Imaginez une course qui ne s’arrête jamais. Ni la nuit, ni sous la pluie, ni quand les mollets crient “stop”. Une course où les coureurs se passent un témoin comme on se passe un mot doux. Une course où le chrono, franchement, tout le monde s’en tamponne le coquillard. Bienvenue dans la Korrika, la grande cavalcade populaire qui fait battre le cœur du Pays Basque… et trotter l’euskara sur plus de 2 000 bornes
Du 19 au 29 mars 2026, cette course-relais mythique va repartir pour un nouveau tour de piste. Onze jours et dix nuits non-stop. Pas de pause, pas de sieste officielle. Juste des milliers de jambes, des kilomètres de bonne humeur et un message planqué dans un témoin qui traverse villages, villes et montagnes. Bref, une sacrée virée collective où l’on court pour une cause : faire vivre la langue basque.
Onze jours à courir comme des dératés
La Korrika, ce n’est pas le marathon de New York ni une compétition de triathlètes bodybuildés. Ici, on ne vient pas battre un record du monde. On vient défendre l’euskara, cette langue qui fait vibrer le Pays Basque depuis des siècles.
L’événement est organisé par AEK, la coordination des cours de basque pour adultes. Leur mission ? Faire en sorte que chaque habitant du territoire puisse comprendre, parler et utiliser l’euskara dans la vie de tous les jours.
Depuis 45 ans, AEK s’active dans tous les coins du Pays Basque : cours de langue, promotion culturelle, actions pédagogiques… Et la Korrika, c’est un peu leur coup de turbo. Un gigantesque coup de projecteur populaire pour rappeler que la langue basque n’est pas un souvenir poussiéreux, mais un truc bien vivant.
Le principe de la Korrika est aussi simple qu’efficace : une course-relais qui traverse le Pays Basque sans interruption pendant onze jours et dix nuits. À chaque kilomètre, un relayeur prend le témoin et cavale avant de le transmettre au suivant. Pas de pause, pas de stop. La course avance comme un long serpent humain, jour et nuit.
Dans ce témoin – appelé lekuko en basque – se cache un message secret écrit par une personnalité. Ce texte, rédigé en euskara, reste enfermé pendant toute la course et n’est dévoilé qu’à l’arrivée. Autant dire que le suspense tient la distance. Le symbole est fort : la langue passe de main en main, comme un héritage collectif.
Une idée née en 1980
La première Korrika a eu lieu en 1980 entre Oñati et Bilbao. À l’époque, l’objectif était déjà de mobiliser la population pour soutenir l’apprentissage du basque. Depuis, la course est devenue un véritable phénomène populaire. En 45 ans, 24 éditions se sont succédé et la participation ne cesse d’augmenter.
Aujourd’hui, la Korrika rassemble plusieurs centaines de milliers de personnes. Des familles, des étudiants, des retraités, des sportifs du dimanche, des militants, des curieux… Bref, tout un peuple en baskets. Parce qu’au Pays Basque, défendre la langue, ça ne se fait pas seulement dans les livres : ça se fait aussi en courant.
2026 : départ à Atharratze
Pour cette 24e édition, la Korrika démarrera le 19 mars à Atharratze (Tardets-Sorholus), en Haute-Soule. Une première pour cette commune de l’intérieur basque, qui va voir débarquer une marée de coureurs, de musiciens et de fans de l’euskara. La journée promet d’être sacrément animée.
Dès 10h, les enfants auront droit à leur mini-course avec la Korrika Ttipi. À midi, place au repas et aux animations. Bandas, spectacles de rue, espace pour les petits : l’ambiance sera plutôt fiesta que salle de sport. Et à 15h30, c’est le grand départ. Le témoin quitte la place du village et la grande aventure commence. Autant dire que les mollets vont chauffer.
Une fois lancée, la Korrika va parcourir plus de 2 000 kilomètres à travers les sept provinces historiques du Pays Basque. Le tracé change à chaque édition, histoire de faire participer un maximum de communes.
Cette année, la course passera plusieurs fois par Iparralde, le Pays Basque nord. Le 19 mars, elle quittera Atharratze pour filer vers Mauléon, Saint-Jean-Pied-de-Port et d’autres villages, avant de continuer vers le sud du territoire. Le 24 mars, retour dans le Pays Basque nord entre Zugarramurdi et Sare. Puis direction Cambo vers 17h30 et Bayonne vers 22h44. Dans la nuit, les coureurs fileront vers Hendaye avant de repartir vers le sud au petit matin.
Autant dire que la Korrika traverse tout : routes de montagne, centres-villes, petits villages, grandes avenues. L’euskara passe partout.

Une course sans chrono mais pleine de cœur
La Korrika n’est pas une compétition. Personne ne gagne, personne ne perd. Ce qui compte, c’est la participation. Y a pas une devise qui dit ça en France ? On peut courir un kilomètre, quelques mètres, ou simplement encourager depuis le trottoir avec un verre à la main.
Des chants, de la musique, des drapeaux basques, des klaxons, des applaudissements… La course ressemble souvent plus à une fête géante qu’à un événement sportif. Et franchement, les coureurs sont parfois plus occupés à rigoler qu’à surveiller leur souffle.
La Korrika fonctionne aussi grâce à la solidarité financière. Chaque kilomètre de la course peut être “acheté” par une association, une entreprise, un commerce ou un groupe d’amis. Le sponsor a alors l’honneur de porter le témoin sur cette portion.
L’argent récolté sert à soutenir les Euskaltegi et les Gau Eskola, les centres d’apprentissage du basque pour adultes. En clair : chaque foulée aide à financer l’enseignement de la langue. Une sorte de marathon linguistique.
Les Laguntzaile : les supporters du basque
Parmi les soutiens importants de la Korrika, il y a les fameux Korrika Laguntzaile. Pour 15 euros, chacun peut devenir contributeur officiel de l’événement. En échange, on reçoit un pin’s de l’édition et surtout la satisfaction d’avoir donné un coup de pouce à l’euskara.
Ce système de soutien populaire est l’un des piliers de la course. Parce qu’au final, la Korrika repose sur une idée simple : la langue appartient à tout le monde. La Korrika ne se limite pas à une bande de coureurs essoufflés sur une route de campagne.
Pendant des semaines avant l’événement, des centaines d’animations culturelles sont organisées dans les villes et villages : concerts, spectacles, conférences, expositions… C’est ce qu’on appelle la Korrika Kulturala. Des milliers de bénévoles participent à l’organisation. Des écoles, des associations, des commerces, des collectivités… Tout le monde met la main à la pâte. Autrement dit : la Korrika est autant un mouvement culturel qu’un événement sportif.
L’euskara au pas de course
Au fond, la Korrika raconte une histoire assez simple. Une langue minoritaire, parfois malmenée par l’histoire, mais toujours vivante. Une population qui refuse de la laisser disparaître. Et une course qui symbolise ce combat joyeux.
Pendant onze jours et dix nuits, le Pays Basque court pour sa langue. Des kilomètres de solidarité, des baskets pleines de poussière, des chants qui résonnent dans les villages et un témoin qui file de main en main. Et au bout du parcours, quand le message caché dans le lekuko sera enfin lu, tout le monde saura que l’essentiel n’était pas d’aller vite.
L’essentiel, c’était de courir ensemble. Et comme on dit souvent ici : Euskara bizirik dago. L’euskara est vivant… et il a encore de sacrées jambes.
Discover more from baskroom.fr
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

