Lur Berri fait son audit interne : recentrage, marges solides et bilan bien enraciné




À l’approche de ses 90 ans, la coopérative agricole basque sort la calculette, ferme les comptes annexes et remet l’agriculture au centre du grand livre. Moins de dispersion, plus de racines, et un actif territorial qui vaut de l’or

À Lur Berri, on n’a jamais confondu la ferme avec un casino. Depuis 1936, la coopérative agricole basque tient ses comptes avec sérieux, les bottes dans la terre et la tête froide face aux cycles économiques. Ici, on connaît la valeur d’un bilan équilibré, d’un actif bien tangible (champs, élevages, outils industriels) et d’un passif qu’on évite de gonfler à coups de promesses creuses. En 2025, à l’aube de ses 90 piges, Lur Berri décide donc de faire ce que tout bon gestionnaire ferait : un gros arrêt sur image, un recentrage stratégique et un retour assumé à ses fondamentaux agricoles. Pas de poudre aux yeux, pas de lignes floues dans le compte de résultat : l’agriculteur redevient le cœur du business plan.

Car le contexte, lui, n’a rien d’un long fleuve tranquille. Mondialisation en roue libre, météo capricieuse, énergie hors de prix, normes qui pleuvent plus dru que la grêle sur un champ de maïs… Bref, l’exploitation agricole moderne, c’est un peu Koh-Lanta version Excel. Face à ça, Lur Berri choisit l’action plutôt que les grandes tirades. La coopérative assume sa responsabilité historique : défendre les 5 100 agriculteurs coopérateurs comme on défend une ligne de trésorerie vitale. Le mot d’ordre est clair : faire du métier d’agriculteur un métier d’avenir, pas une ligne en pointillés dans les comptes sociaux.

Retour aux racines, mais avec une compta bien affûtée

Depuis ses deux piliers historiques, à savoir les semences de maïs lancées en 1965 et le Groupement Bovin en 1970, Lur Berri a toujours fonctionné comme une boucle vertueuse. On investit, on transforme, on valorise, on redistribue. Pas sexy sur PowerPoint, mais diablement efficace sur le terrain. En 2025, la coopérative remet donc ce modèle au centre du grand livre : un modèle pour, avec et autour des agriculteurs. Ici, pas de croissance hors-sol, mais de la valeur ajoutée bien locale, qui reste sur le territoire au lieu de filer dans des holdings exotiques.

Les équipes sont alignées comme un bilan bien bouclé autour de missions solides : former des spécialistes agricoles de proximité, pas des commerciaux en costard-cravate, mais des pros qui connaissent les exploitations comme leur poche ; investir dans les outils de transformation pour garantir qualité et traçabilité ; préserver la diversité des productions ; et nouer des partenariats durables avec l’agroalimentaire. Objectif final : une juste valorisation de chaque production, pour un juste retour à chaque producteur. Autrement dit, une marge décente sans enfumer personne.

Quand l’agriculture devient le centre de profit

En 90 ans, le monde agricole a vu passer plus de crises qu’un vieux trader. Mais Lur Berri reste persuadée d’un truc simple : la performance économique passe par le territoire et les valeurs partagées. Le discours est cash : le temps n’est plus aux palabres, mais à l’exécution. Les équipes bossent au quotidien avec une feuille de route limpide, orientée accompagnement, compréhension des besoins, entraide et valorisation des productions. Pas de jargon inutile, juste du concret, du mesurable, du rentable à long terme.

Même l’identité visuelle passe à la moulinette stratégique. Nouveau logo, mais pas de révolution gadget. Les carrés biseautés rappellent la solidité des comptes, le cercle symbolise la continuité et la circularité, les sillons incarnent le mouvement. Traduction financière : un modèle stable, durable, et pas figé. Lur Berri se modernise sans renier ses actifs historiques.

Des investissements qui ne partent pas en fumée

Côté branche végétale, la coopérative sort le chéquier intelligemment. Dans la filière semences de maïs, 2,6 millions d’euros ont été injectés dans l’usine d’Aïcirits pour moderniser tri, traitement et ensachage. Résultat : malgré une météo relou et une facture énergétique qui pique, les semences ont été livrées dans les temps. Quand la logistique tient la route, le compte d’exploitation sourit.

La filière légumes, elle, envoie du lourd : +36 % de surfaces cultivées, près de 38 000 tonnes produites, une nouvelle récolteuse Oxbo et même une incursion dans le maïs doux. Là encore, pas de diversification à l’aveugle : un partenaire solide, Congelados de Navarra, et une filière qui monte en puissance sans plomber la trésorerie.

Même logique pour les agrofournitures, avec l’extension du site de Came. 2,5 millions d’euros pour doubler la capacité de production d’engrais, passer de 40 000 à 80 000 tonnes, et proposer des fertilisants modulaires. Traduction : plus de volumes, plus de services, et une offre taillée pour les besoins réels du terrain.

La collecte de céréales n’est pas en reste. Le site d’Andoins, retapé pour 1,2 million d’euros, redémarre avec un niveau de sécurité et de performance environnementale au top. Et ce n’est qu’un début : un plan d’investissements sur trois ans est lancé pour Came, Bonnut et Andoins. Sécurité, proximité, qualité, efficacité énergétique : le carré magique du bon gestionnaire.

La branche animale, poids lourd du chiffre d’affaires

Avec 63 % du chiffre d’affaires, la branche animale est le moteur diesel de Lur Berri. La filière bovine, notamment, affiche une croissance qui ferait pâlir une start-up : de 26 000 têtes en 2022 à 69 000 en 2025, avec un objectif à 80 000. Derrière les chiffres, une stratégie béton : structuration des filières, optimisation des ateliers, sécurisation des débouchés et maîtrise des coûts logistiques. Résultat : plus de valeur ajoutée dans les exploitations et une chaîne de valeur qui reste au Pays basque.

La filière palmipèdes, elle, joue la carte premium et responsable. Accord tripartite avec Metro France et Labeyrie Fine Foods, labellisation Agri-Éthique France… Ici, la coopérative transforme l’éthique en avantage compétitif. Le canard devient un actif stratégique, pas une variable d’ajustement.

La nutrition animale suit la cadence, avec modernisation des usines d’Aïcirits et de Coarraze. Automatisation, qualité des mélanges, capacité d’expédition doublée : la coopérative sécurise l’amont et valorise les céréales locales. Du bon sens comptable, version agricole.

Distribution : la cerise sur le bilan

Le Pôle Distribution, avec ses magasins Gamm Vert, Mr.Bricolage, le SAV et Lur Berri Carburants, complète l’écosystème. Acquisition à Saint-Pée-sur-Nivelle, ouverture à venir à Artix, modernisations à Tarbes et Hendaye : la coopérative muscle son réseau sans perdre le lien avec le monde rural. Ici, la croissance externe n’est pas un caprice, mais un levier maîtrisé.

Avec ses partenaires historiques (Corteva, Labeyrie, Bigard, Congelados de Navarra et consorts) Lur Berri joue le rôle d’interface stratégique. Elle sécurise les approvisionnements, garantit la qualité et redistribue la valeur aux producteurs. Pas d’effet tunnel, pas de marges siphonnées. Juste un modèle coopératif qui prouve qu’économie, territoire et solidarité peuvent cohabiter dans un même bilan.

Au final, Lur Berri fait ce que beaucoup promettent sans jamais l’écrire dans leurs comptes : recentrer, investir utile, valoriser le local et sécuriser l’avenir. Une coopérative qui, à 90 ans, affiche un actif solide, un passif maîtrisé et un capital humain qui vaut largement plus que toutes les lignes d’un bilan. Bref, une boîte qui prouve qu’en agriculture comme en finance, les meilleurs placements sont souvent ceux qui prennent racine.


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