Y a des rendez-vous qui collent à la peau comme la confiture de cerises noires sur un t-shirt blanc : la Fête du Gâteau Basque, c’est pile ça. Depuis plus de vingt ans, Cambo-les-Bains sort ses plus belles miches, ses tabliers amidonnés et son savoir-faire croustillant pour deux jours de pure tambouille festive. Le premier week-end d’octobre, le village devient une gigantesque pâtisserie à ciel ouvert où ça sent la pâte dorée, le sucre vanillé et la bonne humeur levée comme une pâte qui a bien reposé. Cette année, les 4 et 5 octobre 2025, ça va encore envoyer de la confiote
Aux origines, une dame, une recette
Avant que le gâteau basque ne devienne une star de vitrine et un sujet de baston entre puristes (« crème pâtissière » versus « cerises noires », débat éternel), il s’appelait sobrement le « gâteau de Cambo ». Tout a démarré au début du XXe siècle dans une petite boutique du quartier Xerri Karrika, tenue par Marianne Hirigoyen, native de Hélette. La dame, pas du genre à se laisser attendrir par une pâte trop molle, tenait son secret de sa mère et refilait ses fournées chaque jeudi à Bayonne en diligence. Autant dire que c’était la première start-up gourmande du coin.
Sa fille Marie et les sœurs Dibar, surnommées les « Bixkotx » (ça veut dire « biscuits », fallait pas chercher bien loin), ont ensuite gardé le flambeau. Pendant trente piges, elles ont roulé de la pâte et entretenu le mystère, avant de filer la recette à un pâtissier du cru. Résultat : un gâteau qui a traversé les âges, les estomacs et les querelles de voisinage pour devenir l’emblème qu’on connaît.
Mais dans les années 90, l’industrialisation a failli transformer le gâteau basque en vulgaire machin sous plastique, tout sec, qu’on bouffe à contre-cœur devant un café réchauffé. Là, une bande de boulangers-pâtissiers basques a dit « Stop au carnage ! ». Ils ont monté Eguzkia en 1994, une asso loi 1901 qui a pondu une charte de fabrication stricte comme un prof de maths un lundi matin. Leur crédo : pas de raccourcis, pas d’arômes chimiques, que du vrai, du frais, du respect pour la pâte et les papilles. Aujourd’hui, Eguzkia c’est la crème des artisans, un vrai rempart contre le gâteau fadasse.
Une fiesta levée comme une pâte à brioche
La Fête du Gâteau Basque, c’est une immersion totale dans le folklore local. Imagine une grande halle pleine de gâteaux dorés, des stands qui débordent de piments, de fromages de brebis, de confitures et de jambon basque qui te chantent des berceuses salées. Ça joue du txistu dans les rues, ça danse au son des bandas, ça cause fort, ça rit, ça trinque, bref ça vit. Entre deux bouchées, tu peux aussi zieuter le marché artisanal, du bijou au béret brodé, histoire de repartir avec autre chose qu’un ventre tendu.

Le programme
- Ateliers cuisine : pour ceux qui veulent mettre la main à la pâte, littéralement. Encadré par un pâtissier qui envoie du sérieux, chaque participant repart avec SON gâteau basque maison. C’est pas du tuto YouTube, c’est du vrai, garanti sans montage raté.
- Concours du meilleur gâteau basque : là, ça rigole pas. 50 amateurs et 20 jeunes pros de moins de 20 ans vont se mesurer à un jury de fines gueules. À la clé, la gloire locale et le droit de fanfaronner pendant un an.
- Randonnée gourmande : trois heures de balade dans Cambo et ses panoramas, ponctuées d’arrêts cidre et gâteau basque. Autant dire que tu finis plus chargé qu’un sac de courses un samedi chez E.Leclerc.
- Spectacle basque : pelote, danses, démonstration de force… de quoi te rappeler que les Basques, quand ils arrêtent de pétrir la pâte, ils peuvent soulever des charrettes sans trembler.
- Confrérie du gâteau basque : eux, ils prennent ça au sérieux. Messe, défilé, intronisations de personnalités… un vrai cérémonial avec cape et toque. On est plus proche de Game of Thrones version pâtisserie que du goûter d’anniversaire.
De 10h à 19h, le centre-ville de Cambo va carburer. Les stands Eguzkia vont aligner des gâteaux à la crème pâtissière maison ou à la confiture de cerises noires, croustillants comme des commérages de village. Le marché régional va t’envoyer du piment d’Espelette, du fromage Ardi Gasna, du miel, des confitures et même du vin qui file le virus de la chansonnette. Et si t’as encore un creux (faut être un puits sans fond mais admettons), le pôle restauration dans le parc Saint-Joseph sera ta planche de salut : tacos, crêpes salées, libanais, tout y est pour casser la croûte.
Le dimanche, c’est la totale : messe, défilé, intronisations et ripaille
Ici, la messe du dimanche matin, c’est pas juste des Ave Maria : c’est le coup d’envoi officiel avec le chœur mixte Arraga. Ensuite, défilé de confréries venues de toute la France, toges et médailles au vent, comme un carnaval de becs fins. À midi, repas champêtre avec fromage de brebis et confiture de cerises noires (combo mythique), suivi de la remise des prix du concours. Et à 16h, cerise sur le gâteau (fallait la faire sauf que la ça serait plutôt cerise dans le gâteau), concert du chœur d’hommes Oldarra de Biarritz, pour clore en beauté.
Pour ceux qui veulent pas juste venir grignoter mais carrément vivre la fête de l’intérieur, l’Office de tourisme propose des formules « week-end gourmand ». Hébergement, repas champêtre, spectacle, concert, le tout pour un prix qui passe crème (à partir de 104 € par personne). Autant dire que c’est plus rentable que de se pointer à la dernière minute et de finir à dormir dans la voiture avec l’odeur de cerises noires incrustée dans les sièges.
Moralité : le gâteau basque, c’est une religion
La Fête du Gâteau Basque, c’est le troisième plus gros rendez-vous gastronomique du Pays basque après la Fête du Piment d’Espelette et la Foire au Jambon de Bayonne. Autant dire que si t’y mets pas les pieds, ton CV de bon vivant perd direct en crédibilité. Ici, on ne parle pas que de farine, de sucre et d’œufs : on parle de transmission, de patrimoine, de savoir-faire qui se défend bec et ongles face aux usines à gâteaux tristounettes. Et surtout, on parle de partage. Parce qu’au final, qu’on soit team crème ou team cerises, l’important c’est de se mettre à table, de trinquer et de dire en chœur : « Bixkotxa beti ! » (le gâteau, toujours !).
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