À Paris comme ailleurs, la Bourse a encore donné l’impression d’avoir passé la nuit sur un mauvais canapé : réveil difficile, démarche hésitante et moral dans les chaussettes. Le CAC 40 a terminé la séance de vendredi en petite marche arrière, –0,07%, un pas de côté plus symbolique que franchement douloureux, mais suffisant pour confirmer une ambiance générale en mode « marché sous tension ». Rien de spectaculaire, mais pas de quoi sabrer le champagne non plus. Les investisseurs ont gardé le doigt crispé sur la souris, l’œil rivé sur les écrans et l’estomac un peu noué, comme quand on sent que ça peut tanguer à tout moment
Dans le rôle des poids morts du jour, Saint-Gobain, Kering et Bouygues ont tiré l’indice vers le bas, façon enclume accrochée au pied du CAC. Rien de dramatique pris individuellement, mais mis bout à bout, ça suffit à plomber l’ambiance. Ailleurs en Europe, ce n’était guère plus folichon : Londres a reculé doucement, Francfort a gratté un micro-centime de hausse, histoire de dire qu’elle était vivante. Bref, le Vieux Continent a avancé en crabe, sans conviction, sans panache, en attendant que le brouillard se lève.
Une semaine dans le rouge
Sur l’ensemble de la semaine, le CAC 40 recule de 1,4%. Deuxième semaine consécutive à manger du rouge, après un précédent repli déjà bien indigeste. Autant dire que les portefeuilles ont pris un petit coup derrière la nuque. La cause ? Un cocktail bien chargé de géopolitique, de déclarations à l’emporte-pièce et de revirements dignes d’une série Netflix.
Washington a d’abord sorti la carte du Groenland, avec des visées expansionnistes qui ont fait lever un sourcil aux marchés. Puis sont arrivées les menaces de droits de douane contre les Européens pas assez coopératifs, avant que le milliardaire à la mèche la plus célèbre du monde ne fasse machine arrière. Résultat : un psychodrame en plusieurs actes, suivi en direct par des marchés qui détestent l’improvisation. Comme le résument les analystes de Rothschild, le léger apaisement géopolitique a permis un rebond des actifs risqués, mais le mal était déjà fait : la confiance a pris un petit coup de latte.
Quand le monde chauffe, la défense encaisse
Dans ce grand bazar international, un secteur continue de bomber le torse : la défense. Pendant que le reste du marché hésite, les valeurs militaires avancent en rang serré, rangers bien lacées et carnet de commandes sous le bras. À Paris, Thales s’est offert la meilleure perf du CAC avec une hausse solide, suivi de près par Safran. À Francfort, Rheinmetall a fait parler la poudre, pendant qu’à Londres, BAE Systems avançait sans faire de bruit, mais sûrement.
Le message est limpide : quand la planète se crispe, les budgets militaires se détendent. Comme le souligne Bastien Drut chez CPR AM, le secteur surperforme largement depuis le début de l’année, sur tous les continents. Ukraine, Taïwan, Gaza, Iran… la carte du monde ressemble à un plateau de Risk mal rangé, et les investisseurs ont bien compris que les États allaient continuer à sortir le chéquier pour la défense. Cynique ? Peut-être. Efficace en Bourse ? Clairement.
Droits de douane, inflation et ménages sous pression
Aux États-Unis, les recettes douanières ont explosé, passant de 79 à 264 milliards de dollars en un an. Sur le papier, ça claque. Dans la vraie vie, c’est moins glamour. Présentées comme une taxe sur l’étranger, ces mesures retombent en réalité sur les ménages américains, avec environ un demi-point d’inflation supplémentaire dans les dents. La consommation tient encore debout, mais elle fait ça en équilibre sur un fil, soutenue par un taux d’épargne tombé à 3,5%, son plus bas niveau depuis trois ans. En clair : les Américains consomment, mais en tirant sur la corde.
Les marchés regardent aussi de près la Fed, où la succession de Jerome Powell commence à sentir le soufre politique. Kevin Warsh apparaît comme favori, et la réunion du FOMC du 28 janvier est attendue comme un épisode clé pour jauger l’indépendance de la banque centrale. Autant dire que la moindre phrase mal calibrée peut faire vibrer les marchés comme un tweet malheureux en pleine séance de qui vous savez.
En Europe, la BCE joue la montre
Sur le Vieux Continent, le tempo est plus posé. Goldman Sachs estime que la BCE devrait maintenir ses taux inchangés en 2026. Pas de panique, pas de geste brusque, tant que la croissance tient et que l’inflation reste à peu près dans les clous. Pour l’instant, la politique monétaire est jugée adéquate. Sauf gros dérapage économique ou série noire de statistiques, le statu quo devrait l’emporter. Une stratégie du « on ne touche à rien tant que ça ne casse pas ».
Pendant ce temps, la France a sorti l’artillerie constitutionnelle avec un 49.3 pour faire passer son budget 2026, entérinant un déficit public autour de 5% du PIB. Pas glorieux, mais assumé. Les marchés ont pris note, sans broncher outre mesure, preuve que le seuil de tolérance à la dette reste élevé… pour l’instant.
Des indicateurs qui se contredisent, comme souvent
Côté statistiques, le tableau est aussi contrasté que les écrans d’un trader un jour de Fed. Dans la zone euro, l’indice PMI composite reste au-dessus de 50, signalant une croissance modérée mais continue. En France, le climat des affaires tient bon, proche de sa moyenne de long terme, mais le PMI retombe en zone de contraction, rappelant que tout n’est pas rose sous le capot.
Au Royaume-Uni, les ventes au détail repartent timidement à la hausse, tandis qu’en Allemagne, l’activité surprend positivement avec un PMI composite plus solide qu’attendu. Outre-Atlantique, les PMI américains confirment une économie qui avance, sans s’emballer, mais sans caler non plus. Bref, chacun rame dans son couloir, à son rythme, sans vraie synchronisation globale.
Des valeurs qui flambent, d’autres qui se crashent
Sur le front des valeurs, Ericsson a mis le feu au parquet avec une envolée à deux chiffres, grâce à une stratégie axée sur les marges plutôt que sur la course au volume. Nokia a profité de l’aspiration, pendant que Stif s’est offert un joli rallye après des revenus supérieurs aux attentes.
À l’inverse, Adidas a glissé après une dégradation d’analyste, preuve que même les baskets peuvent déraper. Mais la vraie claque, c’est Ubisoft qui l’a prise. Près de 41% de chute sur la semaine, une réorganisation brutale, des jeux annulés, des reports en série et une dépréciation massive. Le marché n’a pas aimé, et il l’a fait savoir sans vaseline.

Matières premières : l’or brille, le pétrole frémit
Pendant que les actions se chamaillent, l’or continue de jouer son rôle de valeur refuge, flirtant avec des sommets stratosphériques. Le pétrole, lui, remonte tranquillement, pendant que l’euro reste scotché face au dollar, comme un trader indécis devant son écran.
Au final, les marchés avancent à tâtons, entre espoirs fragiles, tensions géopolitiques persistantes et banques centrales scrutées à la loupe. La défense engrange, la tech tangue, la macro brouille les pistes. Un marché nerveux, un peu paumé, mais toujours debout. Comme souvent en Bourse : ça râle, ça stresse, ça jure… mais ça continue de trader.
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