Le 5 mars 2026, à Bardos, ça ne va pas labourer dans le vide. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Fonds de dotation Indarra organise, en collaboration avec Andere Nahia, une soirée qui ne compte pas rester en jachère. Son nom ? Femmes Paysannes. Son ambition ? Mettre en pleine lumière celles qui bossent la terre, gèrent des exploitations, montent des projets, bricolent des solutions et tiennent la baraque agricole à bout de bras. Autrement dit : faire pousser de la visibilité là où, trop souvent, on ne récolte que de la discrétion
On a encore trop tendance à coller l’image du paysan en bottes crottées, casquette vissée sur le crâne, tracteur en fond sonore. Sauf que dans les champs, les bergeries, les serres et les ateliers de transformation, il y a aussi des femmes. Et pas en figurantes. Cheffes d’exploitation, porteuses de projets, repreneuses de fermes familiales, innovatrices en circuits courts : elles sèment, elles récoltent, elles comptent les sous, elles négocient, elles réparent et elles encaissent.
Femmes Paysannes veut justement visibiliser (oui, le mot est assumé) les défis que rencontrent ces agricultrices. Installation agricole, adaptation des outils pensés historiquement pour des morphologies masculines, équilibre entre vie pro et vie perso, reconnaissance institutionnelle… Le quotidien n’est pas toujours un long champ de blé doré sous le soleil couchant. Parfois, c’est plutôt gadoue, paperasse et charge mentale en bottes de sept lieues.
Pensé et construit avec Andere Nahia, le projet s’inscrit dans la continuité des actions d’Indarra en faveur de l’égalité. L’association accompagne les femmes dans la création, la reprise et le développement d’activité. Autrement dit, elle ne fait pas que causer empowerment autour d’un café : elle met les mains dans le cambouis entrepreneurial.
Un studio photo pour sortir les agricultrices de l’ombre
Mais le clou de la soirée, celui qui risque de faire crépiter les flashs autant que les idées, c’est le studio photo installé sur place. Le 5 mars, de 18h à 21h30, au Domaine Etxezahar à Bardos, les agricultrices présentes pourront venir poser. Oui, poser. Pas pour un casting de top model en bottes Aigle, mais pour contribuer à la création d’un annuaire des femmes agricultrices du territoire.
L’objectif est simple et sacrément concret : mieux se connaître, faciliter les mises en relation et renforcer les dynamiques d’entraide. En clair, arrêter de bosser chacune dans son coin du champ et commencer à faire réseau. Parce que l’isolement, en agriculture, ça peut peser plus lourd qu’un sac d’aliment de 50 kilos.
Chaque participante repartira avec son portrait. Un vrai, beau cliché, offert à l’issue de l’événement. Une manière de dire : “On t’a vue. On te voit. Et on veut que ça dure.” Ce studio photo s’inscrit pleinement dans la mission d’Indarra : laisser une trace durable de chaque action menée, avec des livrables concrets, utiles et transmissibles. Pas du blabla en plein vent, mais du solide, du palpable, du prêt-à-accrocher.

Table ronde, projection et cantine : on nourrit l’esprit et l’estomac
La soirée ne sera pas qu’un défilé de portraits. Elle commencera par un temps d’accueil, avant une table ronde animée par le journaliste Yannick Revel. Parmi les intervenantes annoncées : Florence Debove, bergère dans les Pyrénées. Une voix de terrain, du concret, du vécu. D’autres intervenants sont à venir, mais l’idée est déjà claire : parler vrai, sans vernis marketing.
Il sera question d’installation agricole – ce parcours du combattant version bottes crottées –, d’adaptation des outils, de trajectoires de vie. Comment on reprend une ferme ? Comment on s’impose dans un milieu encore très masculin ? Comment on conjugue ambitions, réalités économiques et engagements personnels ? Des sujets costauds, pas des discussions de comptoir.
La soirée se poursuivra avec une projection-débat autour du documentaire Fleurir de Amanda Meunier. Le film interroge la reprise de la ferme familiale à partir de l’histoire de la réalisatrice elle-même. Transmission, héritage, choix de vie : tout ce qui fait que l’agriculture, ce n’est pas qu’un métier, c’est souvent une histoire de famille, de racines et de tripes. La projection sera suivie d’un échange avec la réalisatrice. De quoi remuer les mottes et les consciences.
Et parce qu’on ne refait pas le monde le ventre vide, place ensuite à une cantine paysanne. Au menu : les productions et savoir-faire du territoire, cuisinés par les cheffes Jessica Saint Rémy et Pauline Sgarzy, toutes deux accompagnées par Andere Nahia lors de la création de leur activité. Là encore, du local, du concret, du circuit court qui ne tourne pas en rond.
Indarra : la force tranquille qui veut secouer les lignes
Indarra, qui signifie “la force” en basque, n’a pas choisi son nom au hasard. Fondé par le Crédit Agricole Pyrénées-Gascogne, le fonds de dotation agit sur son territoire d’ancrage – Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Gers – pour soutenir des dynamiques économiques, culturelles et sociétales à impact positif. L’idée n’est pas de distribuer des médailles en chocolat, mais de fédérer des acteur·trice·s autour de projets d’intérêt général.
Avec Femmes Paysannes, Indarra continue de labourer le terrain de l’égalité. Pas à coups de slogans creux, mais avec des actions qui laissent une trace : un annuaire, des rencontres, des échanges, des portraits. Des outils pour que les agricultrices ne soient plus les invisibles de la PAC, les silhouettes derrière le mari sur la photo officielle, les “aides” qu’on oublie de nommer.
Le 5 mars, on sème de la visibilité
Le rendez-vous est fixé : mercredi 5 mars 2026, de 18h à 21h30, au Domaine Etxezahar à Bardos. Entrée gratuite, sur inscription. Et pour les agricultrices qui veulent participer au projet d’annuaire, il suffit de cocher l’option dédiée lors de l’inscription. Simple comme un coup de binette.
Dans un monde agricole souvent secoué par les crises, les charges qui flambent, les revenus en dents de scie et les normes qui pleuvent, prendre le temps de mettre les femmes en lumière n’a rien d’anecdotique. C’est politique, au sens noble. C’est aussi profondément humain.
Alors oui, il y aura des bottes, des mains calleuses, des parcours cabossés et des projets qui tiennent debout à la force du poignet. Mais il y aura surtout des visages. Des regards. Des histoires. Et cette petite étincelle qui dit que l’égalité, ça ne pousse pas tout seul : ça se cultive.
Le 5 mars, à Bardos, les femmes paysannes ne feront pas que nourrir le territoire. Elles prendront la pose. Et mine de rien, ça pourrait bien faire germer quelque chose de durable.

