Burn-out, blouses froissées et batteries à plat : au Pays Basque, Théra soigne ceux qui tiennent encore debout




Il y a des chiffres qui claquent comme une gifle en salle de pause. 55 % des soignants français ont traversé un burn-out ces dernières années. Pas un petit coup de mou, pas une fatigue de fin de garde, non : le vrai burn-out, celui qui te vide la tête, te plombe le corps et te fait douter de tout, même de ta vocation. Derrière les blouses bien repassées, les sourires pro et les “ça va aller”, le moteur est souvent en surchauffe, le voyant rouge allumé depuis bien trop longtemps

Et le pire, c’est que tout le monde le sait. Les soignants eux-mêmes le disent, sans détour : 89 % estiment que leur propre santé impacte directement la qualité de la prise en charge des patients. Traduction brute de décoffrage : quand celui qui soigne est à bout, le soin lui-même trinque. Logique implacable. Pourtant, pendant des années, le sujet est resté coincé sous le tapis, planqué derrière le sens du devoir, la vocation, et cette foutue habitude de serrer les dents en silence.

C’est précisément contre ce mur du non-dit qu’est née Théra, une association lancée en 2023 par Lucas Bengoechea, ostéopathe à Biarritz. Pas un gourou du développement personnel ni un énième coach hors-sol, mais un soignant, du terrain, qui connaît la musique… et surtout la fatigue qui va avec.

Quand le système isole, Théra reconnecte

L’idée de Théra est d’une simplicité presque insolente : remettre du lien là où le système a organisé la solitude. Dans un monde médical de plus en plus fragmenté, administrativisé, pressurisé, chacun finit dans son couloir, sa spécialité, son agenda saturé. On soigne côte à côte, mais rarement ensemble. On encaisse, on avance, et on garde pour soi les valises émotionnelles, jusqu’au moment où elles deviennent trop lourdes à porter.

Théra a décidé d’ouvrir des espaces pour poser ces valises. Pas pour se plaindre à longueur de temps, mais pour parler vrai, entre pairs, sans hiérarchie, sans jugement, sans blouse blanche à défendre. Médecins, infirmiers, aides-soignants, professionnels du médico-social, étudiants en santé : ici, tout le monde est logé à la même enseigne, celle de l’humain avant le professionnel.

L’association se définit comme une communauté de confiance, pensée par et pour les soignants. Un détail qui n’en est pas un. Parce que quand l’entraide vient de l’intérieur, elle sonne juste. Pas de leçon, pas de morale, pas de diagnostic à la volée. Juste des espaces pour respirer, reconnecter, et parfois repérer les signaux faibles avant que le corps ou la tête n’appuient brutalement sur le bouton “stop”.

Santé mentale : sortir du déni avant la casse

Chez Théra, on ne tourne pas autour du pot. Les risques sont identifiés, connus, documentés : isolement, surcharge mentale, sur-engagement professionnel, déni de l’épuisement, comportements à risque, arrêts maladie à répétition, et dans les cas les plus tragiques, le suicide. Le tableau est lourd, mais fermer les yeux ne l’allégera pas.

Les recommandations sont claires : il faut créer et encourager des espaces de rencontre et de lien social interprofessionnel. Pas des gadgets, pas des réunions PowerPoint, mais des moments réels, incarnés, où la parole peut circuler. C’est précisément ce que Théra met en place, convaincue que les activités entre soignants permettent de repérer les signes avant-coureurs du burn-out avant l’implosion.

Ici, la santé mentale n’est pas un gros mot, ni un sujet annexe. C’est la base. Le socle. Le carburant sans lequel même le meilleur des soignants finit par caler sur le bas-côté.

Cercles de parole et afterworks : soigner autrement

Concrètement, Théra déploie ses actions à travers des cercles de parole, des afterworks solidaires, des activités sportives et bien-être, des ateliers créatifs et des temps de formation. Le tout dans un cadre strict de confidentialité et de bienveillance, tenu par des facilitateurs formés par l’association.

Les cercles Théra, par exemple, offrent un espace sécurisé où chacun peut déposer ce qu’il a sur le cœur. Pas d’obligation de parler, pas de pression. On vient comme on est (comme chez McDo), avec sa fatigue, ses doutes, parfois ses larmes, parfois son humour noir… ce mécanisme de survie bien connu des soignants.

Les afterworks, eux, cassent l’image du soin austère et plombant. On se retrouve, on échange, on apprend, on expérimente. Le sérieux du fond n’empêche pas la légèreté de la forme. Parce que prendre soin de soi, ce n’est pas forcément se taire dans un coin sombre. C’est aussi rire, partager un verre, se rappeler qu’on est vivant et entouré.

Une communauté qui grandit, un réseau qui s’ancre

Depuis 2023, Théra organise des événements en présentiel au Pays Basque, notamment à Biarritz. Et la dynamique prend. Face à l’ampleur des besoins, l’association a également structuré sa communauté via une plateforme dédiée, afin de maintenir le lien, coordonner les actions et permettre aux membres de rester connectés entre deux rendez-vous physiques.

Rejoindre la Théra Family, ce n’est pas signer pour une énième newsletter culpabilisante. C’est d’abord un échange de 30 minutes en visio, pour faire connaissance, comprendre le parcours, les attentes, les envies. On y découvre les services proposés, le fonctionnement de la communauté et les modalités d’adhésion. Simple, humain, sans embrouille.

L’adhésion annuelle reste volontairement accessible, parce que la solidarité ne devrait pas être un luxe. Et surtout, parce que le soin commence par la possibilité d’y accéder.

Soigner les soignants, enfin

Le constat est sans appel : les professionnels de santé tiennent le système à bout de bras, souvent sans reconnaissance à la hauteur, avec une paperasse qui déborde, des plannings éclatés et une pression constante. Et paradoxalement, ce sont eux qui disposent de moins d’espaces pour prendre soin d’eux.

Théra est née de cette absurdité. De cette envie de créer des lieux où l’on peut se rencontrer autrement, hors du rythme infernal, hors des cases. Des lieux où l’on se rappelle que derrière chaque blouse, il y a un corps, une tête, une vie.

Sans grands discours, sans promesse miracle, l’association trace son chemin. Elle ne prétend pas tout réparer, mais elle offre quelque chose de précieux : du lien, de l’écoute, et le droit de ne pas aller bien. Et parfois, c’est déjà énorme.

Dans un monde où l’on demande aux soignants d’être solides en permanence, Théra leur tend enfin une chaise, un verre d’eau, et une oreille attentive. Juste de quoi reprendre son souffle. Et continuer, ensemble.


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