Bixintxo, quand Hendaye et Ciboure mettent le feu au calendrier




Au Pays basque, janvier n’est pas ce mois tout gris où l’on traîne sa gueule de bois en attendant des jours meilleurs. Ici, dès que l’année pointe le bout de son nez, on lui colle une txapela sur la tête et on la fait danser. La Bixintxo, fête patronale d’Hendaye et de Ciboure, débarque comme une grosse vague d’ambiance, de traditions bien grasses et de joie populaire. Un truc qui te réchauffe les guiboles, te colle un sourire en coin et te rappelle que, même quand l’hiver mord, le Pays basque sait faire la bringue avec élégance… et un sacré sens de la débrouille festive

Chaque année, dès la mi-janvier, les deux villes entrent en transe. Les tambours s’échauffent, les pintxos s’alignent, les voix s’accordent et les anciens comme les pitchouns savent qu’on va encore en prendre plein les mirettes. La Bixintxo, ce n’est pas juste une fête, c’est une déclaration d’amour au territoire, une claque amicale à la morosité et un grand « viens boire un coup » lancé à tout le monde, du port à la montagne.

Hendaye : quand le corsaire Pellot sort du placard

À Hendaye, la Bixintxo 2026 a un parfum d’aventure et de légende. Ici, on ne fait pas les choses à moitié : on ressuscite Étienne Pellot, corsaire local, grande gueule de l’histoire maritime et héros maison. Le type a beau avoir traversé les siècles, il revient chaque année comme s’il avait juste fait un tour au large. Et cette fois encore, il débarque du Portugal, déguisé en pèlerin, après un crochet par Saint-Jacques-de-Compostelle, histoire de rappeler que même les pirates ont parfois une âme.

Dès le vendredi 16 janvier, à Caneta, ça sent la poudre… mais la poudre festive. Le défilé du « Retour de Pellot » lance les hostilités : les tambours vrombissent, les rues frémissent et la ville se met à battre comme un cœur un peu trop enthousiaste. Pellot arrive avec sa Neskatxa, accueilli par les mômes des écoles, les danseurs, les musiciens et tout un peuple prêt à faire la java pendant dix jours non-stop. Ici, la tradition n’est pas un musée, c’est une fête vivante, bruyante, transmise à coups de sourires et de pas de danse.

La semaine s’étire ensuite comme une longue bringue bien ficelée : tamborradas, danses basques, fête foraine, concours d’omelettes, musique à gogo… Hendaye devient une scène à ciel ouvert où chacun trouve sa place. Les enfants défilent fièrement, les anciens hochent la tête en rythme et les nouveaux venus comprennent vite que, dans le coin, on ne rigole pas avec la fête. Le samedi, la répétition générale de la tamborrada et le pintxo pote transforment le centre-ville en grande table populaire où tout le monde trinque avec tout le monde. Le dimanche, les mutxiko et le spectacle traditionnel rappellent que derrière le joyeux bazar, il y a un patrimoine solide comme un roc.

La deuxième semaine enfonce le clou avec la pelote à main nue, version championnat d’Espagne, parce qu’au Pays basque, même la fête aime la compétition. Et puis vient la grande tamborrada, celle qui fait trembler les murs et vibrer les tripes, avant que les chorales hendayaises ne viennent poser une couche d’émotion sur ce gâteau déjà bien garni. Le tout sous l’œil bienveillant de Pellot, corsaire revenu sur ses terres comme un vieux pote qu’on accueille toujours avec un verre plein.

Ciboure : le muscle, la musique et le boudin sacré

De l’autre côté de la baie, Ciboure ne se contente pas de regarder Hendaye faire le show. Ici aussi, la Bixintxo est une affaire sérieuse, mais version sportive, gourmande et carrément populaire. Les fêtes, du 16 au 25 janvier, démarrent sur les chapeaux de roue avec un rendez-vous devenu incontournable : le Trail de la Bixintxo. Une idée simple et géniale : courir, marcher, transpirer et rigoler dans les rues de la commune, au profit de l’association Zurekin et des écoles. Du petit pitchoun au coureur affûté, tout le monde y trouve son compte, et la solidarité se met en baskets.

Le vendredi soir, la mairie s’ouvre aux sons de la tamborrada Marinelak, des écoles, des groupes locaux et de toute une bande prête à chauffer l’ambiance. Les déambulations musicales mettent la ville en mouvement, pendant que le mus, sport cérébral basque par excellence, s’invite à la table. Et quand le Gaztetxe lance sa soirée, autant dire que la nuit promet d’être courte et bien arrosée… de bonne humeur, évidemment.

Le samedi, entre le trail, les animations pour les enfants et les régates de traînières dans la baie, Ciboure joue sur tous les tableaux. La mer, la terre, le sport et la musique se croisent sans se marcher sur les pieds. La capoeira débarque en déambulation, les concerts s’enchaînent sous le chapiteau, et la fête prend cette couleur si particulière, mélange de racines basques et d’ouverture sur le monde.

Le dimanche, on entre dans le dur, le sacré, le sérieux… mais toujours avec un verre à la main. Messe solennelle, danses d’honneur, puis le mythique concours de boudin. Là, on ne plaisante plus : le boudin, c’est une institution, un art, presque une religion. On goûte, on compare, on débat, on se chamaille gentiment, avant de lever le verre au vin d’honneur offert par la ville. L’après-midi se poursuit entre fandango, mutxiko et concert, jusqu’à ce que la nuit tombe sur une Ciboure rincée mais heureuse.

Quand la fête fait battre le cœur basque

Au fond, la Bixintxo, que ce soit à Hendaye ou à Ciboure, c’est la même âme qui s’exprime. Une fête où les générations se croisent sans se juger, où les traditions se transmettent sans discours pompeux, juste en faisant. Une fête où l’on danse, on mange, on chante, on court, on rit, on se retrouve. Une fête qui rappelle que le Pays basque, ce n’est pas qu’une carte postale, mais un territoire vivant, un peu têtu, très chaleureux, et sacrément doué pour transformer un mois d’hiver en grand moment de bonheur collectif.

Alors oui, en janvier, pendant que d’autres comptent les jours avant le printemps, Hendaye et Ciboure comptent les battements de tambour. Et franchement, ils ont raison. Parce qu’ici, la nouvelle année commence toujours par une fête. Une vraie. Avec du bruit, du goût, de la sueur et beaucoup d’amour du pays.


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