Vingt ans qu’à Biarritz, les bêtes, les bottes et les bénévoles se retrouvent pour faire pousser des idées durables. Lurrama, le salon de l’agriculture paysanne, revient les 7, 8 et 9 novembre 2025 pour une édition plus enracinée que jamais, arrosée de bonne humeur et d’un brin d’irrévérence. Cette année, cap sur « les paysan·nes de demain », histoire de semer des graines d’avenir avant que tout parte en jachère
À Lurrama, ça ne laboure pas pour des prunes. Depuis vingt piges, la Halle d’Iraty (pour les dernières années) se transforme en véritable ferme géante, avec ses vaches qui meuglent à tue-tête, ses cochons qui grognent comme des rockstars et ses bénévoles qui s’agitent plus vite qu’un poulet sans tête un jour de marché.
Ici, on cause agriculture paysanne, mais pas dans les bureaux capitonnés à coup de PowerPoint. Non, on cause le cul dans la paille, entre un verre de cidre et un bout d’Ardi Gasna.
Organisé par Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG), ce rendez-vous annuel, c’est un peu la grande marée du bon sens paysan : ça brasse du monde, ça sent le terroir et ça met les mains dans la terre sans chichis.
Cette année, pour fêter ses 20 bougies, Lurrama a sorti la grosse artillerie : un thème bien dans le ton « Paysan·nes de demain », des conférences qui font germer les idées, des concours à tout-va et un marché où même les citadins en costard repartent avec du fumier dans le cœur.
Vingt ans d’avoine et d’idéaux
Vingt ans que Lurrama rame contre vents, marées et tracteurs géants. À l’époque, en 2005, on les prenait un peu pour des doux rêveurs ces Basques qui prêchaient la relocalisation, la biodiversité et les vaches heureuses. Aujourd’hui, tout le monde cause circuits courts et compost… comme quoi, les paysans avaient encore une longueur de sillon d’avance.
Depuis, le salon est devenu un phare pour l’agriculture paysanne. Chaque année, des milliers de visiteurs viennent voir qu’un autre modèle est possible : plus proche de la terre, moins accro aux bidons de chimie, et surtout, plus copain avec les humains.
Parce qu’ici, l’agriculture, c’est pas juste une affaire de production, c’est une histoire de transmission, de territoire, et d’un sacré paquet de bonne volonté.
Et pour naviguer dans cette mer de foin et d’idées vertes, Elena Aguerre et Iñaki Intxausti sont les capitaines de l’édition 2025. Elle, maraîchère bio passée pro de la pomme à couteau ; lui, fruiticulteur et éleveur bovin dans les collines du Gipuzkoa. Deux têtes bien faites qui prouvent qu’on peut avoir les mains sales sans avoir l’esprit fermé.
Des AOP plein le panier
Cette 20e édition met les AOP à l’honneur et pas pour faire joli sur les étiquettes. Ossau-Iraty, miel de châtaignier, baguette Herriko, tout y passe ! Lurrama veut montrer que les appellations, c’est du savoir-faire, du goût et des racines bien plantées.
C’est aussi une manière de jeter un pont entre le nord et le sud du Pays Basque, histoire de rappeler qu’entre Iparralde et Hegoalde, on parle peut-être pas le même patois administratif, mais qu’on se comprend très bien autour d’un taloa.

Les paysan·nes de demain, c’est pas du blé en l’air
Le thème de l’année tombe à pic : « Paysan·nes de demain ». Parce qu’entre les vieux tracteurs qui toussent et les jeunes qui hésitent à se lancer, le monde agricole est en plein rodage.
Aujourd’hui, pour un agriculteur actif, c’est six à sept emplois indirects : autant dire que quand un paysan raccroche les bottes, c’est tout un écosystème qui tire la gueule.
Heureusement, au Pays Basque, y’a encore du jus dans la terre : environ 200 à 225 installations par an, et les trois quarts ont moins de 40 balais. Pas mal, hein ?
Mais faut pas non plus se raconter des salades : on a perdu 15 % des fermes entre 2010 et 2020. Et quand la taille moyenne augmente, c’est rarement bon signe… à part pour les tracteurs XXL.
Alors à Lurrama, on retrousse les manches et on se creuse la caboche : comment faciliter l’accès à la terre ? Comment filer un coup de main à ceux qui veulent s’installer hors cadre familial ? Comment garder la souveraineté alimentaire sans se faire labourer par la mondialisation ?
Bref, comment semer un avenir qui pousse droit, même quand la météo économique tourne à l’orage.
Une ambiance à se rouler dans le foin
Lurrama, c’est pas que des débats qui remuent le ciboulot : c’est aussi un sacré festin pour les papilles. Entre les stands des producteurs, les assiettes mijotées par les chefs et les lycéens hôteliers, les concours de fromage et les concerts qui font chalouper les popotins, on frise le nirvana rural.
Cette année encore, y’aura de quoi traire la vache de bonne humeur : démonstrations de tonte, traite à l’ancienne, ateliers pour gamins, marché fermier des sept provinces et ambiance de kermesse sous les poutres de la Halle d’Iraty.
Ici, même les urbains les plus raides finissent par se détendre les mollets et taper la discute avec un pâtre. On en ressort le sourire aux lèvres, les poches pleines de victuailles et l’odeur de paille dans les cheveux.
Au fond, Lurrama, c’est un peu le port d’attache des agriculteurs en quête de cap. On y jette l’ancre, on refait le monde autour d’un taloa txistorra chaud, on cause avenir sans s’engueuler sur les engrais, et surtout, on repart gonflé à bloc pour une nouvelle saison de sueur et de soleil.
Les Basques ont toujours eu le pied marin et la main verte : avec Lurrama, ils prouvent qu’on peut ramer dans le bon sens, ensemble, pour garder la terre vivante et l’humanité à flot.
Infos pratiques :
* Halle d’Iraty – Biarritz
* Du 7 au 9 novembre 2025
* Thème : « Paysan·nes de demain »
* Marraine : Elena Aguerre
* Parrain : Iñaki Intxausti
* Région invitée : le Pays Basque (les sept provinces)
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