Autrefois grillées façon marshmallow sur les bûchers de Navarre et du Labourd, les sorcières basques ont pris leur revanche. Et pas qu’un peu ! Les revoilà en haut de l’affiche, stars de ciné, mascottes de musées, héroïnes de festivals. Bref, de la cendre au strass, elles ont troqué le chapeau pointu contre les projecteurs. Et croyez-moi, elles envoûtent encore, sauf que cette fois, c’est le box-office qui crépite, pas les fagots
Netflix s’est régalé avec Akelarre (2020), où les jeunes basques accusées de sorcellerie dans les années 1600 se retrouvent en mode girl power sous l’œil d’inquisiteurs qui ont plus de fièvre que de foi. Fini le manuel d’exorcisme : place aux dialogues qui claquent et à l’esthétique léchée. Le spectateur en redemande, et les sorcières, autrefois accusées de sabbats salaces, deviennent icônes féministes. Comme quoi, on passe vite du « bûcher des vanités » au « film du samedi ».
Musées, folklore et tourisme ensorcelé
Direction Zugarramurdi, côté espagnol, où la Cueva de las Brujas est devenue Disneyland version diabolique. On s’y balade au frais dans des grottes où, soi-disant, les sorcières faisaient la bamboche nocturne. Le musée local vend des mugs, des tee-shirts, des bouquins : de quoi transformer le diable en devise (monétaire, pas satanique). En Labourd, la légende des sabbats du mont Larrun attire les curieux en quête de selfies mystiques. Bref, les sorcières font marcher la boutique mieux que n’importe quel sortilège.
Chants, contes et kermesses envoûtées
Les sorcières basques ne hantent plus les procès-verbaux, mais les contes, les chants et les festivals. Entre deux trikitixas et un verre d’Izarra, on rejoue des sabbats en mode chorégraphie. Certains villages organisent même des « akelarres folkloriques » pour les touristes. On est passé du supplice au spectacle, du maléfice au bénéfice. Les gamins dansent là où leurs ancêtres tremblaient, et les anciens hochent la tête : « on a grillé des voisines pour moins que ça… ».

De l’épouvante à l’empowerment
Le retournement est savoureux : celles qu’on traitait de suppôts du malin sont devenues symboles de liberté, d’indépendance et de féminisme. Un peu comme si les bourreaux d’hier avaient, sans le savoir, écrit le scénario d’un futur carton en salle obscure. Les sorcières basques incarnent aujourd’hui la revanche des marginales, la victoire des maudites. Elles sont les icônes qu’on imprime sur des tote-bags, les héroïnes qu’on cite en colloque, les figures qu’on met en scène pour exorciser notre propre peur de l’autre.
Verdict journalistique : des cendres au strass
Les sorcières basques n’ont pas fini de jeter des sorts. Elles ont troqué les flammes du bûcher contre celles des projecteurs, les cachots contre les grottes-musées, les cris d’agonie contre les rires des spectateurs. On pensait les avoir effacées, et voilà qu’elles reviennent, plus vivantes que jamais, dans la mémoire, les contes et la pop culture. Finalement, l’Histoire avait juste mis ces dames en pause : elles n’attendaient que leur heure pour renaître, façon phénix… ou plutôt façon sorcière superstar.
Et gare à celui qui dirait qu’elles n’ont plus de pouvoir : ces gonzesses ensorcellent désormais le capitalisme lui-même. Si ça, c’est pas de la magie noire…
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