On ne va pas se mentir : ce vendredi, les places européennes ont fait la bringue… version tisane. Après la cuite financière de Thanksgiving, Wall Street fait relâche plus tôt et l’Europe avance en mode diesel, un œil sur les écrans, l’autre encore collé par la dinde d’hier. Le CAC 40 grappille 0,13 %, à peine de quoi payer le café du backoffice, tandis que l’EuroStoxx 50 fait la tronche avec un petit -0,02 %. Autrement dit : tout le monde ouvre, mais personne n’a envie de vraiment bosser. En Allemagne, c’est pas la fête non plus : les ventes au détail se ramassent, à -0,3 % au lieu du petit +0,1 % espéré. Ça fait un peu tache pour la première économie européenne, déjà pas en pleine bourre
Malgré ce calme plat digne d’un marché du dimanche à St Pierre d’Irube, quelques valeurs ont quand même décidé de faire leur show. SMCP, par exemple, a bondi comme un jeune chien fou : +10,42 %. De quoi attirer les curieux. La boîte a annoncé qu’elle mettait en vente jusqu’à 51,2 % de son capital. Une bonne vieille opération boursière façon « si tu prends trop d’actions, attention, tu pourrais devoir lancer une OPA, mon pote ». En clair : ça négocie sévère en coulisses. La maison-mère de Sandro, Maje, Claudie Pierlot et Fursac assure qu’elle est ravie de l’opération, histoire de retrouver un actionnariat stable et une stratégie qui ne part pas en sucette.
Delivery Hero s’envole : l’action fait la livraison express
Pendant que les indices roupillent, Delivery Hero, lui, carbure au Red Bull : +10,21 %. Le spécialiste allemand de la bouffe livrée ferait face à une pression d’investisseurs costaud, du genre qui ne rigole pas quand il s’agit de sous. Bloomberg raconte que certains actionnaires, dont le fonds spéculatif hongkongais Aspex Management, seraient en train de pousser la direction à faire un gros tri : revue stratégique, éventuelle vente, cession d’activités… Bref, c’est le grand ménage avant la liquidation des stocks.
Le secteur de la livraison étant en pleine consolidation. Je vous traduis : tout le monde rachète tout le monde, comme au supermarché le samedi matin. Les investisseurs estiment que c’est le moment d’encaisser avant que la facture ne devienne salée. Rien de tel qu’un peu de pression pour réveiller un cours de Bourse, pas vrai ?
Du côté du luxe liquide, ça rigole moyen. Laurent Perrier perd 1,46 %, avec un résultat net qui glisse à 23,1 millions d’euros, soit -8,7 %. La marge opérationnelle recule, le chiffre d’affaires grimpe un peu, mais pas de quoi sabrer le magnum. Le groupe fait quand même 133,3 millions de ventes de champagne sur le semestre, preuve que les bulles se vendent toujours, même si les bénéfices eux, pétillent un peu moins.
Macro : l’Insee sort sa loupe, l’inflation fait du surplace et l’Allemagne tousse
Sur le front macroéconomique, la météo du jour est à la légère accalmie. Quelques nuages épars viendront couvrir la région sans ouvrir les vannes.
En France, les prix à la production reprennent 0,3 % en octobre. Pas la folie, mais ça corrige le -0,3 % de septembre et le -0,4 % d’août. Sur un an, c’est toujours dans le rouge (-1,2 %), mais au moins ça arrête de dégringoler. Les produits destinés au marché français stagnent, ceux pour l’étranger rebondissent. Pas de quoi faire hurler de joie les industriels, mais suffisant pour que ça ne pleure pas trop fort dans les chaumières.
Les dépenses de consommation des ménages progressent encore : +0,4 % en octobre. Plus de chauffage, plus de bouffe, mais pas plus de biens fabriqués. L’indice des prix à la consommation est stable : +0,9 % sur un an. Les économistes attendaient 1 %… raté. L’Insee explique que les services ralentissent, que les prix manufacturés baissent davantage et que l’énergie baisse moins vite. En résumé : tout le monde tire la corde financière, mais personne ne la lâche.
En Allemagne, chômage stable à 6,3 %. Pas mieux, pas pire. Les ventes au détail reculent… encore une claque, et l’inflation de novembre sera dévoilée plus tard, histoire de laisser encore un peu de suspense à la Bourse.
L’euro, lui, glisse de 0,33 % à 1,15560 dollar, probablement parce qu’il a décidé de faire comme les indices : une pause café prolongée.
Une séance molle, des valeurs qui gigotent, et une Bourse qui attend le réveil des Américains
Dans l’ensemble, c’est une de ces journées où les traders ont le temps de ranger leur bureau, discuter météo ou refaire le monde pendant que les graphiques boursiers avancent à la vitesse d’un escargot en RTT. Le calme avant le retour complet de Wall Street, sans doute. Ben ouais, sans les ricains, on se fait chier sur les marchés.
Mais sous la surface, ça s’agite quand même : cessions de capital, investisseurs qui mettent la pression, bulles qui se dégonflent, inflation qui fait du surplace… la Bourse, même en pyjama, reste un terrain de jeu où les chiffres s’agitent dès qu’on les titille.
Il faudra attendre la reprise américaine pleine et entière pour voir si les indices retrouvent un peu de peps ou si cette séance restera dans les annales comme l’un de ces jours où « ça cote, mais ça flotte ».
