Il y a des séances qui sentent la poudre, d’autres la trouille, et puis il y a celles-ci, où la Bourse se réveille de bonne humeur, étire ses graphiques et se dit que, finalement, tout n’est peut-être pas foutu. Ce vendredi, pour clore la semaine et le mois de janvier, les places européennes ont sorti le sourire en coin, portées par une avalanche de résultats d’entreprises qui n’a pas trop mal tourné. À Paris, le CAC 40 a aligné une deuxième séance dans le vert, grattant 0,68% pour venir flirter avec les 8 130 points, à 8 126,53 exactement. Pas un feu d’artifice, mais un petit shot d’optimisme bienvenu
Alors oui, sur la semaine, l’indice parisien lâche encore 0,20%, et sur l’ensemble du mois, il recule de 0,28%. Rien de dramatique, mais suffisant pour faire de ce mois de janvier le plus maigrichon depuis celui de 2022, quand les tensions entre la Russie et l’Ukraine commençaient à sentir sérieusement le soufre. Le CAC enchaîne même une troisième semaine de repli, léger mais réel, une série qu’on n’avait plus vue depuis le printemps 2025. En clair : le marché avance, mais avec un petit caillou dans la chaussure.
L’Europe se tient droite pendant que l’Amérique fait la grimace
Pendant que Paris fait ses comptes, le reste de l’Europe n’est pas resté les bras ballants. L’Eurostoxx 50 a pris 0,78%, histoire de rappeler que le Vieux Continent sait encore aligner des séances propres. À Francfort, le DAX a carrément pris de l’élan avec une hausse de 0,85%, boosté par les solides performances d’Adidas. Comme quoi, une bonne paire de résultats peut encore faire courir un indice.
De l’autre côté de l’Atlantique, en revanche, l’ambiance était plus plombée. Wall Street a tiré la tronche, le Dow Jones lâchant 0,84% en fin de séance européenne. Les investisseurs américains avaient la tête ailleurs, occupés à digérer une info qui sent la fin de règne : la nomination du successeur de Jerome Powell à la tête de la Fed. Donald Trump a officialisé Kevin Warsh, un nom qui circulait déjà dans les salles de marché depuis des mois. Pas de surprise, mais une confirmation qui a suffi à tendre un peu plus les nerfs.
Powell tient la barre pendant que Trump souffle dans le cou
La semaine avait déjà été marquée par la décision de la Réserve fédérale et la traditionnelle grand-messe de Jerome Powell. Sans surprise, la Fed a maintenu ses taux directeurs, toujours calés entre 3,50% et 3,75%, après trois baisses consécutives en 2025. Powell a justifié ce statu quo avec son calme habituel, expliquant que le niveau actuel des taux permettait de jongler entre croissance et inflation sans tout casser.
Sous pression politique constante, le patron de la Fed a remis une couche sur l’indépendance de l’institution, histoire de rappeler que la politique monétaire n’est pas censée se décider à coups de slogans ou de calendriers électoraux. Une manière élégante de dire à Trump : « tu peux gueuler, je garde la main sur le volant ».
Pour Xavier Chapard, chez LBPAM, le message est clair : la Fed se montre plus confiante sur l’économie américaine et la solidité du marché de l’emploi début 2026, ce qui réduit l’urgence de nouvelles baisses de taux. Les taux sont proches du niveau neutre, inutile donc de jouer les pompiers pyromanes. Powell pourrait ainsi tenir bon jusqu’à la fin de son mandat en mai, histoire de laisser une institution bien rangée à son successeur. Une dernière baisse de taux, possiblement cet été, permettrait de clore le cycle sans trop de casse.
BCE et Banque d’Angleterre : statu quo, mais doigt sur la gâchette
Après la Fed, les projecteurs se tournent vers l’Europe monétaire. La BCE doit rendre sa première décision de 2026 début février, et sauf surprise, elle devrait maintenir ses taux inchangés. Pas d’urgence à dégainer, estiment les observateurs, surtout avec une croissance correcte, une inflation sous contrôle et un apaisement relatif des tensions commerciales avec les États-Unis.
Pour autant, certains, comme chez AllianzGI, n’excluent pas une baisse préventive dans les mois à venir, pourquoi pas dès mars, histoire d’éviter que la machine économique ne cale. Même son de cloche du côté de la Banque d’Angleterre, attendue elle aussi début février. Là-bas, la politique monétaire reste restrictive, et la croissance britannique traîne la patte. De futures baisses de taux pourraient aider, mais sans gain de productivité, le Royaume-Uni continuera de pédaler dans la semoule.
Résultats d’entreprises : ceux qui trinquent et ceux qui sabrent
Sur la cote, la séance de vendredi a encore été rythmée par une pluie de publications. À Paris, Alten a décroché la timbale, signant de loin la plus forte hausse du SBF 120 avec un bond de plus de 16%. Les investisseurs ont salué une amélioration de l’activité au quatrième trimestre et des perspectives de marge qui sentent le travail bien ficelé. Résultat : le titre a décollé comme une fusée Space X dopée au méthanol.
En Allemagne, Adidas a fait le show. Chiffre d’affaires et marges record en 2025, confiance retrouvée et, cerise sur le gâteau, un programme de rachat d’actions qui pourrait grimper jusqu’à un milliard d’euros. De quoi donner des ailes au titre, et des sueurs froides aux vendeurs à découvert.
Même scénario euphorique pour Electrolux, qui s’est envolé après des résultats trimestriels supérieurs aux attentes. À l’inverse, Carrefour a mangé son pain noir, sanctionné après une dégradation d’analyste. Comme quoi, en Bourse, même les rayons bien garnis ne protègent pas d’un coup de massue.
Macroéconomie : une Europe qui encaisse sans trop broncher
Côté statistiques, les chiffres du PIB en zone euro et dans l’Union européenne ont montré une croissance de 0,3% au quatrième trimestre. Pas de quoi fanfaronner, mais suffisant pour prouver que l’économie européenne reste debout malgré les chocs tarifaires, les tensions géopolitiques et les vents contraires venus de l’extérieur.
Pour Christophe Boucher, chez ABN AMRO Investment Solutions, la zone euro a fait preuve d’une résilience honorable en 2025. Les risques existent toujours, notamment avec un Donald Trump qui semble prêt à ressortir l’artillerie commerciale, mais leur impact pourrait être plus contenu en 2026. En clair : ça secoue encore, mais la coque tient.
Et maintenant, place aux banques et aux géants
La semaine prochaine s’annonce tout aussi animée, avec une nouvelle salve de résultats très attendus. À Paris, les poids lourds bancaires vont passer à la moulinette des analystes, aux côtés d’Amundi et de Vinci. Aux États-Unis, les géants de la tech, de la pharma et du divertissement s’apprêtent à dévoiler leurs chiffres, promettant encore quelques séances bien nerveuses.
Au final, les marchés européens terminent janvier sur une note plus positive qu’attendu, malgré un mois globalement poussif. Le CAC flirte avec les sommets sans vraiment les embrasser, l’Europe tient bon, et Wall Street digère ses changements de casting monétaire. Un marché qui avance à petits pas, parfois en crabe, souvent sous substances illicites, mais toujours avec un œil rivé sur la prochaine annonce. Parce qu’en Bourse, on peut faire le malin une séance… et se faire rattraper par la réalité le lendemain.
Source : ZoneBourse
