Dans les vallées basques, quand les langues se délient, ça part plus vite qu’un feu de broussailles. Un mot de trop au marché, un gamin qui dit avoir vu sa voisine caresser un bouc noir sous la lune, et hop : on bascule du folklore au tribunal. À Zugarramurdi, les grottes résonnaient de chants et de danses paysannes… mais pour l’Inquisition, c’était forcément des karaokés sataniques
Direction Logroño, où l’Inquisition espagnole sort l’artillerie lourde. Après avoir collecté les ragots et interrogé à tour de bras, les juges lancent la grande première : l’auto de fe de novembre 1610. Imaginez-vous une place bondée, des condamnés habillés de sanbenitos (tuniques infamantes), et un public chauffé à blanc. Pas d’amuse-gueules, mais des exécutions en guise de spectacle. Le bûcher, c’était la série phare du moment.
Au générique, on retrouve surtout des femmes, à savoir guérisseuses, marginales, ou simplement voisines qui avaient eu le malheur de se fâcher avec quelqu’un de bien placé. Quelques hommes aussi, histoire de faire bonne mesure. Tous sont accusés d’avoir pactisé avec le diable, assisté à des sabbats, ou volé la nuit sur des balais qui n’avaient jamais rien demandé à personne.
L’affaire María de Ximildegui
Parmi les figures marquantes, une certaine María de Ximildegui, revenue de France et accusée d’avoir ramené dans ses bagages un manuel du diable. Son témoignage (sous pression, bien sûr) servira de carburant pour enflammer tout le procès. Comme quoi, parfois, il suffit d’un témoin pour transformer une grotte en Hollywood de l’Inquisition.
Les fameuses grottes, aujourd’hui temple du tourisme, étaient décrites comme le QG des sorcières. Là où les villageois voyaient des repas collectifs et des chants au coin du feu, les juges voyaient orgies, sacrifices et bals diaboliques. Un vrai malentendu culturel : barbecue ou messe noire ? Tout dépendait du regard de celui qui tenait la plume… et le pouvoir.
Novembre 1610, Logroño. 11 accusés montent sur l’échafaud. Six d’entre eux sont brûlés vifs, les autres subissent diverses peines d’infamie. Pour l’Inquisition, c’est un coup d’éclat : on montre les muscles, on prouve qu’on a la main sur le territoire, et on rappelle à tout le monde que danser au clair de lune peut vous coûter la peau.

Après le grand show de 1610, la machine inquisitoriale ralentit. Les vagues de dénonciations, parfois ridicules, saturent les tribunaux. Certains juges commencent même à trouver que ça sent un peu trop la poudre. Résultat : visites pastorales, relâchements, sermons moralisateurs plutôt que flammes. Mais le mal est fait : le traumatisme reste, les noms circulent, les familles sont marquées à vie.
Mémoire et revanche des grottes
Aujourd’hui, la grotte de Zugarramurdi est tout sauf un enfer : musée, visites guidées, festivals. Là où l’Inquisition voyait des sabbats, on organise des fêtes. Les « sorginak » sont devenues des mascottes culturelles, symboles d’identité basque et d’émancipation. Comme un pied de nez historique, ce qui fut drame devient patrimoine.
Verdict journalistique
L’histoire de Zugarramurdi et de l’auto de fe de Logroño, c’est un scénario digne d’une série noire : dénonciations bidons, juges en roue libre, et villageois pris en otage par la peur. À force de voir le diable derrière chaque buisson, l’Inquisition a transformé une grotte conviviale en décor d’horreur. Mais cinq siècles plus tard, ce sont les sorcières qui rient encore. Elles sont partout sur les affiches, dans les musées, et dans la mémoire collective. Quant à l’Inquisition, elle a laissé sa réputation dans les cendres de ses propres bûchers.
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