Sur les marchés financiers, il y a des jours où ça cavale, et d’autres où tout le monde regarde les écrans en mode poker face, la main sur la souris, l’œil rivé sur la Fed comme on mate un dealer avant de tirer une carte. Cette fin d’année-début d’année côté États-Unis, c’est clairement la deuxième option. Pas de panique générale, pas d’euphorie non plus : juste une grosse respiration collective, façon « on ne baisse pas les taux tout de suite, les gars, faut pas déconner »
Le message est désormais limpide comme un tableau Bloomberg bien paramétré : la probabilité d’une baisse des taux en janvier est quasi nulle. Autrement dit, les espoirs de détente monétaire immédiate viennent de se prendre un stop-loss bien placé. Pas violent, mais net.
L’emploi américain : un chiffre mou, mais pas flingué
Au cœur de ce calme plat, il y a le fameux rapport sur l’emploi américain de décembre, ce graal que tout le marché scrute comme s’il allait révéler le sens de la vie, de l’univers et du prochain trade gagnant. Verdict : 50 000 créations de postes. On est en dessous du consensus (60 000), en dessous aussi du chiffre de novembre (56 000). Sur le papier, ça fait un peu mollo, genre économie qui commence à lever le pied sans enlever les baskets.
Mais attention, parce que les marchés adorent les paradoxes. Le chômage, lui, recule. Attendu à 4,5 %, il glisse à 4,4 %, après avoir flirté avec 4,6 % en novembre. Résultat : le marché du travail ralentit, oui, mais ne se casse pas la gueule. Il trottine, il souffle, mais il tient debout. Pas d’effondrement, pas de crash social, pas de sirènes hurlantes à la Fed.
En clair, l’Amérique embauche moins, mais elle ne licencie pas à la hache. Pour les investisseurs, c’est le scénario « ni trop chaud, ni trop froid ». Une économie qui décélère sans caler, c’est presque sexy sur un graphique macro.
Les salaires : la petite ligne qui change tout
Autre ligne scrutée à la loupe : les salaires. Parce que c’est là que l’inflation aime se cacher comme un mauvais troll sur un forum de traders. Et là, surprise plutôt bien digérée par le marché : +0,3 % sur le mois, pile dans les clous, avec une progression annuelle à 3,8 %, contre 3,6 % attendu.
Traduction en langage de salle de marché : les salaires montent encore, mais sans partir en moonshot. Pas de spirale infernale, pas de flambée incontrôlable. Juste ce qu’il faut pour que les « colombes » (dovish) de la Fed puissent dire : “Regardez, l’inflation se calme, on peut respirer”, pendant que les « faucons » (hawkish) répondent : “Ouais, mais mollo quand même”.
La Fed : pause café après trois baisses
C’est là qu’entre en scène la Réserve fédérale, ce chef d’orchestre qui fait trembler les marchés à chaque hausse de sourcil. Après trois baisses de taux consécutives, la Fed semble prête à lever le pied. Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN Amro Investment Solutions, résume la situation sans langue de bois : les divergences internes restent marquées, mais l’institution devrait marquer une pause lors des deux prochaines réunions.

En clair, la Fed a déjà sorti l’artillerie lourde pour soutenir l’emploi. Maintenant, elle regarde si le bébé marche tout seul. Et si le marché du travail ralentit tranquillement sans s’écrouler, l’inflation redevient la star du tableau de bord. Traduction trader : on surveille les prix comme le lait sur le feu, parce que si ça recommence à bouillir, fini les cadeaux.
La fameuse baisse de taux de janvier ? Oublie. Rayée du calendrier comme une mauvaise IPO. Si certains membres de la Fed continuent d’en parler, ce sera présenté comme une mesure préventive, histoire de rassurer, pas comme une urgence absolue.
Wall Street applaudit… mais pas debout
Du côté de Wall Street, la réaction est à l’image du rapport : positive, mais sans délire. Les contrats à terme avancent gentiment de 0,2 % à 0,3 %. Pas de champagne, pas de confettis, mais des sourires en coin. Les traders aiment bien ce genre de chiffres : pas assez mauvais pour paniquer, pas assez bons pour déclencher une frénésie d’achats.
Le marché se dit que, oui, l’économie ralentit, mais pas suffisamment pour justifier un coup de massue monétaire immédiat. Les analystes de Commerzbank résument l’ambiance : la Fed est confortée dans ses inquiétudes sur l’emploi, mais elle ne va pas dégainer tout de suite. Selon eux, la prochaine vraie baisse de taux, ce serait plutôt en mars. Patience, donc. Le mot préféré des marchés… quand ils n’ont pas le choix.
Dollar costaud, obligations sous tension
Pendant ce temps-là, le dollar reprend un peu de muscle face à l’euro, qui flirte avec les 1,1640, un plus bas d’un mois. Sur le marché obligataire, c’est un autre film : le rendement du Treasury à 10 ans dépasse les 4,18 %, au plus haut depuis un mois. Autrement dit, le marché obligataire price une Fed prudente, pas pressée de rouvrir les vannes.
Pour les traders oblig’, ça sent la vigilance maximale. Les taux longs remontent, signe que la confiance est là, mais que la détente monétaire ne sera pas un long fleuve tranquille.
L’Europe en roue libre
Pendant que Wall Street hésite entre sourire et retenue, les Bourses européennes continuent leur petit bonhomme de chemin, presque indifférentes aux chiffres américains. Le CAC 40 prend 0,4 %, le DAX 0,6 %, l’Euro STOXX 50 plus de 1,1 %. Des records historiques qui s’alignent comme des perles, sans trop de bruit.
Les investisseurs européens semblent jouer la carte du “tant que ça monte, on ne pose pas trop de questions”. Une forme de flegme boursier, rare mais appréciable.
La suite : Michigan et Trump en embuscade
Évidemment, le marché ne s’endort jamais vraiment. Les regards se tournent désormais vers l’indice de confiance de l’Université du Michigan, attendu dans la foulée, et surtout vers une décision très attendue de la Cour suprême américaine sur la légalité des droits de douane dits « réciproques » de Donald Trump. Un verdict qui pourrait, selon son contenu, faire tanguer des indices new-yorkais pourtant bien gras cette semaine.
Parce que oui, même quand les chiffres macro sont sages, il suffit d’une décision politique mal ficelée pour envoyer valser les graphiques.
Au final, le tableau est clair : pas de baisse de taux en janvier, une Fed qui temporise, un marché du travail qui ralentit sans sombrer, et des investisseurs qui avancent en mode gestion du risque. Pas de bull run hystérique, pas de krach non plus. Juste un marché qui marche sur un fil, avec un œil sur l’inflation, l’autre sur les banques centrales.
Bref, la finance mondiale est en mode “calme avant la prochaine annonce”. Les traders rangent les paris trop audacieux, les économistes ressortent leurs graphiques, et la Fed, elle, garde le doigt loin du bouton. Pour l’instant.
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