L’église Saint-Vincent d’Hendaye en quête de caillasse




À Hendaye, ça sent l’encens, la poussière et le cambouis patrimonial. L’église Saint-Vincent, vieille dame de pierre qui trône fièrement depuis 1598 sur le haut du bourg, s’offre une seconde jeunesse. Ou plutôt, elle tente de la décrocher au prix fort, avec un chantier colossal de plus d’un million et demi d’euros

Faut dire que mamie Saint-Vincent, classée monument historique, a pris cher : murs humides comme une cave à vin basque, boiseries qui craquent sous les xylophages, infiltration d’eau bénite mal filtrée, et plafond du transept qui menace de faire la révérence. Bref, un vrai miracle qu’elle tienne encore debout. Alors, entre la mairie, la Fondation du Patrimoine et la Mission Bern, tout le monde s’est mis à genoux, pas pour prier, mais pour monter une opération de sauvetage digne d’un exorcisme budgétaire.

Un saint au chômage technique

Dédicacée à Saint Vincent de Huesca, martyr officiel et diacre certifié, la vieille église n’a rien d’un bâtiment de pacotille. Édifiée à la sueur de fidèles costauds à la fin du XVIᵉ siècle, elle garde fière allure avec ses portes romanes aux armes royales et sa croix médiévale ornée de signes astraux. L’endroit respire la foi, la pierre et l’histoire.


C’est d’ailleurs ici que plane encore l’esprit du Traité des Pyrénées (1659), quand France et Espagne se sont enfin serré la main, enfin plutôt du bout des doigts, après des décennies de baston. Une plaque commémorative le rappelle, comme un vieux contrat qu’on garde au-dessus de la cheminée.

Mais depuis quelques décennies, Saint-Vincent a un genou à terre. Les fidèles prient sous des infiltrations, les touristes lèvent la tête et prennent plus de plâtre que de selfies, et l’orgue, reconstruit en 2009, sonne parfois comme une cafetière italienne. « Il était essentiel de préserver ce patrimoine local », confie le maire Kotte Ecenarro, casque de chantier virtuel sur la tête. Et pour une fois, tout le monde est d’accord : le patrimoine, c’est pas du luxe, c’est une responsabilité.

La Mission Bern en renfort divin

On pourrait presque dire que Saint Vincent a trouvé son ange gardien : Stéphane Bern.
Grâce à la Mission Patrimoine, la Ville d’Hendaye a décroché le jackpot : 220 000 euros de subvention tombés du ciel européen, validés en décembre 2024. « La bonne nouvelle est tombée », raconte le maire, comme si le Saint-Esprit s’était fendu d’un virement.

Aux côtés de la Mission Bern, la DRAC, la Région Nouvelle-Aquitaine, la Fondation du Patrimoine et toute une sainte trinité de financeurs publics s’activent. Et parce que les miracles n’arrivent pas qu’à Lourdes, une collecte de dons est lancée. Les habitants, les entreprises et les mécènes peuvent donc faire leur offrande, façon denier du culte 2.0, sur le site de la Fondation du Patrimoine.

Le concept est simple : tu files un bifton, et hop, tu gagnes la bénédiction fiscale, 66 % de réduction d’impôt pour les particuliers, 60 % pour les boîtes, et 75 % pour ceux qui ont le portefeuille bien garni du côté de l’impôt sur la fortune immobilière. Comme dirait le curé : « Donner, c’est prier avec sa carte bleue. »

Travaux du Seigneur : trois miracles prévus

Le chantier, estimé à 1 568 406 € TTC, se fera en trois tranches… ou trois stations du calvaire, c’est selon. Ben ouais les gars, on fait pas appel à IKEA !
La première, d’octobre 2025 à février 2026, attaque les façades extérieures : ravalement complet, révision de la toiture et menuiseries à confesse.
La deuxième tranche s’attaquera à l’intérieur : réfection des enduits, restauration du plafond du transept, bref, du lifting intégral pour les fidèles.
La troisième, enfin, mettra le paquet sur le mobilier, histoire que les bancs arrêtent de grincer comme des vieilles bigotes devant un curé sénégalais.

Et parce qu’à Hendaye on aime la messe écolo, le chauffage au gaz cède sa place à un système électrique décarboné. Un nichoir à faucon sera aussi installé sur le clocher pour réguler les pigeons… comprenez : le faucon, c’est le nouveau bedeau. Un prédateur divin pour préserver la paix du clocher.

Quand les pierres se confessent

Marie de Merlis, déléguée départementale de la Fondation du Patrimoine, le dit avec une émotion contenue : « Cette église n’est pas seulement un lieu de culte, c’est un symbole culturel, patrimonial et humain. » Bien que la phrase soit un peu passe-partout, la donzelle n’a pas tort. Car Saint-Vincent, c’est plus qu’un monument, c’est le roman de la ville d’Hendaye, gravé dans la pierre et traversé de signes du ciel.
Entre la croix aux motifs astraux, les galeries en bois, les vitraux refaits à neuf et la statue polychrome de Saint Pierre qui surveille tout ce petit monde, chaque détail raconte une page d’histoire locale.

Les Hendayais l’appellent affectueusement Bixintxo, comme un vieux copain qu’on salue en passant devant le parvis. Et même les plus mécréants du quartier admettent que ce monument, c’est un bout d’âme collective.

Depuis 1986, Saint-Vincent n’avait pas eu droit à un vrai chantier. Résultat : fissures, champignons et sels dans les murs, comme si l’église avait pris l’humidité du large. Les infiltrations d’eau bénite ne suffisaient plus à masquer les fuites.
« Il était temps d’agir », souffle Chantal Kehrig-Cottençon, adjointe aux travaux. Et quand elle dit “temps”, on sent le sous-entendu : “avant que le plafond nous tombe sur la tête pendant la messe de Noël.”

Mais le projet va bien plus loin qu’un simple coup de pinceau. Il s’inscrit dans la grande manœuvre du programme “Cœur de Ville”, qui vise à redonner un coup de jeune au centre historique d’Hendaye. Après la mairie et la place de la République, c’est donc au tour de Saint-Vincent de passer à la confession esthétique. Objectif : faire de l’église un lieu vivant, ouvert à la culture, aux concerts, aux expos et pourquoi pas, soyons fous, à quelques débats publics sans anathèmes.

Charité bien ordonnée commence par… la maison du boss

Mais attention, pas question de laisser le taulier faire le boulot tout seul. La Ville a besoin de fidèles… au sens large. Avec un reste à financer de 838 431 €, la municipalité appelle à la générosité. Les habitants sont invités à sortir le chéquier, les entreprises à lâcher un peu de leurs bénéfices, et les mécènes à se rappeler que le paradis fiscal n’est pas forcément celui promis par les Écritures.

L’appel aux dons, lancé au premier trimestre 2025, s’accompagne d’une com’ bien huilée : affiches, site web, flyers et bénédictions municipales. « C’est un projet qui unit tout le monde : habitants, élus, artisans, historiens… », souligne le maire. Une vraie communion des forces vives.

Et pour les plus pragmatiques, un argument massue : un patrimoine restauré, c’est aussi un centre-ville qui respire, un commerce qui repart, et un tourisme qui fait rentrer quelques deniers dans les caisses.

Le chantier ne se contente pas de restaurer, il innove. Les nouveaux éclairages, intérieurs comme extérieurs, seront en LED, à faible consommation. De quoi mettre Saint-Vincent sous les projecteurs sans cramer le budget électricité.
Et une fois la chaufferie gaz dégagée du clocher, celui-ci retrouvera sa vraie gueule : un clocher pur, dégagé, prêt à briller de mille lumens dans la nuit hendayaise. « Cette mise en lumière, c’est une manière symbolique de redonner son éclat à la ville entière », commente un élu. Bref, on passe du miracle de la flamme éternelle au miracle du luminaire durable. Amen.

Un chantier, mais aussi une histoire d’amour

Au fond, Saint-Vincent, c’est un peu la métaphore d’Hendaye : solide, un brin usée, mais prête à repartir. Le projet ne se limite pas à colmater les fissures : il s’agit de transmettre, de réenchanter la mémoire collective, et de faire du patrimoine un moteur de vie.
Et si l’Europe, l’État, la Région et les habitants s’y mettent ensemble, c’est peut-être le signe que le diable de l’indifférence a enfin été chassé du clocher.

Les anciens du coin disent souvent : “Bixintxo, c’est un peu notre grand-père à tous.” Alors oui, on va lui refaire la façade, lui polir les galeries, lui filer un chauffage moderne et un peu de lumière, parce qu’après quatre siècles de service, il l’a bien mérité.

En 2025, pendant que certains partiront en pèlerinage à Compostelle, d’autres feront le leur… en ligne, sur la page de la Fondation du Patrimoine. Clique, donne, et ton nom brillera peut-être dans le Livre des Dons, entre un notaire bayonnais et une entreprise de BTP inspirée.

Et quand, dans quelques années, Saint-Vincent brillera de mille feux LED au cœur d’Hendaye, on pourra se dire qu’ici, le patrimoine n’est pas mort, il a juste fait un petit miracle de gestion participative.Alors, donneeez, donnez, doonnez, donnez, donnez-mouaaa, dooonnez, donnez doooonnez, Dieu vous le rendraaaa…


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