À quelques encablures de Noël, la Bourse de Paris a levé le pied. Pas de sprint, pas de plongeon, juste un petit jogging tranquille, histoire de garder la forme avant d’attaquer la dinde et la bûche. Ce vendredi matin, le CAC 40 démarre sans grande tendance, collé à l’équilibre. L’indice parisien flirte avec les 8 157 points, ni franchement euphorique, ni franchement déprimé, bref dans cet entre-deux typiquement boursier où tout le monde regarde l’horloge en pensant déjà aux congés
Il faut dire que la séance a des airs de trêve des confiseurs avant l’heure. Dernière session de l’ultime semaine complète de 2025, volumes allégés, agenda macro quasi vide : le marché ressemble à un open space un vendredi après-midi, avec des écrans allumés mais des cerveaux déjà partis en vacances. Après une semaine bien chargée côté annonces monétaires et statistiques américaines, les investisseurs semblent surtout occupés à faire leurs comptes, ranger leurs portefeuilles et ajuster deux ou trois lignes avant de fermer le laptop.
Wall Street a donné le ton, Paris écoute d’une oreille
Si l’ambiance est calme, elle n’est pas plombée pour autant. Le marché continue de surfer sur les chiffres rassurants de l’inflation américaine, qui ont fait baisser la pression. Ajoutez à cela les perspectives bien costaudes du fabricant de semi-conducteurs Micron, porté par la vague IA, et vous obtenez une Wall Street plutôt souriante la veille. Le Dow Jones a grappillé 0,1%, le S&P 500 a pris 0,8% et le Nasdaq a carrément appuyé sur l’accélérateur avec +1,4%. Pas un feu d’artifice, mais un joli petit billet vert de fin de semaine. A noter quand même que le Nasdaq est un peu à la bourre…
Ces performances ont surtout permis aux indices américains de repasser largement au-dessus de leur moyenne mobile à 50 jours. Pour les amateurs de signaux techniques, c’est un peu comme voir un voyant passer du rouge à l’orange : ça ne garantit pas le jackpot, mais ça remet un peu de baume au cœur. Certains y voient déjà l’amorce d’un éventuel rally de fin d’année, ce moment magique où les marchés montent doucement pendant que les salles de marché se vident.
La BCE sort le discours rassurant, sans toucher aux boutons
En Europe, les opérateurs digèrent aussi le message livré par la Banque centrale européenne. Pas de changement de taux, pas de coup de théâtre, mais un ton plutôt encourageant. La BCE a relevé ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2026, ce qui, en langage boursier, équivaut à un clin d’œil appuyé : “ça tient la route, vous pouvez respirer”. Résultat, le moral des investisseurs reste plutôt bon, même si personne ne saute encore sur sa chaise.
Les analystes de Danske Bank ont résumé l’ambiance avec une formule qui fleure bon le jargon de salle de marché : un scénario “Goldilocks”. Ni trop chaud, ni trop froid, juste comme il faut. Selon eux, les actions ont progressé avec une nette préférence pour les valeurs cycliques, la volatilité mesurée par le VIX s’est calmée, les rendements obligataires se sont détendus, les spreads de crédit se sont resserrés et, cerise sur le gâteau numérique, le bitcoin a continué sa petite grimpette. Autrement dit, tout le monde s’est un peu détendu, comme après un bon bilan trimestriel.
Optimisme au guichet, prudence dans les poches
Que faut-il retenir de ce cocktail macro-financier ? Toujours selon les stratèges danois, les investisseurs abordent l’année à venir avec un état d’esprit plutôt positif. Les fondamentaux macroéconomiques sont jugés suffisamment solides pour soutenir une nouvelle année de performances correctes sur les actifs risqués. Traduction argot boursier : le marché n’a pas l’air prêt à se casser la figure, même s’il garde un œil sur la sortie de secours.
Cette confiance relative a permis à l’indice STOXX Europe 600 d’inscrire un nouveau plus haut historique. De son côté, le CAC 40 s’est adjugé 0,8% jeudi pour terminer à 8 150,6 points. Sur la semaine, le gain avoisine désormais 1%. À ce rythme, l’indice parisien n’est plus qu’à 160 points, soit environ 2%, de son record absolu de 8 314,2 points. De quoi titiller l’ego des investisseurs et donner envie de pousser gentiment les cours à la hausse pendant la trêve des confiseurs, période traditionnellement calme mais souvent favorable sur le plan saisonnier.
Calendrier light, volumes light, traders en mode économie d’énergie
Après une semaine dense en discours de banquiers centraux et en indicateurs économiques, le calendrier du jour ressemble à un désert macroéconomique. Pas de stats majeures à se mettre sous la dent, ce qui promet des volumes d’échanges réduits. En clair, beaucoup de clics mous, peu de convictions tranchées et des écrans qui clignotent pour la forme.
Attention toutefois à la séance de ce vendredi, marquée par le phénomène des “quatre sorcières”. Derrière ce nom digne d’un film de fantasy se cache l’expiration simultanée des options et futures sur actions et sur indices. Un rendez-vous technique qui peut réveiller la volatilité, pousser certains acteurs à solder leurs positions et à fermer leurs livres de comptes avant de passer à autre chose. Un moment où ça peut brièvement secouer, avant de retomber aussi vite qu’un soufflé spéculatif.
Nike, FedEx et le marché qui relativise
Les résultats mitigés publiés jeudi soir par les géants américains Nike et FedEx n’ont pas vraiment plombé l’ambiance. Les investisseurs semblent déjà tourner leur regard vers la prochaine saison des résultats, attendue dès janvier. À ce stade de l’année, les chiffres du passé comptent moins que les promesses du futur. Et en Bourse, on adore les promesses, surtout quand elles sont accompagnées de perspectives “solides” et de graphiques orientés vers le haut.
Bref, le CAC 40 termine la semaine sans grande tendance, mais sans panique non plus. Le marché est en mode gestion de fin d’exercice : on sécurise, on ajuste, on évite les grosses bêtises et on garde un œil sur les records à portée de main. Pas de krach à l’horizon immédiat, pas d’euphorie débridée non plus. Juste une Bourse qui fait ses comptes, l’œil déjà rivé sur 2026, pendant que les traders rêvent de congés payés et que les indices, eux, continuent de jouer à la marelle autour de leurs plus hauts.
Source : Zonebourse.com
