Les marchés européens ont décidé de sortir le costume trois-pièces et les mocassins vernis : ce vendredi, ça brille, ça cote, ça flambe presque. Les indices prennent de la hauteur comme des traders sous caféine, portés par des PMI un peu moins déprimés que d’habitude et par quelques cadors qui distribuent des dividendes comme des dragées au mariage de la croissance. Bref, ça sent le rebond, même si tout le monde garde un œil en coin sur l’indice PCE américain, le thermomètre préféré de la Fed pour prendre la température de l’inflation. Et quand la Fed tousse, les marchés éternuent
À Paris, le CAC 40 s’offre un petit numéro de haute voltige. Nouveau record en séance à 8 476,61 points, puis une clôture de mi-journée à 8 457,95 points, en hausse de 0,70%. Les bulls ont sorti les cornes et les bears font profil bas. Du côté de l’Euro Stoxx 50, on n’est pas en reste : +0,53% à 6 091,68 points. Ce n’est pas l’euphorie délirante, mais c’est clairement un marché qui a décidé de regarder le verre à moitié plein – quitte à oublier un instant que l’inflation, elle, n’a pas encore dit son dernier mot.
PMI : quasi-stagnation ou quasi-résurrection ?
Le moteur de la matinée ? Les fameux indices PMI, ces baromètres qui font la pluie et le beau temps dans les salles de marché. En France, l’indice PMI Flash composite HCOB de l’activité globale est remonté de 49,1 en janvier à 49,9 en février. Autrement dit : on frôle la barre des 50 points, seuil magique qui sépare la contraction de l’expansion. On n’est pas encore à la fête du slip économique, mais on a rangé le costume de croque-mort. L’activité du secteur privé reste en quasi-stagnation, et n’a dépassé le seuil de croissance qu’une seule fois en dix-huit mois. Autant dire que la croissance joue encore à cache-cache.
En Allemagne, en revanche, ça respire mieux. Le PMI composite ressort à 53,1 en février, contre 52,1 en janvier, et au-dessus des attentes. Les services grimpent à 53,4, le manufacturier passe de 49,1 à 50,7 : il repasse au-dessus de la ligne de flottaison. L’économie allemande, souvent décrite comme le moteur de la zone euro, remet un peu d’essence dans le réservoir. On ne parle pas encore de turbo, mais au moins, ça ne cale plus au feu rouge.
Pour l’ensemble de la zone euro, le PMI composite s’établit à 51,9, contre 51,3 précédemment, là encore au-dessus du consensus. Le secteur manufacturier dépasse les 50 points à 50,8, un niveau qu’il n’avait plus connu depuis 44 mois. Quarante-quatre mois ! À l’échelle des marchés, c’est presque une ère géologique. L’industrie, qui faisait grise mine depuis des trimestres, semble retrouver un peu de souffle, portée notamment par le redressement allemand et les premiers effets des plans de relance.
En clair, l’économie européenne ne court pas le marathon, mais elle a arrêté de boiter. Et pour des marchés toujours à l’affût du moindre signal positif, c’est déjà une bonne raison de sortir les confettis.
L’indice PCE : le grand juge de paix
Mais attention, les traders ne sont pas totalement en roue libre. Dans le viseur : l’indice PCE aux États-Unis, le baromètre d’inflation préféré de la Réserve fédérale. Là-bas, chaque dixième de point peut faire trembler les écrans Bloomberg. Si le PCE montre que l’inflation colle encore aux baskets de l’économie américaine, les espoirs d’assouplissement monétaire pourraient prendre un coup dans l’aile. Et là, les indices risquent de faire moins les malins.
La journée américaine s’annonce chargée : PIB du quatrième trimestre attendu en hausse d’environ 3%, PMI composite préliminaire, indice de confiance du Michigan, ventes de logements neufs…

Une véritable rafale de statistiques. C’est un peu le tir groupé des indicateurs macro, et chacun peut déclencher une salve d’ordres à l’achat ou à la vente. Les marchés européens avancent donc en territoire positif, mais avec ce petit stress sous-jacent, ce frisson boursier qui dit : “Profite, mon gars, mais garde un œil sur la Fed.”
Air Liquide met le gaz, le luxe sort le grand jeu
Au chapitre des valeurs, certaines actions ont clairement décidé de faire la fête. Air Liquide s’offre une belle envolée de 3,52%. Le fournisseur de gaz industriels a relevé son dividende de 12% après des résultats annuels jugés solides. Sur les marchés, un dividende en hausse, c’est comme une tournée générale : ça attire du monde. Les investisseurs applaudissent, les portefeuilles se gonflent, et l’action grimpe.
Le secteur du luxe, lui aussi, sort le champagne. LVMH progresse de 2,86%, Hermès de 2,65%, Kering de 0,98%. Le compartiment est dopé par la performance de Moncler, qui a affiché une hausse spectaculaire de 12,14% au quatrième trimestre. Quand les sacs à main et les doudounes se vendent comme des petits pains, la Bourse adore. Le luxe reste une valeur refuge chic : quand le reste toussote, lui continue de défiler sur le tapis rouge.
À l’inverse, tout le monde ne profite pas du banquet. Coface (-6,66%) et Imerys (-6,30%) subissent les plus fortes corrections du SBF 120. Sur les marchés, il y a toujours des invités qui repartent avec la gueule de bois pendant que les autres sabrent le champagne. C’est la loi de la jungle financière : ça monte, ça descend, et parfois ça fait mal.
Euro stable, pétrole en repli : ambiance mitigée
Sur le marché des changes, l’euro reste quasi stable face au dollar, à 1,1766 billet vert. Pas de grand écart, pas de panique : la devise européenne fait du surplace, en mode “attente et observation”. Là encore, tout dépendra des chiffres américains et des anticipations de politique monétaire.
Le pétrole, en revanche, recule de 0,90%. L’or noir perd un peu de son éclat, preuve que les tensions sur l’énergie ne sont pas au centre des préoccupations immédiates des investisseurs. Pour l’instant, c’est l’inflation et la croissance qui tiennent la vedette.
Bull run ou simple feu de paille ?
Alors, l’Europe boursière est-elle vraiment sur une “bonne direction” ou simplement portée par un courant d’air favorable ? Les PMI montrent une amélioration, certes. L’industrie repasse en zone d’expansion, les services tiennent la barre, et l’Allemagne semble sortir la tête de l’eau. Mais la croissance reste fragile, et l’inflation continue de planer comme un trader un peu trop nerveux.
Les marchés, eux, fonctionnent à l’anticipation. Ils ne regardent pas seulement ce qui est, mais ce qui pourrait être. Et en ce moment, ils veulent croire à un scénario où la croissance tient bon, l’inflation se calme doucement et les banques centrales desserrent l’étau sans casser la machine. Un numéro d’équilibriste, en somme.
Pour l’instant, les écrans sont verts, les indices tutoient leurs sommets et les investisseurs se frottent les mains. Mais dans le grand casino de la finance, la partie n’est jamais vraiment gagnée. Un chiffre décevant, une déclaration un peu trop musclée d’un banquier central, et la fête peut tourner court.
En attendant, l’Europe boursière avance, le menton relevé, portée par ses valeurs stars et par des indicateurs un peu moins moroses. Les traders gardent la main sur la souris, le doigt prêt à cliquer. Car en Bourse, on ne dort jamais vraiment : on veille, on spécule, et surtout, on espère que la prochaine séance sera encore dans le vert.
Sources : Zone Bourse

