La start-up Kard, qui promettait de réconcilier ados dépensiers et parents au bord du découvert émotionnel, a mis la clef sous la porte en septembre. Depuis, de nombreux clients carburent à la panique : leur “petite cagnotte familiale” semble avoir disparu dans la nature… ou plutôt dans les circuits bancaires. Une situation ubuesque où tout le monde cherche son pognon
Pendant un temps, Kard, c’était la carte “bonus”, le super-pouvoir bancaire qui permettait à des ados de 12 à 17 ans de claquer légalement quelques euros sous l’œil radar des parents. Plus besoin de monnaie qui traîne ou de billets chiffonnés : on rechargeait l’appli, et hop, gamin content, parent rassuré, ménage apaisé.
Sauf que voilà : en septembre, le tribunal de commerce d’Évreux a sorti le tampon “liquidation judiciaire”. Et là, ça a commencé à sentir fort le compte bloqué et la carte avalée. Beaucoup ont découvert la nouvelle après avoir déposé de l’argent. Un peu comme glisser un billet dans un distributeur qui affiche ensuite “hors service”. Si, c’est arrivé à tout le monde…
Aurélie, mère d’un ado de 16 ans, résume la situation à l’AFP avec la franchise de quelqu’un qui en a marre d’attendre au guichet :
« Le service client est injoignable, je ne peux rien faire pour le moment. »
Pour elle, c’est simple : elle a viré 50 euros, Kard les a avalés, et plus rien n’apparaît dans l’appli. Silence radio. Pas même un “on vous rappellera”. Nada.
Quand Bankable devient… Bank-route
Comment une appli qui marchait peut-être pas comme une Rolex mais au moins comme une petite Visa du dimanche, a-t-elle pu finir les volets fermés ?
L’un des prestataires essentiels de Kard, Bankable, a lui-même plongé dans un bain de redressement judiciaire. Et quand le prestataire qui gère ta tuyauterie bancaire tousse, c’est ton business qui s’étouffe. Résultat : Kard a perdu son système nerveux numérique. Or, sans ça, impossible de créditer, débiter, bref… de bouger un centime.
Le fils d’Aurélie n’a donc jamais vu arriver les 50 euros.
Et dans les cours de récré, c’est encore plus violent : certains ados ont vu toutes leurs économies s’évaporer du jour au lendemain. Ça fait mal, même pour des gamins habitués aux skins Fortnite hors de prix.

Bonne nouvelle : l’argent n’est PAS parti faire du parachute fiscal
Heureusement, dans ce micmac digne d’un roman de gare, un acteur solide surveillait la tirelire : Okali, filiale du Crédit agricole. C’est elle qui détenait réellement les fonds des clients. Et elle assure aujourd’hui qu’aucun euro n’a disparu dans un trou noir bancaire. Ouf.
Le Crédit agricole, maître zen de la situation, a fait savoir que « tous les fonds sont protégés par Okali ». Ah bon… Nous voilà rassuré !
La banque invite donc les parents affolés à remplir un formulaire via une adresse mail, l’équivalent moderne de faire la queue au guichet, mais sans les revues moches ni les gens qui soufflent.
Bref : c’est récupérable. Avec un peu de patience. Beaucoup de mails. Et une grande foi dans la bureaucratie.
Le bug de communication qui met tout le monde à découvert
Pour Aurélie, si son argent finira par revenir, il n’en reste pas moins un énorme problème : Kard n’a prévenu personne.
« C’est un problème de communication », dit-elle. Et elle est polie.
Car pour une appli censée apprendre aux ados la gestion responsable, le silence radio après une liquidation, c’est un peu comme faire un cours de finances personnelles en scrollant sur l’appli Amazon.fr.
Et puis, il y a la dimension symbolique : le fils de sa meilleure amie, lui, a perdu toutes ses économies. Pas des millions, mais de quoi s’acheter deux sweats, un casque audio ou un petit bout d’indépendance.
« C’est pas cool », lâche Aurélie.
Et en langage parental, “pas cool”, c’est l’équivalent d’un krach.
Au final, une leçon de gestion… pour tout le monde
Cette affaire Kard ressemble un peu à un compte bancaire sans découvert : ça ne laisse aucune marge.
Les parents découvrent à leurs dépens qu’une start-up, même sympa et colorée, reste une entreprise avec des risques.
Les ados apprennent que l’argent virtuel, ce n’est pas de la magie.
Et Kard laisse derrière elle une morale bancaire brutale mais efficace : quand on gère le pognon des gamins, on a intérêt à verrouiller le coffre-fort.
En attendant, les familles en sont réduites à rafraîchir leurs mails comme on actualise un solde de compte en fin de mois. Avec, au bout du clic, un espoir : retrouver ces quelques euros qui, pour un enfant, valent bien plus qu’une ligne comptable.
Source : 20 minutes.fr
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