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Dossier agriculteurs : Mercadal a-t-il (malheureusement) raison ?




Ou comment une démocratie finit par se prendre les pieds dans ses bottes. Bon. Maintenant que les bottes sont pleines de boue, que les tracteurs sont en travers de la route et que la République commence à tousser comme un vieux moteur diesel mal réglé, il faut bien poser la question qui gratte : Et si Mercadal n’avait pas totalement tort ?

Attention, pas raison au sens noble, pas raison comme dans un manuel d’instruction civique relié en cuir recyclé. Raison au sens sale, pragmatique, terre-à-terre. Raison du type qui a tout essayé, qui a frappé à toutes les portes, et qui finit par comprendre que le bouton “dialogue” n’est plus branché sur rien.

Le paradoxe bien gras de la démocratie agricole

Le paradoxe est simple, et il pue un peu comme une benne à lisier en plein mois d’août.

D’un côté, on explique aux agriculteurs qu’ils sont essentiels, qu’ils nourrissent la nation, qu’ils incarnent le terroir, la tradition, la France qui se lève tôt.

De l’autre, on les traite comme une variable d’ajustement, un poste de dépense à réduire, un décor folklorique qu’on sort au Salon de l’Agriculture puis qu’on range dans la grange jusqu’à l’année suivante.

Résultat : le paysan finit par se dire qu’il est important symboliquement, mais jetable économiquement. Un peu comme une vieille charrue qu’on garde pour la photo mais qu’on n’utilise plus pour bosser.

Quand la légalité devient un luxe

C’est là que le bât blesse, et pas qu’un peu.

Dans l’idéal républicain, on manifeste, on négocie, on vote, et à la fin, ça bouge. Dans la vraie vie agricole, on manifeste, on négocie, on vote… et on ferme boutique.

Alors forcément, quand quelqu’un débarque en disant :

« Les gars, arrêtez de parler, bloquez tout, et vous verrez que ça réagit »,

il ne passe pas pour un fou furieux. Il passe pour un type qui a pigé comment fonctionne vraiment le système.

C’est ça, le vrai scandale. Pas Mercadal.

Le scandale, c’est que l’illégalité semble parfois plus efficace que la loi. Que le bordel paie mieux que le dossier bien rempli. Que la menace fasse plus bouger que la raison.

Un État qui n’écoute plus que quand ça gueule

À force de gérer les crises à coups d’urgence, l’État a envoyé un message limpide, même s’il ne l’a jamais écrit noir sur blanc :

« Si tu veux être entendu, fais du bruit. Si tu veux être servi, fais peur. »

Autant dire une pédagogie catastrophique.

Parce qu’une fois que les gens ont compris ça, ils arrêtent de chuchoter. Ils crient. Ils bloquent. Ils tapent du poing sur la table. Et parfois, ils renversent la table.

Et après, on s’étonne que la démocratie ressemble à une foire d’empoigne, avec des CRS d’un côté et des tracteurs de l’autre, pendant que le bon sens regarde le spectacle depuis la barrière, en se demandant comment on en est arrivé là.

Mercadal : symptôme, pas solution

Soyons clairs : Mercadal n’est pas la solution.

Ce n’est pas un guide, ni un modèle, ni un sauveur en bottes crottées.

C’est un symptôme, comme une fièvre bien carabinée qui te dit que ton organisme déconne sévère.

Le suivre aveuglément, ce serait confondre le thermomètre avec le médecin.

Mais l’ignorer, le ridiculiser, le diaboliser, ce serait refuser de regarder la maladie.

Car ce qu’il révèle, c’est un truc simple et terrifiant : une partie du pays ne croit plus que la politique travaille pour elle.

La souveraineté alimentaire : combien ça coûte, vraiment ?

La vraie question, au fond, n’est pas morale. Elle est budgétaire et politique.

Combien la société est-elle prête à payer pour manger ce qu’elle produit ?

Combien vaut une ferme qui ne ferme pas ?

Combien coûte un pays qui ne dépend pas des cargos et des accords signés à 10 000 bornes ?

Parce que si la réponse est : « Trop cher », alors qu’on arrête l’hypocrisie.

Qu’on dise clairement aux agriculteurs : « Merci pour le folklore, maintenant dégagez. »

Mais si on estime que nourrir un pays, maintenir un tissu rural, préserver une cohésion sociale, ça a un prix, alors il va falloir arrêter de traiter l’agriculture comme un vieux meuble encombrant.

Dernière question avant que tout parte en vrille

La démocratie n’explose jamais d’un coup.

Elle se fissure. Elle craque. Elle fait des bruits bizarres.

Et souvent, ce sont ceux qu’on n’écoute plus qui tapent les premiers pour prévenir.

Alors oui, la violence est dangereuse.

Oui, elle menace l’État de droit.

Oui, elle ouvre la porte aux pires récupérations.

Mais poser uniquement ces constats sans traiter la cause, c’est comme repeindre une grange pendant que les fondations s’effondrent.

La vraie question n’est donc pas :

« Mercadal a-t-il raison ? »

La vraie question est :

« Combien de Mercadal faudra-t-il encore avant que quelqu’un, là-haut, comprenne que le champ est en train de brûler ? »

Parce qu’à force de laisser crever ceux qui nourrissent le pays,

ce n’est pas la République qu’on protège, c’est le chaos qu’on engraisse. ?

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