Les Ricains plongent, l’Europe garde la tête hors de l’eau




La Bourse de Paris a beau jouer les cadors depuis trois séances, elle a fini par lever le pied. Après avoir empilé les records, le CAC 40 a décidé de respirer un bon coup. Pas de krach, pas de panique à bord, mais un petit coup de mou, façon marathonien qui desserre la cravate après le sprint final. À la cloche, l’indice vedette de la place parisienne a cédé 0,47%, pour s’installer à 8 580,75 points. Rien de dramatique, mais assez pour rappeler que même les marchés ont besoin de faire une pause café de temps à autres

Sur l’ensemble du mois de février, le tableau reste franchement reluisant : +5,59%. Sa meilleure perf mensuelle depuis janvier 2025, où il avait flambé de 7,72%. Autrement dit, le CAC n’a pas exactement fait la manche. Il a plutôt roulé des mécaniques, avant de lâcher un peu de lest en fin de semaine, histoire de ne pas trop faire le malin.

Quand Wall Street tousse, Paris s’enrhume

La séance était d’un calme olympien jusqu’à 14h30. Les courtiers pianotaient, les investisseurs surveillaient, les écrans clignotaient mollement. Et puis, bim, l’indicateur américain tombe. L’indice des prix à la production de janvier grimpe de 0,5% alors qu’on attendait 0,3%. En version “core”, hors alimentation et énergie, ça pique encore plus : +0,8% contre 0,3% espéré. Autant dire que l’inflation ne range pas encore ses valises.

Résultat : les investisseurs ont fait la grimace. Parce que si les prix continuent de jouer les divas, la Réserve fédérale américaine ne va pas se précipiter pour baisser ses taux. Selon le FedWatch Tool du CME Group, la probabilité d’un statu quo le 18 mars a même repris du poil de la bête. En clair : pas de soldes monétaires à l’horizon immédiat.

Chez Edmond de Rothschild Asset Management, on rappelle que plusieurs membres de la Fed ont adopté un ton plus strict qu’un contrôleur fiscal en période de redressement. Traduction : tant que la désinflation ne montre pas patte blanche, pas question d’assouplir la politique monétaire. Les marchés, eux, espéraient un petit geste, un clin d’œil, un “ça va le faire”. Ben c’est raté.

L’Europe joue les équilibristes

Ce trou d’air vers 14h30 n’a pas été réservé à Paris. Les autres grandes places européennes ont aussi vacillé. Le DAX 40 à Francfort a finalement grappillé 0,09%, à 25 312,11 points. Le FTSE 100 à Londres, lui, a carrément avancé de 0,70%, à 10 922,85 points. Comme quoi, pendant que certains boursicotent en mode stress, d’autres font du surplace chic.

Côté macro en France, l’Insee a confirmé une croissance de 0,2% du PIB au quatrième trimestre, après +0,5% au trimestre précédent. Pas l’euphorie, mais pas la soupe à la grimace non plus. L’inflation, elle, grimpe de 0,7% en février, au-dessus des 0,5% attendus. Sur un an, on est à +1%, contre 0,8% anticipé. Les prix ne flambent pas comme des feux d’artifice, mais ils continuent de grignoter le portefeuille.

En Allemagne, en revanche, l’inflation ralentit, aidée par la baisse des prix de l’énergie. Un petit bol d’air pour la première économie européenne. Et aux États-Unis, l’indice PMI de Chicago surprend tout le monde : 57,7 points, alors qu’on attendait 52. Son plus haut niveau depuis mai 2022. L’activité industrielle américaine ne fait donc pas semblant.

Les valeurs font leur cinéma

Sur le front des entreprises, ça a swingué sévère. En France, Clariane a fait sauter les bouchons : +7,56%, meilleure hausse du SBF 120. Les investisseurs ont salué des résultats 2025 solides. Le spécialiste des maisons de retraite a visiblement su rassurer les marchés, qui n’aiment pas trop les bilans bancals.

Même ambiance positive pour bioMérieux, en hausse de 3,73% après la publication de ses comptes 2025 et de ses objectifs 2026. Les actionnaires ont apprécié la visibilité et la feuille de route. Quand les perspectives sont claires, la Bourse aime ça.

À l’inverse, Lisi a pris une claque monumentale : -10,54%. Valeo a reculé de 3,27% et Viridien de 9,39%. Les publications n’ont pas convaincu. Sur les marchés, on peut passer en un claquement de doigts du statut de chouchou à celui de vilain petit canard.

En Allemagne, BASF a trébuché de 2%. Les objectifs 2026 jugés trop prudents n’ont pas emballé les investisseurs. À Londres, WPP a aussi bu la tasse : -2,22%. Bénéfice et chiffre d’affaires en baisse pour 2025, dividende final réduit à 0,075 livre par action contre 0,244 en 2024. Le marché n’aime pas les régimes secs.

Le baril s’emballe, le marché surveille

En toile de fond, les tensions entre les États-Unis et l’Iran refont surface. Malgré des progrès qualifiés de “significatifs” par le chef de la diplomatie d’Oman, l’ombre d’une intervention militaire plane toujours. L’ambassade américaine à Jérusalem a autorisé le départ de son personnel non essentiel, et la Chine a recommandé à ses ressortissants de quitter l’Iran.

Les marchés pétroliers n’ont pas mis longtemps à réagir. Le Brent de la mer du Nord grimpe de 2,25% à 72,39 dollars à Londres. Le WTI à New York progresse de 2,20% à 66,60 dollars. Quand la géopolitique s’échauffe, le baril prend des muscles.

Sur le marché des changes, l’euro gagne 0,16% face au dollar, à 1,1822 billet vert. Pas de révolution, mais un petit coup de pouce pour la monnaie unique.

Un marché qui souffle sans s’écrouler

En résumé, la Bourse de Paris n’a pas décroché, elle a juste soufflé. Après avoir aligné les records, le CAC 40 s’offre une respiration. L’inflation américaine rappelle que la désinflation n’est pas encore un long fleuve tranquille. Les banques centrales restent sur leurs gardes, les investisseurs aussi.

Mais sur le mois, la performance reste solide. Pas de panique générale, pas de krach en vue, simplement un marché qui ajuste ses positions, qui encaisse les stats, qui digère l’info. Bref, une Bourse qui vit, qui tremble un peu, qui fait la moue, mais qui ne rend pas les armes.

Dans ce grand théâtre de la finance, les traders jouent les funambules, les banquiers centraux distribuent les cartes, et les investisseurs tentent de garder la tête froide. Ça chambre, ça spécule, ça s’inquiète un brin. Mais pour l’instant, le rideau ne tombe pas. La pièce continue, et le CAC, malgré son petit coup de fatigue, reste solidement accroché à son perchoir.


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