À Bayonne, ça fait maintenant quatre ans que l’Hermione joue les pensionnaires longue durée en cale sèche. Au départ, on parlait de six mois de réparation, une petite remise à neuf comme on refait la carrosserie d’une vieille 4L. Mais au fil des mois, la frégate historique, attaquée par des champignons xylophages, s’est transformée en chantier pharaonique. Déjà cinq millions d’euros claqués pour la coque, et il en manque encore autant pour espérer la remettre à flot. De quoi donner le mal de mer aux mécènes et vider les caisses des associations de Rochefort jusqu’à Bayonne.
Émilie Beau, la directrice de l’association Hermione-Lafayette, ne supporte pas qu’on parle de « puits sans fond ». Pour elle, l’Hermione, ce n’est pas une péniche moisie, mais « la frégate de la Liberté », un patrimoine aussi symbolique que la Tour Eiffel ou le château de Versailles. Et c’est vrai qu’abandonner ce trois-mâts, réplique du navire qui emmena La Fayette soutenir les insurgés américains, ça ferait désordre dans l’Histoire nationale. Mais voilà, entre les donateurs qu’on supplie comme des parents d’élèves pour acheter des crayons HB, et les mécènes qui se font désirer, la frégate rame pour retrouver son élément naturel : l’eau salée.
Alors on continue d’y croire, on en appelle aux collectivités, aux entreprises, à tout ce qui peut gratter un billet. Parce que si ça foire, l’Hermione ne sera pas un patrimoine sauvé, mais un monument exposé aux champignons. À ce rythme, elle risque de finir en œuvre contemporaine : « Frégate boisée en décomposition naturelle », une performance sponsorisée par Daucy ou Bonduelle.
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