Par où commencer… Peut-être par le port, à l’aube, quand les mouettes font le café et que les bateaux bâillent encore. Ou par ce foutu jour où le Pyranas, fidèle rafiot de Marc, ancien pêcheur à la ligne de Saint-Jean-de-Luz, a décidé de faire la planche… mais à l’envers. Bref, cette histoire n’est pas une simple avarie de plus sur le journal de bord du littoral basque. C’est une vague de plus, un gros coup de roulis dans une vie déjà bien chahutée, et aujourd’hui, ce sont ses filles qui montent au mât pour envoyer un signal de détresse. Sans sirène, sans effets spéciaux, juste avec ce qu’il faut d’espoir, de pudeur et de tripes
Marc, c’est un gars les deux pieds sur le pont depuis ses 15 piges. Un de ceux qui ont appris la météo avant l’orthographe, qui connaissent la mer comme leur poche mais continuent à la respecter comme une vieille dame susceptible. Pêcheur à la ligne, pas de chalut qui racle tout, pas de filet qui fait le ménage. Non. Du geste précis, de la patience, du métier. Une pêche artisanale, propre, humble, à l’ancienne, celle qui fait moins de bruit mais qui nourrit son homme sans bousiller l’océan. À bord du Pyranas, il a trimé des décennies, levé avant le soleil, rentré après lui, avec cette abnégation qu’on ne trouve pas dans les brochures touristiques.
Le Pyranas, justement. Un bateau comme un compagnon de galère. Pas un yacht, pas un bijou clinquant, mais une coque vaillante, un cœur qui battait au rythme des marées. Dans ses heures de gloire, il a même fini dans les cuisines de restaurants étoilés basques. Oui monsieur. Les poissons pêchés à la ligne par Marc ont fait saliver plus d’un chef en toque. La grande classe, sans jamais la ramener. Parce que Marc, c’est pas le genre à fanfaronner. Toujours le sourire, toujours prêt à donner un coup de main, à filer un conseil, à dépanner un collègue. Un marin solidaire, un vrai, pas un mot creux.
Une bouteille à la mer
Mais la mer, comme la vie, sait aussi être une sale garce. Les poissons se font plus rares, les quotas serrent la vis, les pressions administratives et législatives tombent comme des grains soudains. Et puis, le drame : le décès brutal de sa femme, la maman. Là, même les plus solides prennent l’eau. La santé de Marc commence à tanguer, le cœur fatigue, le corps dit stop alors que la tête voudrait encore y croire. Les années passent, les sorties en mer rapportent moins, les dettes s’accumulent, les factures s’empilent.
En 2022, alors qu’il approche de la retraite, Marc est contraint de stopper. Pas par flemme, pas par lassitude, mais parce qu’une maladie cardiaque lui coupe littéralement le souffle. Rideau. Le bateau reste à quai. Le Pyranas, sans capitaine, devient une carcasse silencieuse. Quatre ans sans naviguer, sans assurance, aucune n’ayant voulu couvrir un navire immobilisé pour raisons de santé. Quatre ans à regarder la mer depuis le ponton, à passer de faux espoirs en vraies désillusions quant à son avenir.
Et puis, ironie cruelle du calendrier maritime : quelques jours avant une vente envisagée à un pêcheur intéressé par ses droits de pêche, le Pyranas a sombré. Littéralement. Dans le port de Saint-Jean-de-Luz, sous les yeux de ceux qui connaissaient son histoire. Le bateau coule, et avec lui, le dernier espoir de renflouer un peu la cale financière. La vente qui aurait permis d’éponger une partie des dettes part par le fond. Rideau de fer. Fin de partie.

Certes, le bateau a été remis à flot le vendredi 12 décembre. Techniquement, il ne dort plus au fond de l’eau. Mais financièrement, c’est un naufrage en règle. Les opérations de renflouement, les frais portuaires, les coûts annexes… tout ça, les assurances n’en veulent pas. Résultat : plus de 20 000 boules tombent sur la table, cash, sans compter les frais à venir encore flous comme un horizon par gros temps. Une somme insurmontable pour Marc, et pour ses filles.
Une facture… salée
Alors ce sont elles qui prennent la plume, la gorge un peu serrée, le cœur grand ouvert. Elles racontent leur père, par pudeur incapable de demander de l’aide, lui qui a tant donné sans jamais compter. Elles parlent de solidarité, pas comme un slogan, mais comme une corde jetée depuis le quai. Même 1 euro, disent-elles, peut faire la différence. Parce qu’un marin, même à terre, ça reste un marin : ça se sauve en équipage.
Cette cagnotte, ce n’est pas de la charité dégoulinante. C’est un appel à la fraternité maritime, à ce vieux réflexe des gens de mer : quand un bateau est en difficulté, on ne regarde pas s’il est neuf ou rouillé, on va l’aider à rester à flot. Marc a passé sa vie à respecter la mer, à nourrir les autres, à défendre une pêche propre, locale, humaine. Aujourd’hui, c’est lui qui se retrouve dans l’impasse, lesté de dettes comme d’un mauvais ballast.
Alors oui, le Pyranas a coulé. Mais l’histoire n’est pas finie. Parce qu’il reste la solidarité, cette houle douce mais tenace qui peut encore redresser la barre. Aider Marc, c’est aider un pan discret mais essentiel du patrimoine maritime luzien. C’est dire que les anciens marins ne doivent pas finir échoués administrativement après avoir donné leur vie à l’océan.
Si chacun met un petit coup de rame, le bateau familial pourra éviter le naufrage définitif. Et peut-être que Marc, enfin, récoltera un peu du bien qu’il a semé toute sa vie. En attendant, la bouée est là. À nous de la lancer.
Faites un don pour aider Marco :
https://www.leetchi.com/fr/c/solidaires-avec-marc-et-son-bateau-pyranas-1680094
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