c’est plutôt l’ascenseur… sans câble.
Il faut dire que l’idée d’une Fed plus sévère avait cassé l’ambiance générale. Quand les taux restent hauts, les cryptos sont souvent reléguées dans la catégorie « gadgets de riche ». Mais avec cette nouvelle perspective de baisse, certains espèrent un rebond. Pour l’instant, il n’y a que les stablecoins qui restent stables… logique j’ai envie de te dire.
Et ce n’est pas Nvidia qui va leur remonter le moral. Le géant des puces, star de l’IA, a publié des résultats d’anthologie : du lourd, du très lourd. De quoi faire briller les yeux des traders… pendant quelques minutes seulement. Car jeudi, le titre a d’abord bondi jusqu’à +5,08 %, avant de se faire sécher sans prévenir, terminant la séance à -3,15 %. Une correction express, façon « pump and dump » involontaire. Le Nasdaq, lui aussi, a fait son petit numéro : de +2,58 % dans la journée, il a terminé en mode écrevisse à -2,15 %. Les montagnes russes, c’est sympa à la fête foraine, en Bourse, c’est plus compliqué pour l’estomac.
Ubisoft joue les héros et la défense perd des plumes
Heureusement, quelques titres ont sauvé l’honneur. Ubisoft, qui revenait en Bourse après une suspension, a rassuré tout le monde. L’éditeur de jeux vidéo a annoncé des objectifs annuels confirmés et un chiffre d’affaires (le fameux net bookings) au-dessus des attentes. De quoi faire sourire les actionnaires qui, ces derniers mois, n’étaient pas loin de revendre leurs actions pour acheter un bon vieux Monopoly… moins stressant.
À l’inverse, le secteur de la défense a pris une claque. Thales, Safran, Exail Technologies, Exosens… tous ont été délaissés comme des livrets d’épargne dans une soirée hedge funds. Les discussions autour du plan de paix américain pour l’Ukraine ont refroidi les investisseurs. Quand la géopolitique dit « détente », les valeurs militaires perdent leurs galons. Classique.
Au final, cette semaine boursière aura ressemblé à un vieux match de tennis Borg / Mc Enroe : renvois, contres, amortis, et beaucoup de sueur. Les investisseurs sont fatigués, les indices aussi, et les valeurs sentent la pression monter. Entre la Fed qui souffle le chaud et le froid, l’IA qui cristallise toutes les angoisses, et les cryptos qui déraillent, tout le monde navigue à vue.
Paris s’en est sorti honorablement, Londres a tenu le coup, mais le reste du Vieux Continent tire la langue. La suite ? Elle dépendra d’une virgule dans un discours de la Fed, d’un tweet d’un patron de la tech, ou d’une fronde de notre ami Trump. Bref ami boursicoteur, la Bourse, c’est un peu comme une soirée entre potes. On commence avec plein d’espoirs, on finit avec quelques regrets… mais on revient toujours la semaine suivante.
