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IA : quand la bulle fait pschitt et que les investisseurs sortent la calculette




Depuis deux piges, l’intelligence artificielle squatte la une comme une star du Nasdaq dopé à l’algorithme. L’IA, c’était le nouveau pétrole, la nouvelle électricité, la nouvelle baguette magique capable de transformer n’importe quelle start-up en licorne. Mais voilà : à force de claquer des milliards comme des jetons de poker, les investisseurs commencent à regarder l’addition. Et là, surprise chef : le commerce de l’IA se fissure, se fragmente, se divise. Fin de la bamboche ? Pas encore. Mais clairement, le marché a arrêté de boire des kalimotxos sans regarder la note

Depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, tout ce qui sentait de près ou de loin l’intelligence artificielle a pris l’ascenseur direction la lune. Semi-conducteurs, logiciels, data, cloud, centres de données, même le moindre boulon vaguement compatible avec un serveur s’est retrouvé valorisé comme une pépite d’or numérique. La bourse, dans son immense sagesse collective et elle en a rarement, a tout acheté en vrac. Résultat : des marchés actions et obligataires chauffés à blanc, des valorisations qui piquent les yeux et des régulateurs qui commencent à renifler une odeur de bulle, façon baudruche prête à éclater au moindre courant d’air macroéconomique.

Pendant que Microsoft, Amazon, Alphabet ou Meta annonçaient des centaines de milliards de dollars de dépenses d’investissement, les investisseurs applaudissaient debout, la bave aux lèvres, persuadés que l’IA allait transformer chaque dollar cramé en jackpot futur. Certains cabinets allaient même jusqu’à promettre une hausse du PIB mondial de 15 % d’ici 2035. Rien que ça. Autant dire que l’IA était vendue comme un ticket gagnant à gratter à l’échelle planétaire.

Sauf que voilà : la semaine dernière, le marché a commencé à tousser. Pas un petit rhume de trader stressé, non. Une vraie quinte de toux financière. Les turbulences récentes suggèrent que le grand trade de l’IA arrive à un tournant. Les investisseurs, ces créatures cyclothymiques, ont ressorti la question qui fâche : « OK, on crame du cash… mais c’est quand qu’on encaisse ? »

Pics, pelles et gueule de bois logicielle

Dans cette grande ruée vers l’or algorithmique, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Et comme lors de la vraie ruée vers l’or, ce ne sont pas forcément les chercheurs qui s’en sortent le mieux, mais ceux qui vendent les pelles. Les fameux « picks and shovels » de l’IA : fabricants de puces, matériel pour centres de données, infrastructures lourdes. Eux, ils encaissent pendant que les autres creusent.

Cette semaine, les valeurs logicielles se sont pris une bonne claque. Aux États-Unis, ServiceNow et Salesforce ont décroché sévère. En Europe, RELX et le London Stock Exchange Group ont glissé sur une peau de banane numérique. Pourtant, à l’origine, ces boîtes étaient vues comme les grandes gagnantes de l’IA générative, celles qui allaient booster leurs produits, leurs marges et leurs profits grâce à des algorithmes plus malins que la moyenne.

Mais le marché a retourné sa veste plus vite qu’un petit porteur en période de krach. Pendant que les logiciels se faisaient savonner, les valeurs liées aux semi-conducteurs et aux centres de données résistaient bien mieux, creusant encore l’écart. En clair : ceux qui font tourner la machine encaissent, ceux qui espéraient en profiter se font secouer sévère.

Comme l’a résumé une stratège chez Saxo, ce n’est pas un vote contre l’IA. C’est juste que les investisseurs arrêtent de tout mettre dans le même sac. Ils trient, ils discriminent, ils séparent les facilitateurs de l’IA de ceux qui risquent d’être… facilités vers la sortie. Même son de cloche chez Barclays, qui parle carrément de dispersion « extrême » du commerce de l’IA en Europe. Traduction : la foire d’empoigne est ouverte.

Les “Magnificent 7” : sept samouraïs, sept destins

Autre symbole de cette fracture : les fameux « Magnificent 7 ». Pendant longtemps, ces mastodontes américains avançaient comme un seul homme, soudés par la promesse d’une domination totale du cloud et de l’IA. Mais cette belle unité commence à se craqueler façon mur porteur mal calculé.

Aujourd’hui, le marché ne se contente plus d’applaudir les annonces de dépenses d’investissement. Il veut du concret, du retour sur investissement, du cash-flow qui claque. Microsoft et Meta ont tous deux annoncé des hausses de leurs capex. Résultat ? Microsoft s’est pris une gamelle, Meta a grimpé. Alphabet a fait frémir le marché avec ses dépenses, provoquant une chute avant de se stabiliser. Amazon, lui, a mangé une sanction bien salée après avoir promis d’augmenter ses investissements de plus de 50 %.

Le message est limpide : dépenser pour dépenser, c’est terminé. Le marché veut comprendre la causalité. Tu mets un milliard ? Montre-moi comment il revient avec des copains. Sinon, c’est la porte.

Même les ETF dédiés aux Magnificent 7 commencent à tirer la langue, sous-performant le marché global. Le mythe du bloc homogène s’effrite, remplacé par une analyse au scalpel. Chaque géant doit désormais passer son oral devant Monsieur Marché, qui a rangé ses étoiles dans la poche et sorti sa calculette.

La Corée du Sud, roi du silicium qui rapporte

Pendant que Wall Street doute et que l’Europe s’interroge, la Corée du Sud, elle, encaisse avec le sourire. Le pays est devenu la coqueluche des investisseurs grâce à un mot magique : la mémoire. L’IA a faim, très faim. Et ce qu’elle bouffe, ce n’est pas que des idées brillantes, c’est surtout des puces et de la mémoire à gogo.

Résultat : le marché coréen surfe sur la vague pendant que d’autres boivent la tasse. L’indice KOSPI explose les compteurs, porté par des géants comme Samsung Electronics et SK Hynix, qui voient leurs actions grimper en flèche. Les flux d’investissement suivent, attirés comme des moustiques par une lumière néon.

Selon les stratèges, le centre de gravité des dépenses d’investissement dans l’IA s’est clairement déplacé vers la mémoire, un terrain de jeu où la Corée est ultra-dominante. Pendant que certains se demandent encore à quoi va servir toute cette IA, d’autres vendent déjà les briques indispensables pour la faire tourner. Business is business.

L’IA, de la hype à la sélection naturelle

Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas la fin de l’IA, mais la fin de l’illusion collective. Le marché passe d’une logique de hype aveugle à une sélection naturelle version Darwin financier. Les investisseurs ne veulent plus acheter un rêve emballé dans un PowerPoint. Ils veulent des preuves, des chiffres, des revenus.

L’IA reste une révolution majeure, un bouleversement profond de l’économie mondiale. Mais comme toute révolution, elle ne fera pas que des gagnants. Certains deviendront des machines à cash, d’autres finiront comme des startups fantômes, englouties par leurs propres promesses.

En clair, la fête continue, mais le videur est arrivé. Et désormais, pour entrer sur la piste, il faudra montrer patte blanche, business model solide et retour sur investissement crédible. La techno fait toujours rêver, mais la finance, elle, ne dort jamais.

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